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«
Juste un rafraîchissement ? »
Dans
ce petit salon de quartier, la patronne, Madame Maïté,
trône derrière la caisse et fait la causette. Fifi,
le petit coiffeur virevoltant, Clara, la blonde magnifique, et Garance,
la jeune apprentie, prennent en charge les clients, des habitués
pour la plupart. Il règne toujours chez Maïté
Coiffure une atmosphère de « fièvre joyeuse
». C’est dans cette ambiance que plonge Louis Feyrières,
quatorze ans, collégien en classe de 3e, à l’occasion
de son stage obligatoire en entreprise. Plutôt calme, il a
toujours fait partie à l’école « des
élèves sans flamme et sans histoires ».
Les études l’ennuient, il « rame »,
avec un sursaut de temps en temps « un peu par amour-propre,
un peu parce qu’il a peur de son père ».
Monsieur Feyrières, chirurgien, autoritaire et perpétuellement
surmené, a pourtant des ambitions pour Louis : un bon lycée
privé, puis les classes préparatoires… Il est
agacé par son fils introverti. Dans un climat exigeant et
sentencieux, l’adolescent se replie, triste et résigné,
peu soucieux de lui-même : sur la première de couverture,
les illustrateurs Dupuy-Berberian le représentent
la tête enfoncée dans les épaules et les cheveux
en « clignotants ».
C’est
Bonne-Maman qui lance l’idée de Maïté Coiffure,
elle qui débuta à 16 ans dans la «boulange»…
Monsieur Feyrières est atterré : les coiffeurs ne
sont pas de leur milieu, ils ont d’autres valeurs ! «
La coiffure, c’est pour les analphabètes ! …
Et question moralité, on peut trouver mieux ! »
Finalement, un peu par provocation, un peu par curiosité,
Louis se décide… «Une chemise blanche, les
cheveux propres», et c’est parti. Il est vite conquis,
excité, fasciné, étourdi de vivre plusieurs
vies en une journée. Comme il est serviable et dégourdi,
il «se fait une place à Maïté Coiffure».
On le trouve plutôt doué et on lui donne des responsabilités.
A la fin du stage, il confie à Bonne-Maman : «ça
me plaît !». Louis trouve toutes les excuses pour
retourner au salon, il y passe les vacances puis invente une grève
au collège… Il propose des idées de décoration
pour attirer la clientèle, pense à des arguments publicitaires
et fait même une promesse : « Un jour, je serai
riche et je rachèterai le salon !
Madame
Maïté, Bonne Maman et Madame Feyrières parviennent
à un arrangement avec le principal du collège : ils
proposent un contrat sur mesure à l’adolescent…
C’est la chance de Louis : «trouver sur sa route
des gens capables de le comprendre et de le soutenir».
Mais quand Monsieur Feyrières découvre tout ce que
personne n’a eu le courage de lui dire, l’affrontement
est terrible… Car Louis tient bon. Il réalise finalement
tous ses projets, digne et tenace. Son père déclarera
plus tard : «J’ai toujours cru en ce gamin ! »
Marie-Aude
Murail analyse les regards, les doutes et les douleurs du garçon,
les relations difficiles entre Louis et son père. Le lecteur
suit avec intérêt et bonheur l’implication grandissante
du jeune apprenti, il aime « son sens pratique mêlé
à sa naïveté » ; il redoute le conflit
inévitable et se réjouit enfin des réussites
de Louis. Le récit propose un réel message de confiance
à l’attention de tous les adolescents : « La
vie, c’est pas que des coups, c’est des rêves
et des désirs, des passions, des vocations».
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Quelques
jours dans une entreprise permettent aux collégiens de
se projeter dans l’avenir : c’est plutôt bien,
mais les stagiaires, la plupart du temps, ne peuvent être
que des observateurs. L’aventure de Louis, coïncidence
idéale, reste exceptionnelle, voire improbable. Les stages
sont néanmoins des ouvertures au monde du travail et
peuvent motiver tous les élèves, en particulier
ceux qui ont des difficultés ou sont en souffrance. L’auteur
appelle les adultes, les pères, à mieux écouter
« ces enfants qui sont intelligents autrement…
Les intelligences sont diverses, sociale, manuelle, artistique…
». Gagner une vie avec ses mains n’est pas
péjoratif ni infamant : «un chirurgien, c’est
un travailleur manuel, et un sculpteur et un dentiste, avec
quoi ils travaillent ?» |
Dans ce texte alerte où les dialogues occupent une grande
place et sonnent juste, le lecteur se sent proche des personnages,
il s’y attache en partageant leurs difficultés quotidiennes,
en devinant leurs faiblesses. L’histoire, optimiste et touchante,
valorise les différences et bouscule quelques préjugés
: Maïté Coiffure offre plus
qu’un simple « rafraîchissement »,
c’est un bon moment à passer, convivial et chaleureux.
Martine
Falgayrac
(avril 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

Lire
le dossier proposé par Calou, L'ivre de lecture
du même
auteur : L'Expérienceur (L'Ecole
des loisirs, 2003)
http://www.ecoledesloisirs.fr
http://perso.wanadoo.fr/mamurail
http://www.duber.net
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