Nuits de Fourvière

Mise en scène Jean Lacornerie
Co-réalisation ENSATT
Compagnie Ecuador

 

Odéon
Théâtres Romains de Lyon

septembre2001
Théâtre de la Croix-Rousse

octobre 2001
(Lyon)

Comédie-ballet en trois actes composée en 1669 pour la cour, Monsieur de Pourceaugnac débute sur une intrigue conventionnelle : le personnage éponyme, ridicule gentilhomme limousin, se rend à Paris pour y épouser Julie, fille d'Oronte. Mais la demoiselle est amoureuse d'Eraste, dont le valet, Sbrigani, met tout en oeuvre pour faire échouer le mariage et chasser le prétendant. Pourceaugnac le niais, ridiculisé, trompé sans cesse, est l'objet de nombre de tours cruels et choisira de quitter la ville plutôt que de continuer à subir l'habile harcèlement de Sbrigani et d'Eraste et la sauvagerie terrifiante d'une bande de médecins en manque de malades, versés dans le galimatias latin et friands de purges ou de saignées...
On retrouve ici les habituels ennemis de Molière et l'intrigue est prétexte à vilipender certains corps de métier (apothicaires, médecins, avocats...), à dénoncer la bêtise des maîtres et faire l'éloge des valets, intellectuellement supérieurs.Cependant, Jean Lacornerie n'hésite pas à détourner la comédie en transposant l'intrigue dans un paysage urbain décadent, composé de grillages, de cages, agrémenté de quelques poubelles à l'arrière plan. Il propose ainsi une mise en scène sans tabous (certains diront excessive) où règnent subversion, insolence et vivacité. Les personnages eux-mêmes semblent s'extirper de leurs rôles de départ et nous assistons à leur métamorphose : Julie, outre son ingénuité, possède aussi une perversité enfantine troublante, tandis que Sbrigani est le diable incarné, machiavélique à souhait ; Nérine sait aussi se faire nymphomane et Oronte semble convoiter un peu trop ardemment sa fille... Quant à Monsieur de Pourceaugnac (saluons le jeu équilibré de Thomas Poulard, qui n'en fait jamais trop, ainsi qu'on aurait pu le craindre lors de sa première apparition), il est un parfait demeuré, et est le seul dont la fonction évolue peu.
La farce demeure mais prend des tournures à la fois grotesques et sarcastiques ; on rit beaucoup, on s'amuse autant que les comédiens semblent s'amuser, des comédiens de l'ENSATT que l'on prend du plaisir à retrouver, tout particulièrement Anne Girouard (qui tient autant de Bette Davis que d'Arletty) et Aurélia Arnou (dont la fragilité apparente cache un jeu qui peut contenir une intensité glaçante). Mais l'un des plus grands mérites de cette interprétation réside peut-être dans le fait que le texte original nous est livré dans son intégralité, donnant l'impression qu'il a été écrit sur mesure pour cette mise en scène hors-normes (dont certaines saynètes rappellent pourtant
Preparadise Sorry Now de Fassbinder montée en février 2001 à l'ENSATT). Une mise en scène fantasque où tout sonne juste mais qui aura pu dérouter, voire profondément choquer certains spectateurs (qui en attendaient certainement une lecture classique rigide) ; néanmoins, la modernisation de Monsieur de Pourceaugnac a de profondes vertus et ses qualités propres et l'on peut s'autoriser à penser que Molière n'aurait pu renier l'authenticité fantaisiste de la performance non plus que la libre interprétation de son texte...

Blandine Longre
septembre 2001


Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
http://www.croix-rousse.com

Les pièces de l'ENSATT
• Répétition publique de Enzo Cormann
• La bonne âme du Setchouan de Brecht
• Preparadise Sorry Now de Fassbinder
• L'île des esclaves de Marivaux
• Roberto Zucco de Koltès (octobre 2001)

Molière
http://www.site-moliere.com/
http://www.multimania.com/moliere/

la pièce
http://www.site-moliere.com/pieces/pourceau.htm