Titus Flaminius
Le Mystère d'Eleusis
Albin Michel jeunesse, 2005
Livre de poche jeunesse, 2007

La fontaine aux vestales
Albin Michel jeunesse, 2003

La gladiatrice

Albin Michel jeunesse, 2004

à partir de 13 ans

 

Parution en poche
Tome 1 - Livre de poche jeunesse, 2005
Tome 2 - Livre de poche jeunesse, 2006

 

Titus Flaminius - Le Mystère d'Eleusis (Tome 3)

Le retour du héros

Dans ce troisième volet (qui se lira aussi séparément des deux autres titres) Titus Flaminius, le jeune avocat romain, pousse plus loin encore vers le sud ; après Rome, puis Pompéi, c'est Athènes et l'Attique qu'il découvre, sous de multiples aspects (sociaux, culturels, politiques et bien entendu religieux). Mais Le Mystère d'Eleusis est autre chose qu'un documentaire érudit et c'est, comme dans les tomes précédents, au travers d'une enquête (lors de laquelle notre héros se retrouve inévitablement confronté à nombre de dangers) que le roman se déroule, sans qu'il nous soit possible de l'abandonner un instant.

C'est accompagné de son fidèle ami Brutus (oui, le très célèbre fils adoptif de Julius !) que Titus Flaminius est venu passer quelques mois en Grèce, afin de parfaire ses connaissances philosophiques et d'être initié aux Mystères - rites secrets jalousement gardés par la prêtresse d'Eleusis et ses disciples, et que les initiés ne peuvent révéler, sous peine de mort ou de terrible châtiment. Selon la légende, c'est à Eleusis que Déméter, déesse de la fertilité, pleure sa fille Perséphone/Corée, que lui a arrachée Hadès, dieu des enfers, et c'est là qu'elle préside à la renaissance perpétuelle de la végétation quand sa fille revient dans le monde des vivants, pour huit mois, avant de devoir rejoindre son effroyable époux pour l'hiver. Ainsi, la déesse incarne à la fois la vie et la mort, la fécondité et la désolation, et les cérémonies qui lui sont associées combinent ces deux pans de l'existence, en apparence irréconciliables. Il faut dire que Titus et Brutus, qui suivent les cours de la célèbre Académie, fondée par Platon, s'interrogent fréquemment sur l'immortalité de l'âme et sur la vie après la mort, sans pouvoir se mettre d'accord : l'occasion pour l'auteur de familiariser le lecteur aux différentes philosophies en vogue dans l'antiquité, du stoïcisme à l'épicurisme, en passant par le cynisme ou le scepticisme. Mais quand Titus voit la mort de près, ce ne sont plus les discours théoriques qui motivent l'avocat, mais la vengeance : c'est du moins ce qu'il a juré à la mère éplorée d'une jeune fille assassinée sous ses yeux à Eleusis, lors d'une escapade touristico-religieuse en compagnie de ses compagnons romains.


parution poche - Livre de poche jeunesse, janvier 2007
Titus est un héros en phase avec son temps, certes pragmatique mais passablement superstitieux, soucieux de ne pas déplaire aux dieux, dont il croit fermement en l'existence, dans leur version romaine ou grecque (ce sont effectivement les mêmes). Ce troisième roman dévoile la place prépondérante de la religion et des cérémonies qui rythment la vie quotidienne des Athéniens, des Panathénées aux Grandes Dionysies, des Petits aux Grands Mystères d'Eleusis. C'est ainsi que Titus est "presque horrifié" par l'atomisme d'un élève de l'Académie (où chacun est libre de faire entendre son point de vue, démocratie oblige) se réclamant d'Epicure, un géomètre pour qui "l'âme est mortelle car elle est matérielle, comme tout le reste. En fait, tout ce qui existe est composé de particules infiniment petites, les atomes. (...) Les dieux n'existent pas, notre monde n'est que le résultat du hasard"...

Une vision en totale contradiction avec la ferveur presque poétique du jeune Romain - et que lui reproche parfois son ami Brutus, rationaliste convaincu. En réalité, c'est le plus souvent Euphron, disciple de Diogène, qui semble le plus proche de notre monde, et qui a le dernier mot tout au long de l'enquête de Titus, quand il déclare : "Je ne sais pas si l'âme est immortelle ou non et je m'en moque, tout ce que je sais, c'est que cela fait bien l'affaire des prêtres ! C'est la trouille de l'au-delà qui les fait vivre !" Sa lucidité n'atteint pas Titus, qui fait davantage confiance aux présages (comme lors d'un voyage à Delphes pour consulter la Pythie) et aux signes supposés divins... mais celui que d'aucuns considèrent comme un vieux fou peut en apprendre davantage à Titus sur l'affaire de meurtre qui occupe ce dernier. De fête en cérémonie, l'investigation progresse, et les dangers s'amoncellent, tandis que d'autres meurtres sont perpétrés ; si bien que Titus ne peut s'empêcher de soupçonner tout le monde, jusqu'à la charmante Ariane, la fille de son hôte, ou son hôte lui-même, l'archonte de la cité, illustre personnage. Les vérités et les révélations qui l'attendent sont certes imprévisibles et combinent religion, art, politique et appât du gain...

Même si rien n'est véridique, tout est vraisemblable et parfaitement documenté, même si l'auteur avoue avoir eu recours à son imagination pour reconstruire certains passages des rites des Mystères - dont tous les secrets ne sont pas parvenus jusqu'à nous... Jean-François Nahmias exploite le personnage de Titus à diverses fins , outre l'enquête, plutôt bien bâtie ; ainsi, Titus s'offre au lecteur comme un révélateur civilisationnel, en ne cessant d'observer le fonctionnement de la société athénienne, les institutions, les us et coutumes (il s'étonne par exemple du rôle subalterne réservé aux femmes et de l'importance accordée aux amitiés ou aux amours masculines - quand un adolescent tombe naturellement amoureux de lui) ; témoin idéal pour comparer Athènes (qu'il admire) à Rome, Titus Flaminius est décidément un héros bien précieux.

B. Longre
(juin 2005)

 

 

 

 

La fontaine aux vestales
Albin Michel jeunesse, 2003
/ Livre de poche jeunesse, 2005
La gladiatrice

Albin Michel jeunesse, 2004 / Livre de poche jeunesse, 2006

Quand un patricien découvre la plèbe...

Titus Flaminius, héritier d'une famille aristocratique, est un jeune avocat dynamique qui aime à goûter aux plaisirs que son statut social lui autorise : jolies femmes, réceptions en compagnie des dignitaires de la République, participation aux multiples journées de fêtes populaires mais aussi discussions et promenades en compagnie de son ami Brutus, fils d'une des maîtresses de Jules César. Nous sommes à Rome en octobre 59 av. J.-C. ; Jules César est consul et il n'a pas encore conquis la Gaule, la Grande-Bretagne et l'Égypte, mais la cité rayonne et compte un million d'habitants : "Evoquer Rome à la fin de la république (...) c'est aller à la rencontre d'un monde mort et, en même temps, terriblement actuel" nous prévient l'auteur ; les infrastructures urbaines sont admirables et les habitants sont répartis dans différents quartiers, selon leur origine sociale : les immeubles et les ruelles de Subure (un endroit que les jeunes aristocrates évitent) sont réputés pour abriter les masses les plus pauvres et les criminels, contrairement au quartier du Palatin, où se prélassent les plus riches. De même, "le romain se plaint des embouteillages, du bruit, de la pollution, de la délinquance, de l'insécurité." Les intrigues politiciennes y sont aussi légion et les forces qui se disputent le pouvoir (le parti populaire et le parti sénatorial) ressemblent fort à notre droite et à notre gauche... Mais le monde romain se caractérise aussi par sa violence et par des actes qui nous apparaissent aujourd'hui d'une indiscutable barbarie.

C'est ainsi que Titus Flaminius va se retrouver mêlé, malgré lui, à une série de meurtres dont le premier le touche de près : celui de sa mère, Flaminia, assassinée dans sa propre maison. Le jeune homme jure de se venger et se charge de l'enquête (Rome ne possédant pas de services de police) en compagnie de Florus, un jeune comédien que Flaminia, mécène des arts et dramaturge, avait engagé. Dans La fontaine aux vestales, son investigation le mène dans divers milieux, de la Regia, demeure de Jules César, aux bas-fonds de Subure, en passant par le Palatin et l'Esquilin, le quartier des fosses communes et de l'autel aux monstres (là où les nouveau-nés anormaux ou difformes sont abandonnés...).

Mais ses recherches ne cessent de le ramener aux Vestales, dix-huit prêtresses intouchables et vénérées, gardiennes du feu sacré ; il entre en contact avec l'une d'entre elles, Licina, une belle femme qui semble être victime d'un complot qui impliquerait aussi notre détective amateur...
Les rebondissements abondent tout au long de cette enquête captivante qui nous plonge au cœur du quotidien des Romains. Les rituels religieux, en particulier, sont décrits avec rigueur, de même que les contrastes entre les différentes strates de la société ; Titus Flaminius, pour mener à bien sa vengeance, va côtoyer, pour la première fois de son existence, des gens de toutes origines : "Qui lui aurait dit qu'un jour son destin croiserait celui d'un acteur ? De toutes les catégories professionnelles de Rome, à part les proxénètes et les prostituées, c'était sans doute la plus méprisée. (...) Brutalement, son sort se trouvait lié à l'un de ces êtres qu'il considérait comme des vauriens, des débauchés, et qui était de Subure, par-dessus le marché!" Peu à peu, le jeune patricien évolue et mûrit au contact de Brutus, versé dans la philosophe stoïcienne, qui lui apprend que parfois, la vérité se trouve dans les livres ; et au contact de Florus, grâce auquel il prend conscience de la justice sociale et de la pauvreté de ses concitoyens. C'est ainsi qu'il prend la résolution de "mener des enquêtes criminelles pour le compte de ceux qui n'en avaient pas les moyens, il serait l'enquêteur public et bénévole de Rome."

Dans sa dernière enquête, La gladiatrice, on le retrouve aux prises avec une société secrète qui commet des crimes brutaux, xénophobes, et terrorise les Romains. Cette deuxième aventure entraîne Titus Flaminius jusqu'à Pompéi, sur les traces d'une énigmatique gladiatrice à la chevelure flamboyante ; pour mieux infiltrer le réseau terroriste (ou son équivalent...) il s'engage comme gladiateur et, des mois durant, il va partager l'existence de ces hommes qu'il méprisait par le passé : "Autrefois, quand il lui arrivait de rencontrer un semblable défilé, il n'éprouvait que du dégoût pour ces êtres aux allures féroces et barbares, qu'il jugeait tous semblables. Maintenant, il connaissait par leur nom tous ceux qu'il voyait. Maintenant, il savait toute la souffrance et toute la fraternité qu'il y avait dans la cohorte de « ceux qui vont mourir»."

Là encore, les préjugés du jeune avocat s'effondrent et ces transformations en font un personnage attachant, intrépide et curieux, très humain.
Ces deux romans se lisent d'une traite et l'auteur, spécialiste d'histoire latine, parvient à nous faire partager son enthousiasme et son érudition pour une civilisation disparue. Nulle note de bas de page ne vient troubler la lecture, Jean-François Nahmias préférant insérer les éclaircissements culturels et autres explications civilisationnelles à son récit. Le lecteur attend ainsi impatiemment la troisième enquête de Titus Flaminius...

B. Longre
(juin 2004)

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