|
Pas
si simple !
La vie est bien
compliquée à organiser autour de Simple, alias Barnabé…
Son frère, Kléber, lycéen d’à
peine dix-huit ans, cherche à Paris une chambre pour les
abriter tous les deux. Leur père, Monsieur Maluri, très
occupé par un remariage, donne une vague autorisation pour
une colocation avec des étudiants. Seulement voilà,
ceux-ci s’affolent un peu en découvrant le jeune homme
: Kléber le présente d’emblée comme «
débile mental » et Simple se qualifie lui-même
d’« i-di-ot ». Comment concilier les
études de Kléber, les contraintes de la vie en société
et le bien-être de Barnabé si imprévisible au
quotidien ?
Simple a vingt-deux
ans mais trois seulement d’âge mental. C’est «un
jeune homme frêle, avec des cheveux désordonnés
et des yeux comme des lanternes magiques où passent des princes
et des pirates, des licornes et des farfadets». Il dessine
et joue beaucoup, croit aux bisous qui sauvent ; il refuse les gros
« vilains mots », voit des « beaudhommes
» dans les téléphones et raconte le monde avec
ses Playmobil ; mais par-dessus tout, il aime son Monsieur Pinpin,
il sait qu’il s’agit d’une peluche, mais c’est
aussi son ami, son confident, son double… «Simple
sans Monsieur Pinpin, c’est comme Monsieur Pinpin sans Simple
: la fin de tout !» Quand le garçon demande pourquoi
les gens sont souvent méchants avec Monsieur Pinpin, il s’inquiète
de ce qu’il ressent envers lui-même ; un colocataire
lui expliquera que les autres «ne le comprennent pas bien
car il est trop différent d’eux et que cette différence
leur fait peur». Simple, dans ses jeux, «pète
la gueule» aux ennemis, écrase l’armée
de Malicroix, cette institution où il a cru devenir réellement
fou et où il risque toujours de retourner… «La
maman cuillère, elle serait mort. Et le papa cuillère,
il aurait mis le bébé à l’instutution…
Au secours, je coule… Le bébé cuillère
il aurait mort à Malicroix et le frère il l’aurait
emmené dans une autre maison…»
En effet, Kléber
voudrait bien faire face à toutes les difficultés,
assumer toutes les responsabilités, s’occuper de Barnabé
qu’il aime tant et dont la tristesse et la détresse
le chavirent. Quand ils débarquent chez les étudiants,
c’est clair que la partie est loin d’être gagnée
; Simple émeut mais irrite et ses bêtises se multiplient.
Lorsque Monsieur Maluri le ramène à Malicroix, afin
de préserver les études de Kléber, «une
chape de plomb s’abat sur la coloc… c’est Simple
qui mettait l’ambiance ».
Car Barnabé, à la redoutable franchise, aux limites
imprécises, a semé l’harmonie autour de lui
; il a rapproché les générations en provoquant
le dialogue avec un vieux voisin allergique à la jeunesse
; il a vu clair dans les cœurs des amoureux et les a portés
à se découvrir ; il a déclenché de simples
fous rires et c’était si bon ! Quand il a fait la connaissance
d’Amira, la petite sœur sourde et muette d’une
copine de Kléber, il s’est senti enfin compris et accepté.
Grâce à tous ceux qui l’entourent, en se découvrant
des amis en chair et en os, Simple pourrait peut-être un jour
se passer de Monsieur Pinpin…
 |
Les
treize chapitres de cette belle histoire portent littéralement
bonheur. Marie-Aude Murail compose un beau roman de confiance
et d’optimisme, un message de tendresse et d’humanité.
Dès le début le lecteur sympathise avec les jeunes
héros ; impossible d’abandonner Simple, personnage
ou livre. Les répliques intempestives, les quiproquos
rendent l’aventure à la fois poignante et drôle.
Le passage où Madame Bardoux, des services sociaux, débarque
dans l’appartement, est particulièrement croustillant
: Simple, en costume, se prend vraiment pour un chic Monsieur
Mutchbinguen et la pauvre dame « Sossio »,
bien que surprise, se laisse convaincre que cet homme est un
colocataire. |
Quelle émotion
aussi quand Monsieur Pinpin « ne veut pas voir ça
» c’est-à-dire retrouver l’institution
: Simple lui ôte alors les yeux et semble lui-même hagard
et perdu. L’auteur aborde un sujet délicat où
tout semble sans cesse provisoire et ne dépendre que de volontés
plus ou moins bienveillantes. Il reste difficile de songer à
l’avenir. Tout le monde aime Simple, bien sûr, comme
le suggère le bandeau de présentation du livre, mais
qui va le porter, le supporter, l’aider à vivre avec
sa différence ? Ici tout semble se résoudre, on a
envie d’y croire et d’espérer pour les autres.
Mais dans la vraie vie la question se pose pour tant d’enfants,
jeunes et moins jeunes… il n’y a certes pas de réponse
simple !
Martine
Falgayrac
(septembre 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

du
même auteur :
Maité Coiffure (L'Ecole des loisirs,
2004)
L'Expérienceur (L'Ecole des loisirs,
2003)
http://www.ecoledesloisirs.fr
http://perso.wanadoo.fr/mamurail
|