Les cendres du soupçon
Macha Séry

Philippe Rey, 2007

 

 


Avant, maintenant

Chloé a vécu une passion avec Jean. A vécu une passion. Parce que ça, c’était…Avant. La passion a cédé la place à la dépression… Maintenant.
Dans ce livre, Macha Séry, journaliste au Monde et dont c’est le premier roman, passe d’un chapitre à l’autre, invariablement dans le même sens, dans la vie d’avant de son héroïne à la vie de maintenant en hôpital psychiatrique. Elle dépeint avec humanité, cruauté et humour parfois, son nouvel univers, les personnages qui l’entourent et forment sa nouvelle « famille » : « Les autres, on ignore ou on oublie leur nom, jour après jour. S’il y a un Frédéric ou un Nicolas dans un fauteuil roulant, on ne sait plus. On a juste retenu que les nerfs de son pied fonctionnent, mais pas les ordres censés émaner du cerveau. Et on lui dit, comme on dit, chaque fois, à tous, à chacun : ‘Ah d’accord, d’accord !’ ».
Pourquoi Chloé se trouve-t-elle dans cet endroit, ce « centre de santé mentale » alors que sa vie avec Jean, antiquaire, semble tellement agréable, même si elle ne partage pas véritablement ses goûts pour les vieilleries ? Au fil des pages, on devine. Au fil des pages, ce sont de nouveaux venus à l’hôpital, au fil des pages, ce sont les soupçons dans sa vie de couple qui l’envahissent et enclenchent l’œuvre de destruction d’une belle complicité : « Les migrations dans la personnalité de Jean m’apparaissaient comme autant d’intrusions indésirables. Elles donnaient une matérialité à mes soupçons bien plus sûrement qu’une lettre compromettante trouvée dans un pantalon, un préservatif d’une autre marque que celle que j’achetais (…) Certes, ses blagues étaient drôles, mais elles me dépitaient. Certes, son rire carillonnait, mais il m’attristait. Je le voyais changer sous mes yeux et cela me désolait. »
Mais au fil des pages, on finit aussi par s’ennuyer. On croit avoir deviner pourquoi, pourquoi elle est là. Mais ce serait si simple, alors on continue la lecture, on s’accroche… sûr qu’on se trompe, qu’on n’est pas sur la bonne piste. Et pourtant, on avait vu juste.


Macha Séry a publié deux essais : Des amis en toute saison : d’Apollinaire à Camus. (Flammarion, 1996) et Parents d’élèves, si vous saviez.. (Stock, 2002).

Pas vraiment de suspens, pas vraiment de profondeur dans l’âme des personnages, descriptions superficielles. Quant à Chloé, elle est on ne peut plus prévisible. Ce n’est que sur le personnage de Jean qu’éventuellement on se pose quelques questions… éventuellement. Une écriture aussi très inégale avec des parties très bien travaillées, voire raffinées et d’autre beaucoup trop «journalistiques ». Dommage parce que l’idée du balancier perpétuel entre l’avant et le maintenant, prometteuse, est malheureusement mal exploitée. Un résultat en demi-teinte donc pour ce premier roman.

Apoline Saybec
(décembre 2007)


Apoline Saybec est historienne de formation. Elle a été rédactrice en chef d’un mensuel économique puis généraliste. Journaliste en presse écrite, elle est passionnée par l’être humain ; elle aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme, est son moteur.

 

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