Les Ostrogoths
Martine Pouchain

Les 400 coups, collection Connexion, 2007

 

 

 

« Dire que le bonheur était là, tout près, et que je ne le savais pas. »

Collection dirigée par Christine Féret-Fleury, Connexion a vu le jour l'an passé ; destinée aux adolescents, ouverte à toutes les formes de littérature (romans, nouvelles, thrillers, pages romancées de l'histoire, polars, journal intime, récits d'aventures…), elle donne la parole à de jeunes auteurs aussi bien qu'à des écrivains plus connus, comme Martine Pouchain, qui signe là un roman savoureux, pourtant ancré dans une réalité qui, au premier abord, ne pourrait sembler que sordide.

Bienvenue chez Clovis, Théodoric, Clodomir, Clotaire, Clotilde, Nantilde et leurs parents – un père au chômage perpétuel, qui passe ses journées à boire plutôt que d’imiter sa femme qui s’escrime à garder son travail tout en s’efforçant de faire preuve d’imagination pour… nourrir ses enfants. Un homme qui interdit à sa famille de se rendre aux Restos du coeur chercher de quoi finir le mois, décrétant "que c'est la honte" d'y aller... (on pense ici au père des Cendres d'Angela de Frank McCourt, qui affichait lui aussi la fierté du pauvre... préférant voir ses enfants mourir de faim plutôt que de mendier). Quant à Clovis, le jeune narrateur, il assume comme il peut – entre les petits à ramener de l’école, la préparation des crêpes à l’eau (voire de l'eau sucrée), les brimades et les moqueries de ses pairs (dont l'exécrable Sixty...), la chambre unique à partager avec ses 5 frères et sœurs, et son sentiment que rien ne s’arrangera jamais. A quoi se raccrocher ? Hors de question de se confier à l’assistante sociale ou à un enseignant – non par orgueil, mais par crainte de voir sa famille être démantelée – ou de se faire des amis (impossible de les inviter chez lui). Tomber amoureux, pourquoi pas ? (Même si cela ne se commande pas vraiment et que la Lola qui fait battre le coeur du garçon est plus âgée que lui). Se rêver star de cinéma, en héros, s'imaginer que l'on évolue dans un film pour mieux supporter le réel et prendre un peu d'assurance ? Ou bien apprendre la musique, comme ce fameux « gang du loup », dont Clovis a trouvé un CD dans un baladeur, «emprunté» dans la poche d’un camarade… "Plus je l'écoutais, et plus je la trouvais belle, cette musique. On aurait dit qu'elle me rentrait à l'intérieur."

Et parfois, la vie réserve des surprises, des rencontres qui ne changent pas irrémédiablement le cours des choses, mais qui peuvent donner un regain d'espoir à un adolescent non pas à la dérive, mais englué dans un présent dont il a tant de mal à s'extraire – et pour cause. Récit qui oscille entre drame domestique, chronique de la misère et roman d'apprentissage, Les Ostrogoths donne à voir une réalité peu reluisante, à laquelle tente d'échapper un garçon sensible et plutôt débrouillard, très attachant. Que deviendra-t-il à l'issue de ce moment que nous avons passé en sa compagnie ? Dans une longue postface (qui est aussi le journal de bord intitulé "Ecrire ? Aïe aïe aïe ! Ou comment surmonter l'angoisse de la rédaction", tenu durant l'écriture de ce roman), l'auteure se pose la même question sur ses personnages... "J'espère qu'ils vont bien se débrouiller sans moi. Il est vrai qu'ils vont bientôt revivre dans l'imaginaire du lecteur. Ils n'auront peut-être pas le même visage, ils auront le visage que le lecteur voudra bien leur donner, car la lecture aussi est créatrice..."

Blandine Longre
(janvier 2008)

martine.pouchain.free.fr

De Martine Pouchain
Chevalier B. Sarbacane, Romans Exprim’ 2007
Fugue majeure - Nathan poche 2006
Printemps volé - Pocket jeunesse, 2005

Littérature jeunesse

romans ados