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Comment
se faire un beau programme de retraite…
Dès la
première de couverture, l’illustratrice Béatrice
Alemagna présente le dénommé Robert
Poutifard : l’homme au crâne dégarni paraît
de grande taille, recroquevillé sur le siège de sa
deux-chevaux couleur canari ; la sacoche en bandoulière et
le sourire en coin, il agrippe le volant d’un air décidé.
Le ton est donné, le lecteur se demande déjà
quel type de vengeance peut bien poursuivre ce héros à
l’apparence si ordinaire et modeste…
Robert Poutifard,
enfant craintif et maigrichon, sert, jusqu’en cinquième,
de souffre-douleur à ses congénères. Puis il
grandit d’un coup et l’on cherche moins de noises au
garçon, toujours timide, mais devenu immense et grassouillet.
Adulte, il choisit cependant de devenir instituteur : il pense ainsi
pouvoir se venger «des petits morveux qui l’ont
tant fait souffrir autrefois» ; sa déception est
immense quand il prend conscience de l’impossibilité
de leur faire du mal, de l’interdiction même de leur
tirer les oreilles. «Suivirent alors trente-sept longues
années insupportables pendant lesquelles il faillit plusieurs
fois devenir fou».
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Le malheureux professeur manque d’autorité et
de répartie, les élèves se régalent
de ses faiblesses. Ses rituels, sa vie de célibataire
auprès d’une mère très protectrice,
ses difficultés avec les tables de multiplication,
que d’occasions pour les enfants de céder au
«plaisir sadique de voir leur maître humilié».
Comment survivre à cet enfer quotidien ? Petit à
petit un projet délicieux mûrit dans l’esprit
de Robert Poutifard, il se met à faire des fiches…
Au retour de la cérémonie qui célèbre
enfin son départ en retraite, il trie les documents
élaborés pendant des années de loyaux
services. Il sélectionne trois évènements
dont les initiateurs paieront pour tous les autres et il inaugure
un «cahier de vengeance». |
L’auteur construit
le roman de façon très rigoureuse, en quinze chapitres
très équilibrés ; son héros lui-même
fait preuve d’une organisation déterminée. Le
maître revit à l’aide de chaque fiche l’affront
d’origine, l’impact plus ou moins dramatique sur sa
carrière ou sa vie sentimentale. Il élabore ensuite
un plan pour chaque vengeance, avec minutie et délectation,
soutenu par sa mère aussi enthousiaste. Il repère
les lieux, restaurant, magasin ou salle de spectacle, où
évoluent les sujets choisis, ces odieux gamins qui ont réussi
et sont devenus des adultes riches ou renommés. Enfin, le
retraité passe à la réalisation de son programme
de punitions. Tout se passe on ne peut mieux pour les deux premières
entreprises, mais la troisième vengeance ne se déroule
pas tout à fait comme prévu !
On s’amuse beaucoup
et on compatit aux humiliations subies par le pauvre maître
d’école, particulièrement au grand chagrin provoqué
par la troisième farce et qui le condamne au célibat.
Jean-Claude Mourlevat excelle dans le récit de la première
vengeance où les faits et délires s’enchaînent
parfaitement et composent un scénario catastrophe modèle.
L’auteur ménage le suspense tout au long du roman,
le lecteur suit avec curiosité l’accomplissement des
programmes de réparation et s’interroge sur l’épilogue
: le dénouement pourra-t-il rétablir quelque moralité
?… Car le roman balance entre, d’une part, les complots
enfantins dont les conséquences n’ont pas été
mesurées, et d’autre part les machinations ourdies
par un adulte conscient de la portée de ses actes. Aucune
de ces attitudes n’est vraiment drôle ni acceptable
; pourtant Jean-Claude Mourlevat parvient à les rendre plutôt
légères et redresse finalement la situation de main
de maître…
Fondée
sur des situations quasi dramatiques, l’histoire ne cherche
pas forcément à faire réfléchir aux
conduites inconséquentes des uns et des autres, elle est
avant tout divertissante ; les enfants y retrouveront un univers
familier et le propos ravira certainement nombre de maîtres
et maîtresses à qui d’ailleurs Jean-Claude Mourlevat
dédie sa « comédie ».
Martine
Falgayrac
(janvier 2005)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.gallimard-jeunesse.fr/
http://www.jcmourlevat.com/
http://www.univ-lille3.fr/jeunet/auteurs/mourlevat02/sommaire.htm
http://perso.wanadoo.fr/office.du.livre/Pages/archives_ASR/aut2004/
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