Simple
L'Ecole des loisirs, 2004
collection Medium
à partir de 12 ans

 

 

Pas si simple !

La vie est bien compliquée à organiser autour de Simple, alias Barnabé… Son frère, Kléber, lycéen d’à peine dix-huit ans, cherche à Paris une chambre pour les abriter tous les deux. Leur père, Monsieur Maluri, très occupé par un remariage, donne une vague autorisation pour une colocation avec des étudiants. Seulement voilà, ceux-ci s’affolent un peu en découvrant le jeune homme : Kléber le présente d’emblée comme « débile mental » et Simple se qualifie lui-même d’« i-di-ot ». Comment concilier les études de Kléber, les contraintes de la vie en société et le bien-être de Barnabé si imprévisible au quotidien ?

Simple a vingt-deux ans mais trois seulement d’âge mental. C’est «un jeune homme frêle, avec des cheveux désordonnés et des yeux comme des lanternes magiques où passent des princes et des pirates, des licornes et des farfadets». Il dessine et joue beaucoup, croit aux bisous qui sauvent ; il refuse les gros « vilains mots », voit des « beaudhommes » dans les téléphones et raconte le monde avec ses Playmobil ; mais par-dessus tout, il aime son Monsieur Pinpin, il sait qu’il s’agit d’une peluche, mais c’est aussi son ami, son confident, son double… «Simple sans Monsieur Pinpin, c’est comme Monsieur Pinpin sans Simple : la fin de tout !» Quand le garçon demande pourquoi les gens sont souvent méchants avec Monsieur Pinpin, il s’inquiète de ce qu’il ressent envers lui-même ; un colocataire lui expliquera que les autres «ne le comprennent pas bien car il est trop différent d’eux et que cette différence leur fait peur». Simple, dans ses jeux, «pète la gueule» aux ennemis, écrase l’armée de Malicroix, cette institution où il a cru devenir réellement fou et où il risque toujours de retourner… «La maman cuillère, elle serait mort. Et le papa cuillère, il aurait mis le bébé à l’instutution… Au secours, je coule… Le bébé cuillère il aurait mort à Malicroix et le frère il l’aurait emmené dans une autre maison…»

En effet, Kléber voudrait bien faire face à toutes les difficultés, assumer toutes les responsabilités, s’occuper de Barnabé qu’il aime tant et dont la tristesse et la détresse le chavirent. Quand ils débarquent chez les étudiants, c’est clair que la partie est loin d’être gagnée ; Simple émeut mais irrite et ses bêtises se multiplient. Lorsque Monsieur Maluri le ramène à Malicroix, afin de préserver les études de Kléber, «une chape de plomb s’abat sur la coloc… c’est Simple qui mettait l’ambiance ».
Car Barnabé, à la redoutable franchise, aux limites imprécises, a semé l’harmonie autour de lui ; il a rapproché les générations en provoquant le dialogue avec un vieux voisin allergique à la jeunesse ; il a vu clair dans les cœurs des amoureux et les a portés à se découvrir ; il a déclenché de simples fous rires et c’était si bon ! Quand il a fait la connaissance d’Amira, la petite sœur sourde et muette d’une copine de Kléber, il s’est senti enfin compris et accepté. Grâce à tous ceux qui l’entourent, en se découvrant des amis en chair et en os, Simple pourrait peut-être un jour se passer de Monsieur Pinpin…

Les treize chapitres de cette belle histoire portent littéralement bonheur. Marie-Aude Murail compose un beau roman de confiance et d’optimisme, un message de tendresse et d’humanité. Dès le début le lecteur sympathise avec les jeunes héros ; impossible d’abandonner Simple, personnage ou livre. Les répliques intempestives, les quiproquos rendent l’aventure à la fois poignante et drôle. Le passage où Madame Bardoux, des services sociaux, débarque dans l’appartement, est particulièrement croustillant : Simple, en costume, se prend vraiment pour un chic Monsieur Mutchbinguen et la pauvre dame « Sossio », bien que surprise, se laisse convaincre que cet homme est un colocataire.

Quelle émotion aussi quand Monsieur Pinpin « ne veut pas voir ça » c’est-à-dire retrouver l’institution : Simple lui ôte alors les yeux et semble lui-même hagard et perdu. L’auteur aborde un sujet délicat où tout semble sans cesse provisoire et ne dépendre que de volontés plus ou moins bienveillantes. Il reste difficile de songer à l’avenir. Tout le monde aime Simple, bien sûr, comme le suggère le bandeau de présentation du livre, mais qui va le porter, le supporter, l’aider à vivre avec sa différence ? Ici tout semble se résoudre, on a envie d’y croire et d’espérer pour les autres. Mais dans la vraie vie la question se pose pour tant d’enfants, jeunes et moins jeunes… il n’y a certes pas de réponse simple !

Martine Falgayrac
(septembre 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

du même auteur :
Maité Coiffure (L'Ecole des loisirs, 2004)
L'Expérienceur (L'Ecole des loisirs, 2003)

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://perso.wanadoo.fr/mamurail