lignes
Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel.
2000, Philippe Picquier
(édition originale 1998)

Philippe Picquier, Poche, septembre 2003

 

 

Nouvelles ou roman ? La frontière entre les deux genres est ténue dans ce recueil où chaque court chapitre révèle une tranche de vie : vingt personnages, pas moins, qui se succèdent et se croisent sans jamais vraiment de connaître, ou de loin. Quelques pensées, la courte histoire d'une existence le plus souvent misérable ; puis l'on passe au suivant, rencontré par hasard en fin de chapitre... Des lignes qui se croisent, rarement emmêlées. Seul fil conducteur dans cette galerie de désaxés, tous plus ou moins maltraités dans l'enfance, victimes puis bourreaux inconscients : Yuko, une jeune fille qui affirme "être capable de voir dans les cables et d'entendre les signaux dans les cordons d'alimentation", surtout ceux des magnétoscopes ou des téléphones. Un personnages dont la vie se résume à tenter d'échapper à ces multiples signaux qu'elle reçoit involontairement et qui s'isole ainsi dans une incommunicabilité ou une indifférence pathologique ("Pour moi, les autres n'existent pas", pense-t-elle).
Pour tous les autres, l'unique façon de communiquer, d'affirmer sa pitoyable existence, se fait par le biais d'actes violents ; c'est ce que se dit ce vieil homme battu par son fils un peu dément, ou cette jeune infirmière, Yoshiki, amoureuse d'un malade mental qui ne cesse de la brutaliser, voyant en elle la mère qui l'abandonnait lorsqu'il était enfant. Une violence qui est le seul et unique medium entre les êtres, entre hommes et femmes, entre générations, un phénomène omniprésent qui trahit, selon l'auteur, la dépression généralisée de la société japonaise, "le sentiment de solitude et de tristesse qui a englouti le Japon contemporain depuis la fin de l'époque de modernisation". A la base de cette dépression, on retrouve bien sûr la société de consommation et la lassitude qu'elle engendre ; face à ce trop-plein, les personnages réagissent dans l'excès. Déjantés, sans repères ni modèles sociaux ou familiaux, ils créent autour d'eux de petites bulles qui les maintiennent dans un refuge illusoire, un abri mental qui passe bien entendu par diverses formes de la folie (phobie, paranoïa, sentiment de persécution ou auto-destruction), des bulles qui suivent des trajectoires isolées, tels des électrons libres tous potentiellement dangereux et qui parfois interagissent.
Cet ouvrage fulgurant est le reflet réaliste et nauséabond d'une partie marginale de la société nipponne, mais l'on pourrait sans mal imaginer ces personnages à New-York, Paris ou Berlin...

B.Longre
(décembre 2001)

Du même auteur

1969
P. Picquier,1995 (chronique en ligne)
Raffles hotel P. Picquier, 2002
Parasites P. Picquier , 2002
Kyoko P. Picquier, 2000
Lignes P. Picquier, 2000
La guerre commence au-delà de la mer P. Picquier, 1998
Ryu Bleu presque transparent P. Picquier, 1997
Les bébés de la consigne automatique P. Picquier, 1996

L'auteur
http://www.efrance.fr/nihon/pages/litterature/romanciers/murakami.htm

Nouvelle Inédite
http://www.metafort.org/inventaire/Archives/Murakami.htm

Les bébés de la consigne automatique
http://www.republique-des-lettres.com/m1/murakami.shtml

critique (en anglais)
http://www.dave-edelman.com/reviews/murakami.cfm

http://www.fluctuat.net/livres/chroniques/Ryu.htm

http://www.tokyoclassified.com/biginjapanarchive299/290/biginjapaninc.htm