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Meurtres
et Mystère à la Roche-Guyon
Le héros
est ici un jeune écuyer, Michel, envoyé au château
de la Roche-Guyon pour y faire son apprentissage chevaleresque ;
un entraînement spartiate lui laissant peu de répit,
mais qui est censé faire de lui un "homme" et qu'il
décrit ainsi : "j'affrontais la solitude et l'angoisse
pendant les interminables heures de guet sur les remparts (...)
J'étais tenaillé par la faim et le froid alors que
nous rampions au petit matin dans la gelée blanche, le ventre
vide et les membres gourds. Et j'avais appris ce qu'était
la douleur lors de nos multiples combats.", le jeune narrateur
de conclure : "j'avais l'impression qu'au fil des jours
mon enfance s'éloignait sans que je devienne pour autant
celui que je rêvais d'être."
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Cette
éducation lui semble plus douce lorsqu'il rencontre
Morgane, la châtelaine, qui mène une existence
solitaire ; il est frappé par sa beauté et ne
peut s'empêcher de tomber amoureux de la jeune femme
; elle est pourtant mariée, et même si son époux
semble avoir délégué ses devoirs à
son frère depuis son retour des croisades ; plus étrange
encore, nul ne l’a revu et, depuis son arrivée
de nuit, il vit en reclus à l'un des étages
du donjon avec, pour seul compagnon, une créature difforme
et sinistre, jouant le rôle de fou.
Il règne au château une atmosphère oppressante
et dès le début du roman, le jeune narrateur
parle du sentiment d'effroi qui s'est emparé du domaine
: "elle [la peur] rampe le long des murs humides,
fait grincer portes et plancher, hurler les chiens et trembler
les hommes. (...) La peur est ici chez elle, comme la brume
est à sa juste place sur l'étendue boueuse des
marécages." Et quand un artisan est retrouvé
mort au pied du donjon, de terrifiantes rumeurs s'amplifient
et des accusations visent l'invisible châtelain. |
Ce palpitant
roman médiéval rappelle Le
cercle d'or, belle trilogie de Dorothée
Piatek ou encore les aventures d'Elvina, jeune érudite créée
par Sylvie Weil :
l’attention portée au détail historique est
similaire, un souci que reflète en partie le glossaire proposé
en fin d'ouvrage ; de même, le récit est impeccablement
construit, une trame qui se fonde sur un suspense efficace, —
l'auteure, qui a déjà signé de nombreux romans
noirs (publiés aux éditions du Masque et chez Flammarion),
a su mettre son talent à la portée de lecteurs plus
jeunes : Le seigneur sans visage, son
premier titre pour la jeunesse, est à la fois un roman d'aventure
et un roman d'apprentissage, situé à une époque
où l’enfance, et plus encore l’adolescence comme
âge de transitions, sont des concepts dont l’inexistence
est paradoxalement visible tout au long du roman. Il reste que ce
roman ne remplace pas un ouvrage documentaire (et là n'est
pas son but) et que l'histoire, même si on ne peut la détacher
de son contexte, est dévoilée par le biais d'une écriture
travaillée et de procédés narratifs classiques
mais efficaces.
B.
Longre
(avril 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice depuis
1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.castorpoche.com/
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