Maïté Coiffure
L'Ecole des loisirs, 2004
collection Medium
à partir de 12 ans

 

 

« Juste un rafraîchissement ? »

Dans ce petit salon de quartier, la patronne, Madame Maïté, trône derrière la caisse et fait la causette. Fifi, le petit coiffeur virevoltant, Clara, la blonde magnifique, et Garance, la jeune apprentie, prennent en charge les clients, des habitués pour la plupart. Il règne toujours chez Maïté Coiffure une atmosphère de « fièvre joyeuse ». C’est dans cette ambiance que plonge Louis Feyrières, quatorze ans, collégien en classe de 3e, à l’occasion de son stage obligatoire en entreprise. Plutôt calme, il a toujours fait partie à l’école « des élèves sans flamme et sans histoires ». Les études l’ennuient, il « rame », avec un sursaut de temps en temps « un peu par amour-propre, un peu parce qu’il a peur de son père ». Monsieur Feyrières, chirurgien, autoritaire et perpétuellement surmené, a pourtant des ambitions pour Louis : un bon lycée privé, puis les classes préparatoires… Il est agacé par son fils introverti. Dans un climat exigeant et sentencieux, l’adolescent se replie, triste et résigné, peu soucieux de lui-même : sur la première de couverture, les illustrateurs Dupuy-Berberian le représentent la tête enfoncée dans les épaules et les cheveux en « clignotants ».

C’est Bonne-Maman qui lance l’idée de Maïté Coiffure, elle qui débuta à 16 ans dans la «boulange»… Monsieur Feyrières est atterré : les coiffeurs ne sont pas de leur milieu, ils ont d’autres valeurs ! « La coiffure, c’est pour les analphabètes ! … Et question moralité, on peut trouver mieux ! » Finalement, un peu par provocation, un peu par curiosité, Louis se décide… «Une chemise blanche, les cheveux propres», et c’est parti. Il est vite conquis, excité, fasciné, étourdi de vivre plusieurs vies en une journée. Comme il est serviable et dégourdi, il «se fait une place à Maïté Coiffure». On le trouve plutôt doué et on lui donne des responsabilités. A la fin du stage, il confie à Bonne-Maman : «ça me plaît !». Louis trouve toutes les excuses pour retourner au salon, il y passe les vacances puis invente une grève au collège… Il propose des idées de décoration pour attirer la clientèle, pense à des arguments publicitaires et fait même une promesse : « Un jour, je serai riche et je rachèterai le salon !
Madame Maïté, Bonne Maman et Madame Feyrières parviennent à un arrangement avec le principal du collège : ils proposent un contrat sur mesure à l’adolescent… C’est la chance de Louis : «trouver sur sa route des gens capables de le comprendre et de le soutenir». Mais quand Monsieur Feyrières découvre tout ce que personne n’a eu le courage de lui dire, l’affrontement est terrible… Car Louis tient bon. Il réalise finalement tous ses projets, digne et tenace. Son père déclarera plus tard : «J’ai toujours cru en ce gamin ! »

Marie-Aude Murail analyse les regards, les doutes et les douleurs du garçon, les relations difficiles entre Louis et son père. Le lecteur suit avec intérêt et bonheur l’implication grandissante du jeune apprenti, il aime « son sens pratique mêlé à sa naïveté » ; il redoute le conflit inévitable et se réjouit enfin des réussites de Louis. Le récit propose un réel message de confiance à l’attention de tous les adolescents : « La vie, c’est pas que des coups, c’est des rêves et des désirs, des passions, des vocations».

Quelques jours dans une entreprise permettent aux collégiens de se projeter dans l’avenir : c’est plutôt bien, mais les stagiaires, la plupart du temps, ne peuvent être que des observateurs. L’aventure de Louis, coïncidence idéale, reste exceptionnelle, voire improbable. Les stages sont néanmoins des ouvertures au monde du travail et peuvent motiver tous les élèves, en particulier ceux qui ont des difficultés ou sont en souffrance. L’auteur appelle les adultes, les pères, à mieux écouter « ces enfants qui sont intelligents autrement… Les intelligences sont diverses, sociale, manuelle, artistique… ». Gagner une vie avec ses mains n’est pas péjoratif ni infamant : «un chirurgien, c’est un travailleur manuel, et un sculpteur et un dentiste, avec quoi ils travaillent ?»

Dans ce texte alerte où les dialogues occupent une grande place et sonnent juste, le lecteur se sent proche des personnages, il s’y attache en partageant leurs difficultés quotidiennes, en devinant leurs faiblesses. L’histoire, optimiste et touchante, valorise les différences et bouscule quelques préjugés : Maïté Coiffure offre plus qu’un simple « rafraîchissement », c’est un bon moment à passer, convivial et chaleureux.

Martine Falgayrac
(avril 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

Lire le dossier proposé par Calou, L'ivre de lecture

du même auteur : L'Expérienceur (L'Ecole des loisirs, 2003)

http://www.ecoledesloisirs.fr

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