|
Rêves
de convalescence de Naguib Mahfouz est un
petit ouvrage original constitué de cinquante-cinq
rêves mettant en scène, au présent et
de façon concise, le narrateur et quelques personnages,
(«un kebadji», vendeur de chiches kébabes,
des fonctionnaires, des employés, des ouvriers, sa
mère, ses sœurs…), appartenant aux différentes
sphères de la société égyptienne,
transfigurée par le songe et l’écriture.
Ces petits fragments inspirés des rêves de
l’auteur et retravaillés à son réveil,
appartiennent à un genre littéraire nouveau
et unique. Ce sont autant de petits textes autonomes, à
la forme achevée et indépendante, construits
comme de véritables unités.
|
 |
Dans
cet univers onirique, le narrateur évolue d’une époque
à l’autre, oscillant du passé au présent,
d’un lieu à l’autre, allant de la mer au Caire,
à Alexandrie…, suivant ou non le caractère absurde
et désordonné du rêve. L’angoisse, l’inquiétude,
« Je suis inquiet » est maintes fois répété,
parfois l’humour, sont presque les seuls liens qui unissent
ces fragments. Les registres et les genres variés vont du
récit onirique simple (le sixième rêve) en passant
par le merveilleux, « Je déambule au hasard (...)
chaque fois que je fais un pas dans la rue, celle-ci se métamorphose
en cirque » ; la parabole (le troisième rêve)
au poème en prose lumineux et beau : « La lune
folâtre dans l’eau et le miroitement de ses rayons scintille
de mille feux. Mon âme musarde dans les recoins chargés
de senteurs de jasmin et des parfums de l’amour du quartier
d’Abbassia ».
Tous ces textes ont un statut littéraire original. Et derrière
l’esthétique de l’écriture, cette dialectique
de la veille et du rêve nous donne à lire – quand
on connaît l’importance du rêve dans l’inconscient
humain – ce qu’il y a de plus personnel, de plus intime
chez Naguib Mahfouz.
Annie
Forest-Abou Mansour
(mai 2004)

http://www.nobel.se/literature/laureates/1988/
|