Croyez-vous
aux fantômes ?
Roman victorien
par excellence, La maison inhabitée
est une invitation à la (re)découverte d’une
littérature fantastique et policière ancrée
dans un réalisme dix-neuviémiste convaincant, et dont
les incontournables références sont William
Wilkie Collins (pour le rythme et l’intrigue) et Le Fanu
(pour la noirceur et le surnaturel). Publié en 1975,
ce roman aurait pu s’intituler «la maison hantée»
(comme le conte de Noël signé Dickens
et consorts, réédité par Hesperus Press
en Grande-Bretagne) ; cette histoire de revenants est contée
par un homme, Mr Patterson, que l’on croit d’abord être
un témoin objectif et distant des événements
; ce jeune clerc, employé par la firme de Mr Craven, use
d’un ton suffisamment professionnel et détaché
(mais non dénué d’humour) pour présenter
les différents protagonistes et ordonner consciencieusement
les pièces à verser au dossier de la fameuse «maison
inhabitée » : River Hall, dont la firme Craven a la
responsabilité, est une belle résidence située
dans un faubourg londonien sur les rives de la Tamise et pourtant,
il semble impossible de pouvoir trouver des locataires qui acceptent
d’y demeurer plus de quelques mois, prétendant y avoir
été la proie de terribles apparitions.
Le narrateur, rationnel (voire cartésien) pense, comme son
employeur, qu’un mauvais plaisant joue des tours aux habitants
successifs ; il a du mal à croire aux fantômes, tout
comme Miss Blake, propriétaire de la maison – même
si cette dernière refuse d’y vivre... Le lecteur, convaincu
du bon sens du narrateur, est pourtant contraint, peu à peu,
d’accepter l’intrusion du surnaturel dans le récit,
tandis que quelques étranges événements viennent
ébranler les convictions et le scepticisme des « incroyants
».
La Maison inhabitée est l’un
des quatre romans fantastiques de Mrs Riddell, sur une production
de plus de cinquante romans et de dizaines de nouvelles : un ouvrage
palpitant, habilement construit, auquel s’ajoutent quelques
discrètes touches romantiques et dans lequel l’auteure
place des thèmes récurrents dans son œuvre :
le milieu des affaires, l’ascension de l'échelle sociale
et ses aléas, la condition des femmes, le mariage etc. On
trouve aussi un intéressant jeu de miroirs, ou plutôt,
une démultiplication de la « hantise », quand
on comprend que le mystère de la maison inhabitée
en vient à hanter le jeune narrateur, où qu’il
soit, et même les bureaux de Mr Craven, comme si la maison
elle-même était devenue fantôme…
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Mrs
Riddell fut très certainement une grande romancière
qui connut son heure de popularité, mais selon le
traducteur, Jacques Finné,
elle est aujourd’hui « superbement inconnue»
ou ignorée, tant par le grand public que par les
spécialistes, tandis que les écrits d’autres
victoriens font l’objet de colloques, de publications
critiques et de rééditions. La postface du
traducteur — une présentation plaisante et
détaillée de l’auteure et de son travail,
une mine d’informations accessible à tous —
ainsi que cette publication sont cependant une première
étape importante vers la réhabilitation d’une
romancière prolifique et de sa prose, assurément
d’aussi bonne facture que celle de la plupart de ses
contemporains.
Blandine
Longre
(septembre 2003)
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Une
terrible vengeance et trois autres récits fantastiques
de Mrs Riddell
traduit de l’anglais par Jacques Finné, J. Corti,
2005
Les éditions
José Corti continuent leur travail de réhabilitation
de l’écrivaine victorienne Mrs Riddell en publiant,
après le roman La maison inhabitée,
un recueil de récits étranges et déroutants,
qui tous, mettent en scène des revenants ; le thème
prégnant est celui du repos des morts, qui ici, justement,
ont bien du mal à le trouver : ce sont les narrateurs
ou protagonistes successifs qui vont les y aider en se transformant
en enquêteurs, le temps de résoudre quelque mystère
passé (un testament égaré, un meurtre
jamais élucidé…). L’imagination
de l’auteure régale le lecteur, qui plonge sans
arrière-pensée dans cette délicieuse
atmosphère désuète mais parfois terrifiante,
et se laisse aller à croire (comme les protagonistes,
au départ incrédules), quelques heures durant,
à l’existence de ces hommes, femmes ou enfants
fantomatiques appartenant à un temps où spiritisme
et roman gothique battaient leur plein.
B.L. (juin 2005) |

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