Les sur-fées
L'Ecole des loisirs, 2005, collection Mouche
à partir de 6-7 ans

 

Petit guide d'analyse des contes - à l'usage des enfants et des grands.

Ce petit livre jubilatoire met en scène trois fées (costumes de rigueur, assortis de lunettes noires…) dont le rôle correspond approximativement à celui de la police des polices, transposé dans le monde des contes. Leur mission : examiner le travail de leurs consoeurs (parfois très malhabiles), l’analyser soigneusement puis le rectifier si nécessaire. Sur-fées (ou Superfées) ne mâchant pas leurs mots, elles ont droit de regard sur les histoires, et tout au long de la réunion ici décrite dans le détail, posent leur regard d’expertes sur quelques sortilèges lancés par Morgane (qui, comme chacun sait, n'est pas une sur-fée) : « L’histoire de deux sœurs. L’une méchante et moche, l’autre gentille et belle ». « Ouais, comme d’hab’ quoi » rétorque un autre des sur-fées d’un ton blasé… La plupart de leurs remarques visent juste et vont délibérément à l’encontre des stéréotypes symboliques que véhiculent les contes (et oui, ces fées sont plutôt féministes, iconoclastes et rétives aux clichés) ; parlant du personnage de la «gentille et belle », dont le sens du sacrifice et l’abnégation (amplifiés par le sourire béat que lui prête l’auteur) exaspèrent la marâtre, l’une des fées s’exclame : « c’est vrai qu’elle est assez énervante, à sourire tout le temps. On lui a filé du prozac ou quoi ? »… Pour plus tard s’interroger sur le fait que ce sont toujours les belles et gentilles qui récoltent les bijoux ou le prince charmant… L’une des sur-fées, chargée de rétablir un semblant d’ordre dans les discussions qui n’en finissent pas, est agacée par les réactions de ses collègues, beaucoup trop terre à terre à son goût et ayant tendance à couper les cheveux en quatre – conflits qui confèrent aux dialogues une drôlerie inégalable - jugeons un peu :
« Le prince c’est un symbole social !! Ça veut dire qu’elle est sauvée socialement !! C’est un SYMBOLE !! »
« Et pourquoi ce symbole social, comme par hasard, c’est un mec ? Hein ? »
« Parce qu’à l’époque, le pouvoir, il appartenait aux HOMMES !! Voilà pourquoi ! »
« C’est dégueulasse ! »

Vient la délicate question de la sœur « méchante et moche » : mérite-t-elle d’être punie ? Est-elle en fin de compte vraiment méchante (par essence) ou bien sa mère est-elle fautive ? et le père ? et la grand-mère ? Et de discutailler, de se chamailler, tout en proposant d’éclairantes et subtiles ébauches psychanalytiques et des modifications narratives qui permettraient de rendre justice à certains personnages qui tiennent toujours le mauvais rôle…
L’étude de cas, assurément très instructive, engendre quelques amusantes disputes – une « psychanalyse » des contes de fée mise à la portée des enfants… certaines données échapperont aux plus jeunes lecteurs, sans pour autant les détourner de ces fées cocasses car anticonformistes, au caractère bien trempé et subversif, dont ils apprécient particulièrement le langage coloré et l’humour acide.

B. Longre
(novembre 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

du même auteur
Momo, l'intégrale (L'Ecole des loisirs , 2004)
Le Menteur (Denoël Graphic, 2004)
Chien bleu (L'Ecole des loisirs , 2002)

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