La maison inhabitée
traduit de l’anglais par Jacques Finné
titre original : The Uninhabited House
Domaine Romantique, José Corti, 2003

 

 

Croyez-vous aux fantômes ?

 

Roman victorien par excellence, La maison inhabitée est une invitation à la (re)découverte d’une littérature fantastique et policière ancrée dans un réalisme dix-neuviémiste convaincant, et dont les incontournables références sont William Wilkie Collins (pour le rythme et l’intrigue) et Le Fanu (pour la noirceur et le surnaturel). Publié en 1975, ce roman aurait pu s’intituler «la maison hantée» (comme le conte de Noël signé Dickens et consorts, réédité par Hesperus Press en Grande-Bretagne) ; cette histoire de revenants est contée par un homme, Mr Patterson, que l’on croit d’abord être un témoin objectif et distant des événements ; ce jeune clerc, employé par la firme de Mr Craven, use d’un ton suffisamment professionnel et détaché (mais non dénué d’humour) pour présenter les différents protagonistes et ordonner consciencieusement les pièces à verser au dossier de la fameuse «maison inhabitée » : River Hall, dont la firme Craven a la responsabilité, est une belle résidence située dans un faubourg londonien sur les rives de la Tamise et pourtant, il semble impossible de pouvoir trouver des locataires qui acceptent d’y demeurer plus de quelques mois, prétendant y avoir été la proie de terribles apparitions.
Le narrateur, rationnel (voire cartésien) pense, comme son employeur, qu’un mauvais plaisant joue des tours aux habitants successifs ; il a du mal à croire aux fantômes, tout comme Miss Blake, propriétaire de la maison – même si cette dernière refuse d’y vivre... Le lecteur, convaincu du bon sens du narrateur, est pourtant contraint, peu à peu, d’accepter l’intrusion du surnaturel dans le récit, tandis que quelques étranges événements viennent ébranler les convictions et le scepticisme des « incroyants ».
La Maison inhabitée est l’un des quatre romans fantastiques de Mrs Riddell, sur une production de plus de cinquante romans et de dizaines de nouvelles : un ouvrage palpitant, habilement construit, auquel s’ajoutent quelques discrètes touches romantiques et dans lequel l’auteure place des thèmes récurrents dans son œuvre : le milieu des affaires, l’ascension de l'échelle sociale et ses aléas, la condition des femmes, le mariage etc. On trouve aussi un intéressant jeu de miroirs, ou plutôt, une démultiplication de la « hantise », quand on comprend que le mystère de la maison inhabitée en vient à hanter le jeune narrateur, où qu’il soit, et même les bureaux de Mr Craven, comme si la maison elle-même était devenue fantôme…

Mrs Riddell fut très certainement une grande romancière qui connut son heure de popularité, mais selon le traducteur, Jacques Finné, elle est aujourd’hui « superbement inconnue» ou ignorée, tant par le grand public que par les spécialistes, tandis que les écrits d’autres victoriens font l’objet de colloques, de publications critiques et de rééditions. La postface du traducteur — une présentation plaisante et détaillée de l’auteure et de son travail, une mine d’informations accessible à tous — ainsi que cette publication sont cependant une première étape importante vers la réhabilitation d’une romancière prolifique et de sa prose, assurément d’aussi bonne facture que celle de la plupart de ses contemporains.

Blandine Longre
(septembre 2003)

 

Une terrible vengeance et trois autres récits fantastiques
de Mrs Riddell
traduit de l’anglais par Jacques Finné, J. Corti, 2005

Les éditions José Corti continuent leur travail de réhabilitation de l’écrivaine victorienne Mrs Riddell en publiant, après le roman La maison inhabitée, un recueil de récits étranges et déroutants, qui tous, mettent en scène des revenants ; le thème prégnant est celui du repos des morts, qui ici, justement, ont bien du mal à le trouver : ce sont les narrateurs ou protagonistes successifs qui vont les y aider en se transformant en enquêteurs, le temps de résoudre quelque mystère passé (un testament égaré, un meurtre jamais élucidé…). L’imagination de l’auteure régale le lecteur, qui plonge sans arrière-pensée dans cette délicieuse atmosphère désuète mais parfois terrifiante, et se laisse aller à croire (comme les protagonistes, au départ incrédules), quelques heures durant, à l’existence de ces hommes, femmes ou enfants fantomatiques appartenant à un temps où spiritisme et roman gothique battaient leur plein. B.L. (juin 2005)

 

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