Exposition
jusqu'au 18 septembre 2004


Dumitru Mosor, peintre invité, ainsi que les œuvres de Sorin Novac, Catinca Popescu, Valeriu Susnea et Ionita G. Andron

Chapelle Sainte-Marguerite - Sainte-Foy-les-Lyon

14h-19h - Entrée libre
Association Rhône-Roumanie


Lumières roumaines

Ce ne sont pas moins de cinq artistes roumains dont les œuvres sont proposées aux amateurs de peinture et de photographie lors de cette riche exposition organisée par l’association Rhône-Roumanie dans la jolie Chapelle Sainte-Marguerite de Sainte-Foy-les-Lyon. Cinq artistes - les peintres Dumitru Mosor, Sorin Novac, Catinca Popescu, Valeriu Susnea et le photographe Ionita G. Andron - dont le rapprochement assure à l’exposition une diversité plaisante en elle-même, et qui promet à tout un chacun de rares moments de contemplation esthétique.

Il y a tout d’abord Dumitru Mosor, peintre invité, né en 1961, dont les œuvres polymorphes ont déjà été reconnues en Roumanie comme en Europe, et notamment en France, à Barbizon, où il est venu en 2001 exposer ses tableaux sur les traces de Grigorescu. Peintre aux talents multiples, habitué tant à la peinture murale et à la réalisation de fresques, qu’à la peinture d’icônes sur bois et à la mosaïque, pour de nombreuses églises et cathédrales roumaines, Mosor expose à Sainte-Foy un magnifique ensemble de tableaux et d'icônes révélant toute la valeur de sa peinture, toute l’ampleur de son art tour à tour abstrait et figuratif. Qu’il s’adonne à d’intenses paysages - petits villages campagnards, montagnes, lacs et rivières de Roumanie, des mythiques Carpathes d’où Mosor est originaire (Târgu-Neamt) -, ou aux “tentations du non-figuratif”, à de simples formes géométriques - carrés, rectangles, qui s’ouvrent les uns sur les autres comme des poupées russes -, Mosor confère à ses œuvres une impressionnante luminosité, et instaure partout le superbe règne des couleurs chaudes : fraîche verdure, bleus limpides, douceurs dorées, automnes rougeoyants comme l’on en voit qu’en Roumanie... Le trait du pinceau est souvent nerveux, élancé ; vacillations et tendres fissures vivifient les rectangles et carrés ; rien n’est jamais figé : toujours un mouvement, une dynamique, emportent l’esprit du spectateur plus loin qu’il ne le pensait...

D’autres couleurs, d’autres harmonies font l’œuvre de la peintre d’art naïf Catinca Popescu, née en 1935, qui elle aussi a fait le tour du monde avec ses tableaux, depuis une vingtaine d’années. Précision des traits, simplicité des lignes, franchise des couleurs sont au rendez-vous chez cette amoureuse du thème du village, affectionnant de croquer de jolies saynètes humaines et de tendres atmosphères, dans une nature amicale, non sans une pointe d’humour qui touche au poétique.
L’art de Sorin Novac, artiste diplômé en 1980 de l’Art Plastique Nicolae Grigorescu de Bucarest, impressionne par l'ampleur imaginaire que lui valent ses effets structurels ; œuvre marquée par une intense réflexion picturale, ces dessins ne manquent pas de gagner l’œil du spectateur.
À ne pas manquer : l’œuvre de Valeriu Susnea, membre de l’Union des Arts Plastiques, et Titulaire de l’Ordre du Mérite Culturel de Roumanie, artiste passé maître dans le domaine unique de la peinture sur verre. La pureté de ces œuvres entremêlant thèmes mystiques et religieux et composantes d’origine populaire, doit certainement à la technique, particulièrement minutieuse, exigée par le matériau, le verre : il faut peindre à l’envers, sur la face du dessous, et donc commencer par les détails superficiels, pour finir avec les formes plus importantes et, en dernier lieu, les fonds et feuilles d’or. L’influence de l’art de l’icône est manifeste, tout comme l’inspiration orientale ; Susnea joue avec l’imagerie folklorique de son pays, qu’il introduit dans des visions mouvementées, en célébration d’une joie de vivre très communicative.

Quant aux émouvantes photographies de Ionita G. Andron (1917-1989), photographies en noir et blanc de la Roumanie du XXème siècle, et tout particulièrement de la région des Maramures (nord-ouest de la Roumanie), elles intéressent à la fois par leur valeur historique et ethnographique et par leur grande valeur esthétique. Insouciantes saynètes rurales et méditations sur des paysages magistraux se relaient pour nous plonger dans un autre monde, celui auquel Andron a consacré sa vie d’avocat, de photographe et d’écrivain : le pays d’Oas, ses traditions paysannes, ses collines... Plusieurs livres ont déjà été consacrés à ce photographe décédé il y a quinze ans, qui a laissé derrière lui plus de 80 000 photographies uniques au monde.

Tous les goûts sont donc susceptibles d’être flattés dans cette exposition variée, dont les œuvres inestimables sont d’ailleurs à vendre. Plus qu’un fil directeur, la Roumanie ici magnifiée agit en vecteur d’universalité : de même que la beauté de ses paysages ne peut laisser personne insensible, de même, l’on ne peut qu’apprécier la richesse artistique de ce pays où, pour le plaisir de tous, on ne dissocie pas Art et Art de vivre.

Nicolas Cavaillès
(septembre 2004)

Nicolas Cavaillès, spécialiste de l'œuvre de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature, poursuit, après des études de lettres et de philosophie, des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de la création artistique (critique génétique).

Rhône-Roumanie

Sur Andron : www.memoria.ro