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Dans les forges de Billancourt
Le père
de Martine Sonnet a travaillé à l’usine Renault
de Billancourt pendant une quinzaine d’années, quittant
au début des années 50 son métier de charron-forgeron
et la vie rurale pour la fournaise et le vacarme des forges de l’industrie
automobile, l’atelier 62, réputé le plus dur
de toute l’usine, et s’installant avec toute sa famille
dans un appartement de banlieue.
Martine
Sonnet a grandi dans ce milieu néo-ouvrier, auprès
de ce colosse inconnu et pudique qu’était son père,
mort depuis une vingtaine d’années. Elle est ingénieure
de recherche en Histoire au CNRS, mais sa démarche dans Atelier
62 n’est pas exactement celle d’une historienne.
C’est plutôt celle d’une fille cherchant dans
les archives et les souvenirs la trace de ce que fut l’existence
de son père et celle des milliers d’ouvriers de la
régie Renault – 38 000 à la grande époque,
autant que d’habitants à la ville de Chartres. Vies
dont il ne reste plus rien sur cette île où tout a
été détruit pour laisser place à de
nouveaux projets immobiliers.
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Ses
sources documentaires sont nombreuses, mais Martine Sonnet,
pour autant, n’abdique jamais sa sensibilité.
Derrière les articles de L’écho du
métallo Renault, les statistiques, ou les photographies,
c’est toujours l’existence des hommes dont elle
cherche à dessiner le contour, pour essayer de capter
« l’énergie de tous ceux qui avaient
un jour poussé le portail noir ».
Un
quotidien laborieux qu’elle parvient ainsi à
faire revivre dans les détails quotidiens, à
travers les demandes de construction de douches, de prime
de chaleur, de retraite anticipée, de brodequins plutôt
que de galoches en bois, à travers la paye tous les
quinze jours, petite liasse de billets fermée par une
épingle jetée négligemment sur la table
de la cuisine, à travers les accidents fréquents
et croissant proportionnellement à l’augmentation
des cadences et de la productivité.
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Mémoire
ouvrière, mémoire familiale aussi. La vie à
six dans un appartement où l’on entend tout ce qu’il
se passe chez les voisins. Le père, homme de la campagne,
homme d’extérieur, conserve au début ses habitudes
rurales, avant que petit à petit elles ne cèdent le
terrain devant les nécessités de la vie en ville.
Les vacances au pays, au mois d’août, d’un ennui
mortel pour la petite dernière restée seule avec les
parents après le départ des aînés. Les
week-ends à la mer.
Atelier
62 est ce que l’on pourrait appeler un récit
documentaire, dont la qualité tient à l’étroite
et délicate alchimie entre un regard singulier et des données
objectives. Un récit situé juste à la tangente
entre l’individuel et le collectif, entre l’intime et
l’universel, en forme d’hommage à une humanité
toute proche et pourtant disparue.
Myriam
Gallot
(février 2008)
Myriam
Gallot, passionnée de littérature
et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement
le métier de professeur de Lettres en lycée, mais
aspire à vivre de l'écriture.
http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

http://www.letempsquilfait.com/
Lire le début
d’Atelier 62 :
http://remue.net/spip.php?article2228
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