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Tonique
On ne trouvera
pas dans ce livre de théorie scientifique sur les catastrophes,
et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit et
la catastrophe de l’héroïne, Bleue, élève
de terminale, structure tout le roman. Pourtant, ce n’est
pas un roman triste, on y rit beaucoup, tant la distance et l’humour
sont constants – en dehors des moments noirs, inquiétants
et terribles.
« Les gens réservent toujours l’anxiété,
la fureur et la gueule à la Heathcliff à leur propre
histoire – c’est là une preuve du narcissisme
qui coule dans les veines de la culture occidentale comme de l’essence
dans une Edsel ». Cette maxime, l’une des nombreuses
que celui que la narratrice nomme « papa » énonce
tout au long du livre, a été bien assimilée
par sa fille : chaque histoire, et la sienne encore plus, en dehors
d’un ou deux instants d’égarement, est livrée
sans pathos, avec distance, précision et un regard extrêmement
perçant. Le cinéma ou la littérature souvent
évoqués ; le texte cite, zoome, fait des raccords,
cite des postures d’acteurs, imite des scènes, des
effets, de façon explicite.
Si le prologue
prend Bleue au moment où tout est consommé et où
la tristesse l’a envahie, le récit fonctionne par un
retour en arrière sur toute sa vie, après la description
du séisme majeur qui a tout renversé. Sa mère
est morte quand elle était enfant. On sait peu de choses
d’elle, en dehors du fait qu’elle aimait les papillons.
Son père, très aimant et attentionné dans son
genre, est un universitaire brillant spécialisé en
sciences politiques. Il change sans cesse de lieu de travail et
l’emmène partout avec lui, lui parlant sans cesse de
livres, il tente de lui inculquer le même dédain distant
qu’il éprouve envers l’humanité. Il accumule
dans son discours les citations et références savantes
et la narratrice de l’histoire, Bleue, fait de même,
citant tantôt des œuvres réelles (essais, littérature,
cinéma,…), tantôt d’autres qui semblent
tout à fait fantaisistes (on n’est pas allé
vérifier). Ainsi cette histoire, même dans ses moments
dramatiques, est truffée de références, de
connaissances, de toutes ces choses qui semblent former l’ossature
du monde et qui, dans certaines circonstances (une catastrophe,
un accident) n’ont plus de sens.
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On
lit cette histoire sans se lasser, presque d’une traite
(si c’est possible), tant les événements
s’enchaînent de façon implacable et cependant
surprenante vers une fin provisoire que l’on connaît
déjà. Lors de cette année de terminale
au collège St Gallway de Stockton, les relations douces-amères
de Bleue avec son père (et les amours plus ou moins
secrètes de celui-ci), la rencontre d’Hannah
Schneider, mystérieuse professeur de cinéma
de son collège, la fréquentation de la bande
des « sang bleu », adolescents nantis et déjantés,
qui l’associent à leur groupe sans que l’on
comprenne bien pourquoi on leur en a donné l’ordre,
tout cela prend la sage Bleue dans un tourbillon de plus en
plus inexplicable.Les rencontres entre Hannah et la bande,
les relations qu’elle a nouées avec chacun, la
mort d’un homme chez elle, puis la mort d’Hannah,
que l’on connaît depuis le début : suicide
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Bleue, témoin,
quasi accusée, croit au crime et mène l’enquête.
Le roman vire alors au policier et frôle le thriller. Tout
cela est balayé par la seconde catastrophe, non annoncée
cette fois, qui renverse toutes les certitudes de Bleue sur sa vie,
son passé, son avenir, son père, sa mère, elle-même
et la laisse sur le carreau des émotions.
Pourtant, c’est un livre tonique, qui croit en la littérature
et aux livres (chaque titre de chapitre est un titre de roman),
qui affirme que seuls ils permettent de lutter contre les mystères
et l’opacité des êtres. C’est aussi un
livre plein de descriptions, longues, ou très rapides, tout
à fait extraordinaires, des comparaisons étonnantes
(bien traduit), des dialogues vifs et un portrait d’une certaine
Amérique, passionnant.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(décembre 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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