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Cave
Canem…
Pour Henri Noguerre,
prestigieux notaire parisien, le désir est indissociable
d’un inavouable fantasme cannibale… Il réprime
pourtant sa féroce envie de mordre les femmes qu’il
trouve à son goût, jusqu’au jour où la
bête qui se tapit secrètement dans l’homme fait
surface, concrètement… sous la forme d’une patte
de chien (précisément de golden retriever) dont Henri
est très fier (sa patte « le consolait de sa disgrâce
physique. Elle injectait une animalité virile dans sa silhouette.
»), en dépit des désagréments quotidiens
qu’engendre cette métamorphose. Mais les transformations
s’accentuent (une oreille, la truffe, etc.) et c’est
Béatrice, une séductrice rencontrée la veille
de l’apparition de la patte, qui va prendre les choses en
main, à la demande d’Henri. Ce dernier demeure notaire
le jour mais chaque soir, il reprend son rôle canin et devient
le « Médor » de Béatrice ; un
jeu sado-masochiste s’instaure entre ces deux êtres
mal assortis, un attachement contre-nature qui permet à l’auteur
de dépeindre les rapports de force entre les sexes et, plus
spécifiquement, d’analyser la nature d’une relation
inégale, l’histoire d’une addiction sans limites,
où la bête n’est peut-être pas toujours
celle que l’on croit…
On pense naturellement à Truismes, ou encore aux
Grands Singes de Will Self, et Mordre
oscille entre plusieurs registres que contiennent déjà
ces deux romans, du grotesque au pathétique, de la critique
sociale à l’étude de cas ; le roman déroule
nombre de rebondissements liés aux modifications successives
d’Henri, de l’humain à la bête et vice-versa
(un « corps en état d’éternelle reconfiguration
», « un être composé de créatures
alternatives» selon l’étrange professeur
Algis, qui acceptera de suivre Henri), tandis que les états
d’âme du protagoniste, que l’on voit tour à
tour soumis, terrorisé, révolté ou enragé,
sont décortiqués avec soin par l’auteur.
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S’il
est vrai que certains revirements, trop nombreux, laissent le
lecteur étourdi et que l’enchaînement narratif
paraît par instants déroutant, Mordre,
habile roman que l’on lit entre gêne et plaisir,
agit cependant comme un miroir qui nous renverrait à
nos propres fantasmes de domination/soumission, et à
ce qui se dissimule sous le vernis dont les humains recouvrent
leur animalité, gommée par une vie sociale policée.
Le mot de la fin revient assurément au professeur Algis
: « Sous l’humain, il y a de la bête,
et sous la bête de l’humain, et sous la bête
encore de l’humain, et sous l’humain encore de la
bête, ainsi de suite.(…) C’est l’Histoire
qui le veut. » |
Blandine
Longre
(août 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com/

http://www.editions-heloisedormesson.com/
Chez le même
éditeur : Le
Resquilleur du Louvre de Bernard Chenez
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