|
Un
petit livre qui sent drôlement bon…
Si les romans
pour la jeunesse peuvent aider les enfants à apprivoiser
le monde, voici une façon originale de l’envisager
puisqu’il est question ici des odeurs. On pratique généreusement
l’éducation du goût, celle de l’oreille
par les activités musicales, celle du regard par l’intermédiaire
des arts visuels, celle du toucher par les manipulations de matières
diverses, mais quand pensons-nous à développer l’odorat
? Suivons donc Adrien, le nouveau petit héros d’Elisabeth
Motsch, nous allons vivre avec lui quelques jours particuliers
aux cours desquels les odeurs vont le captiver…
 |
Tout ça à cause d’une algue que la maman
d’Adrien lui glisse dans une enveloppe… Représentante
en parfumerie, absente souvent une semaine entière, elle
écrit chaque jour à sa famille. Cette fois la
carte postale vient de Carantec et elle y joint cette petite
chose, ramassée spécialement pour son fils. Mais
l’algue sent bizarre, plutôt pas trop bon ; pourtant
sa maman s’y connaît en parfums ! Bientôt,
étrangement, l’odeur rappelle au petit garçon
le vent de la mer : cette algue serait-elle magique ? Grâce
à elle il retrouve les senteurs des vacances… Dans
la rue, les fumées des pots d’échappement
lui rappellent les bateaux du port, puis il est happé
par l’odeur des huîtres qu’un homme est en
train d’ouvrir à l’étal d’une
brasserie ; tout le ramène à l’air marin,
donc à son algue… |
Adrien est content,
très content ; les jours qui le séparent du retour
de sa maman passent très vite. Autour de lui, voici d’autres
enfants, ses copains Aboubakri, Alexandra, son frère Arnaud.
Il leur montre le précieux cadeau puis s’amuse avec
eux à classer les odeurs : celles qu’on aime, celles
qu’on déteste. Ils ne sont pas toujours d’accord
; et ça se complique quand on parle cuisine, Adrien pense
à son père qui adore le munster et pourtant «
ça pue ! ». Il y a des odeurs déplaisantes
mais pas dégoûtantes comme celle du chien de l’immeuble
qui fait toujours la fête à Adrien, des odeurs désagréables
auxquelles on s’habitue comme celle de l’eau de Javel
à la piscine. Il y a des odeurs indéfinissables comme
celle de l’algue... Finalement, pour Adrien, l’important
c’est le sentiment et le souvenir qui sont attachés
à l’odeur. Aussi sera-t-il décontenancé
par le parfum préféré et secret d’Alexandra…
L’aquarelle
de couverture prépare bien à la tendresse de ce récit.
Texte et illustrations s’accompagnent ensuite et se répondent,
non sans humour parfois : Philippe Dumas propose par exemple un
flacon de parfum, « Etreintes » de Motsch !
Il montre aussi que le dessin peut lui-même évoquer
des odeurs, par exemple lorsqu’il s’agit du contenu
d’une poubelle…
L’algue transporte Adrien à la mer et vers sa maman,
lui offre l’occasion d’échanger avec les autres,
de partager quelques fous rires et de réfléchir sur
les différences. Air marin est
un petit livre plein d’amour partagé, de tendresse
filiale, d’amitié, qui portera le jeune lecteur à
s’interroger sur ce qui l’entoure, particulièrement
cette fois sur ce que l’on sent et ce que l’on ressent…
Les livres eux-mêmes n’ont-ils pas une bonne odeur,
surtout quand ils sont neufs ? Celui-ci en tout cas a le parfum
d’une belle histoire…
Martine
Falgayrac
(janvier 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr
Lire
aussi
Gabriel, collection mouche - L'Ecole des
loisirs , 2006
http://www.elisabethmotsch.ouvaton.org/
|