|
Nouvelles ou
roman ? La frontière entre les deux genres est ténue
dans ce recueil où chaque court chapitre révèle
une tranche de vie : vingt personnages, pas moins, qui se succèdent
et se croisent sans jamais vraiment de connaître, ou de loin.
Quelques pensées, la courte histoire d'une existence le plus
souvent misérable ; puis l'on passe au suivant, rencontré
par hasard en fin de chapitre... Des lignes qui se croisent, rarement
emmêlées. Seul fil conducteur dans cette galerie de
désaxés, tous plus ou moins maltraités dans
l'enfance, victimes puis bourreaux inconscients : Yuko, une jeune
fille qui affirme "être capable de voir dans les cables
et d'entendre les signaux dans les cordons d'alimentation",
surtout ceux des magnétoscopes ou des téléphones.
Un personnages dont la vie se résume à tenter d'échapper
à ces multiples signaux qu'elle reçoit involontairement
et qui s'isole ainsi dans une incommunicabilité ou une indifférence
pathologique ("Pour moi, les autres n'existent pas",
pense-t-elle).
Pour tous les autres, l'unique façon de communiquer, d'affirmer
sa pitoyable existence, se fait par le biais d'actes violents ;
c'est ce que se dit ce vieil homme battu par son fils un peu dément,
ou cette jeune infirmière, Yoshiki, amoureuse d'un malade
mental qui ne cesse de la brutaliser, voyant en elle la mère
qui l'abandonnait lorsqu'il était enfant. Une violence qui
est le seul et unique medium entre les êtres, entre hommes
et femmes, entre générations, un phénomène
omniprésent qui trahit, selon l'auteur, la dépression
généralisée de la société japonaise,
"le sentiment de solitude et de tristesse qui a englouti
le Japon contemporain depuis la fin de l'époque de modernisation".
A la base de cette dépression, on retrouve bien sûr
la société de consommation et la lassitude qu'elle
engendre ; face à ce trop-plein, les personnages réagissent
dans l'excès. Déjantés, sans repères
ni modèles sociaux ou familiaux, ils créent autour
d'eux de petites bulles qui les maintiennent dans un refuge illusoire,
un abri mental qui passe bien entendu par diverses formes de la
folie (phobie, paranoïa, sentiment de persécution ou
auto-destruction), des bulles qui suivent des trajectoires isolées,
tels des électrons libres tous potentiellement dangereux
et qui parfois interagissent.
Cet ouvrage fulgurant est le reflet réaliste et nauséabond
d'une partie marginale de la société nipponne, mais
l'on pourrait sans mal imaginer ces personnages à New-York,
Paris ou Berlin...
B.Longre
(décembre 2001)
Du
même auteur
1969 P.
Picquier,1995
(chronique en ligne)
Raffles
hotel P.
Picquier, 2002
Parasites P. Picquier , 2002
Kyoko P. Picquier, 2000
Lignes P. Picquier, 2000
La guerre commence au-delà de la mer P. Picquier,
1998
Ryu Bleu presque transparent P. Picquier, 1997
Les bébés de la consigne automatique
P. Picquier, 1996

L'auteur
http://www.efrance.fr/nihon/pages/litterature/romanciers/murakami.htm
Nouvelle
Inédite
http://www.metafort.org/inventaire/Archives/Murakami.htm
Les
bébés de la consigne automatique
http://www.republique-des-lettres.com/m1/murakami.shtml
critique (en anglais)
http://www.dave-edelman.com/reviews/murakami.cfm
http://www.fluctuat.net/livres/chroniques/Ryu.htm
http://www.tokyoclassified.com/biginjapanarchive299/290/biginjapaninc.htm
|