Journal infime
Lansman, 2004
à partir de 9-10 ans

 

Claude Morand fut journaliste d'art, psychothérapeute, assistante de mise en scène et l'auteur de nombreux textes jeune public ; elle est décédée en 2003.

Etre libre de rester en enfance

Le « Journal Infime » de Claude Morand est traversé de moments d’enfance entre la légèreté et la souffrance. L’auteur se penche avec tendresse sur cette période féconde et prend le parti de teinter son récit d’humour, au cœur même de moments douloureux.
Tout débute par une naissance non désirée mais c’est « enfin une fille » selon son père. Enfant chouchoutée par deux grands frères et des parents insolites, entre une mère qui « l’accable d’un amour cannibale » et un père sourd, gazé en 1914-18, qui lui donne la permission de le regarder se raser pour qu’elle ait la « barbe à papa » rien que pour elle !
Puis la guerre éclate, Michel, le frère adoré, futur compositeur, est tué d’une balle, dans la rue, alors qu’il retournait chercher la montre de sa grand-mère ; et le deuxième frère, Jacques, s’inscrit à l’Ecole Coloniale. L’auteur se délecte à raconter les anecdotes de la deuxième guerre, pourtant tragiques ; les tickets de rationnement, les rafles, les déménagements…
Claude Morand sera une petite fille « trop jeune pour comprendre », malade du scorbut, devant par la suite passer des mois en préventorium pour une pleurite. Elle échoue dans un établissement religieux « tapioca à chaque repas », elle y redouble d’actes de violence et de révolte, mais sera comprise, contre toute attente, par la Mère Supérieure, qui connaît son deuil, la douleur de la perte de son frère, et lui dit « tu n’es pas en prison, tu es libre, tu comprends ça ? ».
Claude Morand restaure des témoignages sur une époque révolue, grave, mais restituée avec candeur grâce à ce regard d’enfant, qui perçoit la vie comme un jeu.
Une soif, une envie de vivre et un souci de rester « en enfance » comme l’auteur le souligne : «La porte qui m’y conduit est restée grande ouverte. Je n’ai jamais pu la claquer et je me ballade en enfance quand je veux, comme je veux».

C. Genin
(janvier 2005)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

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