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Policier
ou roman tout court ?
Premier
roman de Morten Harry Olsen traduit en français,
Tiré au sort mérite d'être
découvert d'abord pour le plaisir que procure la lecture
de tout bon roman policier habilement construit, mais aussi pour
d'autres raisons, ce roman ne se contentant pas d'être seulement
policier...
Quand un ancien collègue fait appel à Tom Sundbye
(il a quitté la police il y a trois ans pour écrire…
des romans policiers, bien sûr !) c'est avec bonheur qu'il
rejoint l'équipe d'enquêteurs. S'il a été
rappelé, c'est pour aider la police d'Oslo à mettre
la main sur un meurtrier qui a tout du tueur en série : deux
jeunes femmes ont été retrouvées poignardées
et les cadavres, emmaillotés dans des draps blancs, portent
les signes d'un étrange rituel. Tom, spécialiste des
tueurs en série, est nommé profiler, et on
lui adjoint les services d'une policière psychologue, Vibecke
Gran. Tous deux agissent de concert pour tenter d'élaborer
un profil psychologique du meurtrier ; ainsi que l'explique la jeune
femme : "c'est un outil d'enquête, dont on peut se
servir ou non. Il ne relève pas d'une science exacte, loin
de là. C'est une hypothèse reposant sur certaines
caractéristiques du suspect, basée pour partie sur
ce qu'on sait de lui, de ses victimes et des endroits où
il a commis ses forfaits, pour partie sur des calculs de probabilités
et de statistiques, et pour partie sur une bonne dose de spéculation
pure." Mais avant de présenter un profil officiel
aux autres enquêteurs, c'est d'abord dans l'esprit de Tom
et au cours de ses conversations avec sa partenaire que tout se
met en place, au fur et à mesure de l'enquête, des
meurtres qui suivent, du voyage en Egypte des deux psychologues
et des menaces terroristes du tueur...
L'originalité
de l'ensemble repose sur un choix narratif qui pourrait s'essouffler
ou lasser en d'autres circonstances ; mais qui ici, s'avère
judicieux : l'enquête menée par Tom Sundbye, le narrateur,
est abordée sous l'angle psychologique et humain et même
si la science vient parfois à son secours, la solution qu'il
apporte et les hypothèses qu'il émet sont avant tout
fondées sur un empirisme intelligent et intuitif. Tom nous
fait partager ses doutes, ses tâtonnements et ses échecs,
le cheminement de sa pensée dans les moindres détails,
ses méthodes et stratégies psychologiques ; simultanément,
on découvrira peu à peu combien son parcours est lié
de façon inquiétante à celui du meurtrier qu'il
pourchasse — une analogie qui ne lui échappe pas :
"Nous sommes des chasseurs, tous les deux, chacun à
sa façon." ; de la même manière, il
confesse, en tout début d'enquête, combien ses sentiments
sont ambivalents quand il arrive sur le lieu du crime ( "je
me suis déjà trouvé dans des appartements comme
celui-ci (...) Et j'ai ressenti une honte noire à l'idée
d'appartenir à la même espèce, au même
monde et au même univers que leur meurtrier — Mais j'étais
en même temps ivre de joie de pouvoir participer à
l'action, à ma façon, parce que j'ai senti que j'étais
vivant — moi, j'étais vivant.")
et combien l'odeur du sang le "fait vibrer de joie et de
vigoureuse excitation."
Car Tom est certes un ancien policier mais reste d'abord un écrivain,
et le roman (le sien et celui de Morten Harry Olsen) semble s'écrire
sous nos yeux. Selon le narrateur, "la nature intrinsèque
de ces deux activités est la même : instaurer un ordre
dans le chaos, rétablir l'équilibre cosmique pour
un court instant." Et tout au long de son enquête,
jamais il ne cesse de confronter, en les différenciant ou
en les rapprochant, la réalité et la fiction. En parlant
de ses romans, il écrit : "tout ce que l'on peut
dire quant à leur degré de parenté avec la
réalité, c'est qu'ils ont leurs racines dans une espèce
d'essence de réalité vécue. Le reste est affabulation."
Il est alors légitime de se demander si ce que nous sommes
en train de lire est affabulation ou réalité...
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On
comprend qu'à travers le personnage de Tom, c'est l'auteur
(Morten Harry Olsen, cette fois !) qui s'exprime et profite
de l'occasion (écrire un roman policier) pour créer
une mise en abîme intéressante (lui-même
a été criminologue) et pour proposer un polar
qui ne ressemble pas aux autres, une façon de critiquer
indirectement la prose policière classique : "les
romans policiers mentent tant qu'ils peuvent. Ils retiennent
toute l'action et tous les retournements d'une enquête,
et omettent joyeusement le travail de fourmi prétendument
« ennuyeux » que constituent les prémisses
pour que l'action soit crédible et que les retournements
puissent arriver, et je suis heureux de ne plus devoir mentir
de cette manière (...) Les listes, le travail de fourmi
et tout ce qu'il y a de barbant ne m'ennuient pas, bien au
contraire : c'est ce qui est difficile qui est intéressant." |
Un
sage avertissement lancé au lecteur, qui ne s'étonnera
pas de trouver ici une foultitude de détails et d'incursions
dans le travail quotidien du policier enquêteur et du profiler...
Les retournements de situation sont pourtant savamment dosés,
imprévisibles (comme il se doit), l'auteur maintient le lecteur
dans l'expectative de bout en bout, mais il est vrai qu'il souhaite
aussi nous livrer un récit qui prend parfois des allures
documentaires passionnantes.
B.L.
(mai 2004)

http://www.gaia-editions.com/accueil.html
http://www.morten-h-olsen.net/english.htm
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