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La
voie du père
« Je ne veux plus parler de mon père, je ne veux
plus écrire sur mon père, je ne sais plus, je n’en
peux plus, j’ai tout dit. », écrit Annie
Cohen, l’une des trente et une femmes signataires de ce recueil.
Leur point commun ? Toutes ont choisi les mots — professeurs,
écrivains, chercheuses, psychiatres, conteuses etc. —
et toutes sont filles d’un père né au Maghreb
: «Assis entre trois cultures, jamais très à
l’aise dans les brefs séjours faits en France, mais
complètement chez lui dans les voûtes du port d’Alger
où il calibrait les lentilles, triait les pois chiches et
ventilait les caroubes. » (Alice Cherki)
En préface
à l’ouvrage, Nourredine Saadi éclaire ce choix
en citant une phrase de Julia Kristeva : « L’écriture
est une prise de pouvoir : s’arracher à un réceptacle
maternel et prendre la place paternelle par la Loi. »
On comprend donc d’emblée l’envie de Leïla
Sebbar de donner l’opportunité à ces femmes
de lettres de saisir leur plume pour rendre hommage au père.
Sous forme de
lettres, d’évocations ou de portraits — Karima
Berger se glisse même dans la peau de son père —,
illustrés d’une photo unique, chacune dit le père
: son aura — « … et j’étais si
fière, petite fille, de le voir s’engouffrer au milieu
d’un flot de cavaliers en burnous dans le lit d’un oued
étroit, enveloppés tout pareillement d’un tourbillon
de poudre. » Fanny Colonna —, sa présence
— « La présence de papa est rassurante et
enveloppante. » Christiane chaulet Achour —, ses
convictions — « Pour mon père, les études
étaient sacrées. » Dalila Morsly —
son absence — « Je l’ai vu trois fois, la
quatrième pour l’enterrer. » Samira Negrouche
—, son nom — « Il se trouve que je «
porte » toujours le nom de mon père : par là
je me situe plutôt du côté des garçons
et m’affirme contre le destin qui voue toute fille à
le perdre un jour. » Nouria Boukhobza —, sa transmission
— « J’ai perdu depuis longtemps le visage
de mon père. Le nom étranger de mon père demeure.
Et de lui sont venus les prénoms de ses petits-enfants. »
Tassadit Imache.
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Mais
c’est entre les lignes, entre les mots — pour
la plupart posthumes — que jaillit toute la complexité
du rapport père-fille, fait d’amour absolu —
« Ta mort fut aussi la mienne. Je vécus dans
l’intimité irrespirable de ton absence. Le manque
devint ma place. » Rajae Benchemsi —, d’interdits
et de pudeur ; relation qui a plus à voir avec le silence
que les mots, un silence comme une peau fine sur un cœur
à vif. « (…) je suis issue, tissu de
toi, cela ne fait aucun doute… » écrit
la chanteuse Sapho.
Maïa
Brami
(mai 2007) |
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF.
Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset
Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le
Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte
au moins! (éditions Circonflexe). Derniers titres paru
: Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les
albums Duculot, Casterman, 2005), Norma
(Folies d'Encre, 2006) et 9 mois par moi
(La Martinière, 2007).
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