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Petit
guide d'analyse des contes - à l'usage des enfants et des
grands.
Ce petit livre
jubilatoire met en scène trois fées (costumes de rigueur,
assortis de lunettes noires…) dont le rôle correspond
approximativement à celui de la police des polices, transposé
dans le monde des contes. Leur mission : examiner le travail de
leurs consoeurs (parfois très malhabiles), l’analyser
soigneusement puis le rectifier si nécessaire. Sur-fées
(ou Superfées) ne mâchant pas leurs mots, elles ont
droit de regard sur les histoires, et tout au long de la réunion
ici décrite dans le détail, posent leur regard d’expertes
sur quelques sortilèges lancés par Morgane (qui, comme
chacun sait, n'est pas une sur-fée) : « L’histoire
de deux sœurs. L’une méchante et moche, l’autre
gentille et belle ». « Ouais, comme d’hab’
quoi » rétorque un autre des sur-fées d’un
ton blasé… La plupart de leurs remarques visent juste
et vont délibérément à l’encontre
des stéréotypes symboliques que véhiculent
les contes (et oui, ces fées sont plutôt féministes,
iconoclastes et rétives aux clichés) ; parlant du
personnage de la «gentille et belle », dont le sens
du sacrifice et l’abnégation (amplifiés par
le sourire béat que lui prête l’auteur) exaspèrent
la marâtre, l’une des fées s’exclame :
« c’est vrai qu’elle est assez énervante,
à sourire tout le temps. On lui a filé du prozac ou
quoi ? »… Pour plus tard s’interroger sur
le fait que ce sont toujours les belles et gentilles qui récoltent
les bijoux ou le prince charmant… L’une des sur-fées,
chargée de rétablir un semblant d’ordre dans
les discussions qui n’en finissent pas, est agacée
par les réactions de ses collègues, beaucoup trop
terre à terre à son goût et ayant tendance à
couper les cheveux en quatre – conflits qui confèrent
aux dialogues une drôlerie inégalable - jugeons un
peu :
« Le prince c’est un symbole social !! Ça
veut dire qu’elle est sauvée socialement !! C’est
un SYMBOLE !! »
« Et pourquoi ce symbole social, comme par hasard, c’est
un mec ? Hein ? »
« Parce qu’à l’époque, le pouvoir,
il appartenait aux HOMMES !! Voilà pourquoi ! »
« C’est dégueulasse ! »
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Vient
la délicate question de la sœur « méchante
et moche » : mérite-t-elle d’être
punie ? Est-elle en fin de compte vraiment méchante
(par essence) ou bien sa mère est-elle fautive ? et
le père ? et la grand-mère ? Et de discutailler,
de se chamailler, tout en proposant d’éclairantes
et subtiles ébauches psychanalytiques et des modifications
narratives qui permettraient de rendre justice à certains
personnages qui tiennent toujours le mauvais rôle…
L’étude de cas, assurément très
instructive, engendre quelques amusantes disputes –
une « psychanalyse » des contes de fée
mise à la portée des enfants… certaines
données échapperont aux plus jeunes lecteurs,
sans pour autant les détourner de ces fées cocasses
car anticonformistes, au caractère bien trempé
et subversif, dont ils apprécient particulièrement
le langage coloré et l’humour acide.
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B.
Longre
(novembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

du
même auteur
Momo, l'intégrale (L'Ecole des loisirs
, 2004)
Le Menteur (Denoël Graphic, 2004)
Chien bleu (L'Ecole des loisirs , 2002)
http://www.ecoledesloisirs.fr
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