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A
l’occasion des sorties au cinéma de Mother
India (9 juin) et de La
Famille Indienne (26 mai)
Journée
BOLLYWOOD
au
TRIANON, Paris
LUNDI 31 MAI 2004 DE 14h A minuit
Le
TRIANON
80, bd Rochechouart 75018 Paris
M° Anvers + Parking
réservations http://www.indiancinemaevents.com/
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La
seconde jeunesse de Mother India.
Une
histoire d’une simplicité biblique érigée,
à la fin des années 50, en superbe monument du cinéma
indien. Du grand spectacle!
De
toute beauté, Mother India resplendit
de ses décors naturels, entre ciel et terre de l’Inde
rurale, de ses danses, sublimes accords de musiques et de poésie
traditionnelles, et enfin de son actrice vedette, Nargis,
merveilleuse de retenue dans le tragique personnage de Radha, mère
de famille paysanne, bonne et dévouée jusqu’à
l’extrême.
Au début
de la fresque, Radha se pare pour son mariage. Quelques gestes filmés
d’un style limpide, puis un cadrage, très serré,
sculpte en Technicolor le buste de l’héroïne.
Ainsi l’insondable romantisme des rituels indiens s’allie
aux flamboyants gros plans, inspirés par Hollywood, pour
accoucher d’un classique indien. Tôt dans le récit,
le plaisir visuel saute donc aux yeux… Trois heures plus tard,
et davantage encore le lendemain, après mûrissement
du film en soi, force est de constater combien, près d’un
demi-siècle après sa sortie initiale, le spectacle
garde une grande puissance de séduction.
Pour
conter ce simple destin héroïque confronté
aux pires infortunes mais capable de tous les courages, sauf
celui d’abandonner ses enfants, le metteur en scène
Mehboob Khan adopte un réalisme magnifié.
A l’écran, sont dépeints la misère
totale, l’épuisement de la vie des champs, les
naissances… et toujours l’acceptation de chaque
épreuve, prononcée avec dignité.
Pourtant
les corps semblent à jamais perdus, tel le mari de Radha,
prêt à se tuer à la tâche et vite
privé de l’usage de ses deux bras par un accident
de travail. Animé par une honnêteté absolue,
mais analphabète, il est
exploité jusqu’à l’os, et ridiculisé
sans pitié (un collier de grelots autour du cou), par
un usurier d’une cruauté sans nom. Plutôt
que la mendicité, le jeune père de famille choisit
l’exil, équivalent à un suicide, du fait
de son infirmité. |
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Sans
la moindre relâche, Radha parvient néanmoins à
garder en vie et à élever deux fils. Mais l’aîné,
en rage contre l’injustice de son existence et assoiffé
de vengeance mal dirigée, va entraîner sa mère
jusqu’aux enfers, dans un village à feu et à
sang. Dans le rôle de Birju le meurtrier banni et pourchassé,
le bouillant acteur Sunil Dutt évoque Caïn,
le frère au fond haineux intarissable, et Pan, la créature
agreste mi-humaine mi-animale.
Portée politique
Centré
autour d’une femme et d’un village — rapport souligné
dans le prologue et l’épilogue, quand la doyenne Radha
inaugure un barrage et se replonge dans ses souvenirs — Mother
India impressionne aujourd’hui par sa modernité,
en particulier dans son approche politique. Dans
le portrait maternel munificent, le film préfère la
foi à son contenant religieux, la conscience du mal au jugement
moral. Sans condamnation, ni distinction, il se dégage à
travers le chaos un paisible sentiment de communauté. Auprès
de ses enfants, Radha diffuse un bonheur sourd, un espoir tenace,
un pacifisme presque constant. Personnage de cinéma populaire,
bâti sur un mode emblématique, elle incarne la force
spirituelle de l’Inde. Soufflant sans repos à travers
les tempêtes, les siècles, les générations,
cet esprit accepte d’intégrer tout ce que la terre
et les hommes subissent de plus dur, de plus injuste.
Seul Birju
peste, enfant, contre un dieu tenu pour responsable des crues dues
à la mousson. Seul Birju, jeune adulte, est désigné
à la vindicte publique. Seul, il prend les armes contre le
village et finit par défier sa mère, dans un duel
de western. Terrible, terrible résolution du fils face à
un choix cornélien… On aime sa mère presque
sans le savoir, selon Maupassant. Le splendide Mother
India s’apprécie aussi de la sorte. D’instinct.
François
Cavaillès
(mai 2004)
François
Cavaillès
est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada),
il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est
et étudie le thaï à l'Institut National des Langues
et Civilisations Orientales de Paris.

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