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Les
histoires d'amour finissent mal...
De la France
à l’Egypte, des Etats-Unis à Allemagne, Nabil
Naoum construit un écheveau de relations amoureuses entre
quelques personnages, une chaîne humaine qui nous mène
d’un homme à une femme, d’une femme à
un autre homme et ainsi de suite : des ramifications qui pourraient
s’étendre à l’infini, mais dont le centre
de gravité est Mounir, qui vit à Paris et autour duquel
semblent se tisser la plupart de ces liens ; un personnage paradoxalement
fuyant, qui refuse apparemment de s’attacher à une
seule femme, au grand dam de Betty, venue le rejoindre pour quelques
jours. Ils s’étaient rencontrés un an plus tôt
et elle n’a pu oublier cet homme, espérant qu’il
lui proposera de l’épouser ; elle a malgré tout
laissé un autre homme derrière elle, en Egypte : Mark,
dont la patience et la fidélité ont pourtant des bornes
et qui, de son côté, rencontre deux jeunes Allemandes
qui ne le laissent pas indifférent. Dans le même temps,
Samiha, une jeune peintre (amie de Mounir), vit très mal
sa passion pour Amin, un intellectuel que Mounir trouve très
«pompeux»…
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L’on
pourrait d’abord croire à des jeux libertins entre
gens bien éduqués, mais ce roman s’apparente
plutôt à un vaudeville «intellectuel»
où sont révélées les faiblesses
des hommes et des femmes, les hypocrisies et autres tromperies
qui régissent les relations sentimentales et l’impossibilité
de vivre pleinement un amour véritable. Le ton est souvent
empreint de gravité et comme par un fait exprès,
le sort semble se retourner contre ceux dont les choix demeurent
instables ; aux hésitations de Betty succèdent
les incertitudes de Helga (l’une des deux Allemandes)
et les interrogations de Mounir : «Assurément
cette soirée à Montmartre l’avait fatigué,
mais plus encore tout ce réseau de relations complexes,
où il ne savait plus quel rôle exactement on lui
faisait jouer»… L’écriture sobre
de Nabil Naoum retrace à merveille les circonvolutions
des pensées de chaque personnage et en quelques lignes,
l’auteur parvient à ébaucher l’essence
et à capter les désirs de chacun. |
Les
rivages de l’amour, en dépit de sa brièveté,
pose ainsi d’intéressantes questions sur la capacité
à choisir, sur la séduction et les sentiments non
partagés, sur les aspirations divergentes des hommes et des
femmes et sur les effets du hasard ; on peut retenir ce que Mounir
dit à Betty, tandis qu’il tente de lui expliquer l’origine
de l’amour qu’elle ressent pour lui : «S’il
y avait une cause à sa passion, c’était la rencontre,
le hasard, qui provoque ce genre d’événements
des millions de fois par jour ; des milliards de rencontres entre
un homme et une femme s’étaient produites, motivées
par un désir collectif et impersonnel de perpétuer
l’espèce humaine. » Une froide théorie
que l’écrivain illustre à la perfection dans
ce roman dense et cinglant.
Blandine
Longre
(septembre 2003)
Né
au Caire en 1944, Nabil Naoum est notamment l’auteur
du recueil de nouvelles Le Voyage de Râ (1988) et
de deux romans : Retour au temple (1991) et Le Rêve
de l’esclave (1994).

Du
même auteur
Moi, Toutankhamon, reine d’Egypte
(Actes
Sud, 2005)
http://www.actes-sud.fr/index.htm
http://www.acr-edition.com/asp/livre_francais.asp?code=ACA
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