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Une
« grande » collection où les rôles s'inversent
Il serait imprudent
de se fier au fond noir des petits ouvrages qui composent la dernière
née des collections des Editions Motus, intitulée
"Mouchoir de poche". En réalité, les trois
premiers titres signés François David, Thierry
Cazals et Marc Solal, tout en possédant
leur part d'ombre, racontent des histoires loufoques et parfois
légères, agrémentées "d'illustrations"
minimalistes et très graphiques - proches de l'icône
-, un travail confié, une fois n'est pas coutume, aux écrivains
eux-mêmes — ceci est vrai pour deux des titres, car
dans le cas de Jamais, le texte a été
composé par l'illustrateur...
Petit format
donc, brièveté des récits, simplicité
visuelle (en surface) et humour décalé, mais qui parfois
révèle d'importantes craintes enfantines : voilà
ce qu'ont en commun ces mini récits, chacun réservant
quelques revirements surprenants, qu'ils soient narratifs ou langagiers.
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Car
les auteurs jouent avec le langage et combinent astucieusement
mots et images, les premiers étant indissociables des
secondes et vice versa. Dans L’enfant qui
avait peur du silence de Thierry Cazals, Igor,
un garçon qui ne peut survivre que dans le bruit, ne
cesse de "clouer le bec au silence." : un
fracas qu'il recherche et provoque pour ne pas se retrouver
"seul avec le silence. Il a plein de bouches partout."
En regard de ces mots d'enfants, c'est justement le mot "peur"
qui envahit la page de droite, un mot écrit tant de fois
qu'il crée, littéralement et visuellement un noyau
de gribouillage au centre de la page, une façon particulièrement
habile d'évoquer le noeud d'angoisses qui étouffe
Igor. |
L'image paradoxale
(les "bouches" du silence) peut prêter à
rire mais, dans le même temps, on prend conscience que l'enfant
est incapable de formuler différemment sa phobie, si vaste
qu'il ne peut s'en libérer qu'en la faisant subir à
son entourage. C'est une étrange rencontre qui aidera Igor
à comprendre puis à surmonter sa terreur.
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La
gravité du sujet est toutefois édulcorée
car le ton demeure léger, et le récit semblera
presque anecdotique (en particulier aux yeux des jeunes lecteurs)
: les aventures d'Igor s'achèvent sur une touche poétique
et drôle. Une approche que l'on retrouve dans les deux
autres ouvrages Je suis un ange
du prolifique François David
et Jamais de Marc
Solal, deux récits qui cette fois sont narrés
à la première personne, les enfants commentant
leur présent ou leur avenir ; le second des deux imagine
ce qu'il ne sera pas "plus tard",
la négation renversant la formulation enfantine traditionnelle
("quand je serai grand, je serai...") ;
les bonnes résolutions de l'enfant (qui dit que jamais
il ne portera de cravate ou de lunettes, que jamais il ne
ronflera, ou encore que plus tard, il ne vieillira pas…)
sont mises à mal quand survient son grand-père
— qui lui, est justement tout le contraire de ce que
l'enfant n'aimerait pas devenir. |
François
David a opté pour une approche encore plus minimaliste que
Thierry Cazals et Marc Solal ; le discours s'adresse directement
au jeune lecteur, pris à parti, et le narrateur accumule
onomatopées, exclamatives et interrogatives, lancées
spontanément. Mais c'est surtout la logique imparable (et
volontairement absurde) de l'enfant qui prête à sourire
: "je suis un ange parce que je ne casse jamais rien. Ou
alors, si je casse je ne fais pas exprès. Si je faisais exprès,
je serais méchant, hein ! Or je ne suis pas méchant
puisque je suis un ange."
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De
sophismes en interjections, le jeune narrateur, habile orateur,
met tout en oeuvre pour nous convaincre de son angélisme,
et même si nous ne sommes pas dupes, il aura le dernier
mot — c'est la ponctuation qui viendra à son
secours. Ce n'est pas la première fois que François
David combine les registres et les langages, verbal et visuel
(c'est avec un plaisir toujours renouvelé que l'on
ira relire Est-elle Estelle.)
Un
début de bon augure : attendons maintenant les petits
frères de ces trois nouveaux titres...
B.
Longre
(juin 2005) |

François
David
du
même auteur
Poèmes sans queue ni tête
d’après Edward Lear, ill. Henri Galeron, Motus, 2004
Lire l'article de Martine Falgayrac
La petite sœur de Kafka, dessins
Anne Herbauts, Esperluète, 2004
Lire l'article de Blandine Longre
Chat qui vole, Editions du jasmin, 2003 Lire
l'article de Martine Falgayrac
L'oiseau bonheur, ill. L. Corvaisier, Albin Michel jeunesse,
2003
Lire l'article de Blandine Longre
Est-elle Estelle ? ill. Alain Gauthier, Motus, 2002
Lire l'article de Blandine Longre
Les enfants de la lune et du soleil, ill. Henri Galeron,
Motus, 2002 Lire l'article
La tête dans les nuages, phot. Marc Solal, Motus,
1998 Lire l'article de Cendrine
Genin
Ecrivain
en littérature de jeunesse, François David est aussi
directeur littéraire des éditions Motus
depuis 1988.
http://www.francoisdavid.com/accueil.html
http://www.editions-motus.com
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