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Quatre
mini-récits en "blanc sur noir"
C’est
avec plaisir que l’on découvrira les quatre nouveaux
titres de la collection Mouchoir de poche lancée
cette année par les éditions Motus – beau pari
éditorial qui mérite d’être abondamment
soutenu – des ouvrages qui ne se ressemblent pas, hormis d’un
point de vue formel, et qui témoignent d’une authentique
créativité.
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La
fantaisie est au rendez-vous dans le petit récit initiatique
concocté par Christine Beigel
(auteure de l’excellent album La
petite fille qui marchait sur les lignes, illustré
par Alain Korkos), un conte qui, implicitement, fait la part
belle à divers intertextes (dont les Mille et une
nuits, les fables moyenâgeuses, ou Le petit
chaperon rouge) et qui met en scène une petite
fugueuse qui a « des fourmis dans les pieds
» ; elle rencontre en chemin un terrifiant dragon qui
réclame des histoires et dont il lui faut absolument
se débarrasser. Ne réveillez pas
le dragon! demeure inclassable, car le récit
met en place une astucieuse interactivité avec le lecteur,
en prenant la forme d’un QCM humoristique dont les réponses
ne sont pas forcément données : à nous
de les deviner, voire de les superposer ou de les imaginer…
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On
retrouve, dans Le petit chapon rond rouge
(un titre savoureux !) construit sous forme de fable animalière,
un détournement similaire des contes, mais aussi l’idée
de la victoire possible des faibles sur les forts, qui met à
mal la célèbre « loi du plus fort » de
La Fontaine ; c’est une histoire en apparence très
simple que propose Claude Marie, celle d’un petit poulet un
peu gros que sa mère ne parvient pas à protéger
des moqueries et des attaques mesquines des autres poules.
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Quand
la nouvelle se répand qu’un loup rôde dans
le voisinage du poulailler, la communauté n’hésite
pas à sacrifier le « petit chapon rond rouge
» (ainsi que l’a surnommé Louise,
une poule bien mal intentionnée) et à l’envoyer
à la rencontre du monstre – pensant que ce dernier
se contentera de ce morceau de choix et épargnera les
autres volailles…
Le petit poulet se révèlera plus malin que le
loup (opposant son intelligence courageuse à la force
brute) et en rentrant victorieux, il dira à Louise,
en guise de morale et de conclusion : « ta méchanceté
m’a rendu fort ».
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Si
les deux récits précédents s'inspirent
largement d'une veine qui ne cesse de nourrir l'imaginaire
des écrivains, Etienne Mallinger, de son côté,
propose un récit bien différent, doux-amer et
émouvant ; située de plain-pied dans une réalité
sociale éprouvante, l’histoire de Pavel et de
sa mère femme de ménage, criblée de dettes,
est pourtant illuminée par l’amour qui les lie,
et qui s’incarne dans le « collier
de coquillettes » (dont on aurait tort
de se moquer dans le cadre de ce récit) que l’enfant
offre à sa mère : un présent qui efface
temporairement la grisaille du monde extérieur et les
dangers qui guettent la petite famille. |
L’écriture
est sobre, le langage parfaitement adapté aux jeunes lecteurs,
et c’est par petites touches, en quelques mots seulement,
que l’auteur dresse le portrait d’un petit garçon
confronté à de nouvelles inquiétudes et d’une
mère qui possède l’intelligence du cœur,
à défaut de biens matériels.
Ce n’est justement pas contre ces adultes-là que s’insurge
la fillette que fait parler Julia Billet dans Je n’oublierai
jamais, mais plutôt contre ceux qui méprisent
(parfois par inconscience) l’intelligence des enfants et leur
capacité de compréhension du monde qui les entoure,
ayant oublié qu’enfants, eux-mêmes en savaient
déjà beaucoup (de la peur et du rêve, de la
honte, de la joie, de la peine ou bien des guerres).
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La
narratrice, véritable porte-parole d'une enfance en
quête d'affirmation, résume les frustrations
éprouvées par les enfants et se jure que «
jamais jamais / je ne dirai des enfants / des petits de
ma sorte / qu’ils ne savent pas / qu’ils ne comprennent
pas / qu’ils ne doivent pas entendre / qu’ils
ne peuvent pas entendre », et pour ne pas oublier
sa promesse une fois devenue grande, elle l’écrit
« blanc sur noir ». Ce petit poème
en vers libre, construit autour d’un va-et-vient temporel,
explore admirablement la place du souvenir dans une existence,
ainsi que celle de l’enfant dans le monde des adultes.
B.
Longre
(décembre 2005)
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http://www.editions-motus.com
dans
la même collection
Je
suis un ange François David
L’enfant qui avait peur du silence Thierry Cazals
Jamais Marc Solal
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Une
nuit,
de Christine Féret-Fleury,
Motus, collection Mouchoir de poche, 2007
Une écriture
limpide, des flocons qui tombent, une galerie de personnages
pris à un instant T, sur le vif, « chacun dans
sa vie » - quelques habitants d’un immeuble qui
ont tous aperçu la voiture rouge, (mal) garée,
en bas ; une voiture solitaire bientôt couverte d’un
« tapis de velours blanc » et dont personne ne
se soucie vraiment (hormis le policier retraité qui
s’offusque…). Ce n’est qu’au petit
matin qu’on découvrira ce que cachait la présence
de cette voiture.
Les illustrations très basiques (conçues par
l’auteur – c’est en effet l’un des
principes de la collection) ne proposent aucun portrait :
seulement des objets qui incarnent l’un ou l’autre
personnage et, en leitmotiv, une fenêtre close, qui
pourrait symboliser l’indifférence au reste du
monde, le repli sur soi, au chaud – ce qu’entend
dénoncer l’auteure par le biais de la poésie,
sans moraliser ni culpabiliser le lecteur, en relatant la
mort d’un homme.
B.Longre (décembre 2007) |
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