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Lire Le
monde gris, autobiographie romancée de Galsan
Tschinag, c’est plonger dans le monde magique des
esprits avec lesquels dialogue le jeune narrateur. C’est s’embarquer
vers un ailleurs poétique fascinant et étincelant
comme la neige glacée du Haut Altaï : «C’est
un hiver d’une clarté de glace, il brille de tous les
côtés de l’Altaï…» Le
monde gris, message d’espoir malgré les
tourments et les peines, est un hymne d’amour à la
nature belle et sauvage : « Agitant ses nageoires claires
et frémissantes, le fleuve guide ses eaux teintées
de vert et de rouge dans son lit étroit et sinueux ».
Mais malheureusement, les chefs du parti donnent l’ordre de
s’attaquer à cette nature vivante, sensible, dotée
d’esprits. « Ils assassinent l’arbre (…),
un frère.» Agressée par l’homme inconscient,
la nature se révolte et se venge : « O Mère
Terre blessée et humiliée, je percevais tes gémissements
et tes cris de douleur, je sentais venir ta secousse révoltée
! »
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Les
chants lyriques et panthéistes du jeune chaman constituent
une critique indirecte mais claire au refus de la différence
et au totalitarisme. L’enfant à travers les yeux
duquel nous voyons le monde dénonce les dictateurs
agresseurs qui poussent à l’hypocrisie. A la
mort du maréchal Horloogijn Tchoïbalsan, «
Il ne faut pas oublier que le Parti a des yeux partout
: si quelqu’un ne partage pas le deuil national illimité,
on se demandera pourquoi ! ». Il faut donc «
s’arracher des larmes », pour ce faire, «
il suffit d’imbiber son mouchoir de jus d’oignon
et de s’en tamponner les yeux à chaque fois qu’il
faut pleurer ».
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L’hypocrisie
règne même chez les chefs du parti. Ces derniers tentent
violemment de supprimer les superstitions et les croyances, mais
ils font appel aux pouvoir des chamans pour guérir leurs
proches malades. Le parti pervertit les valeurs et ne suit pas les
consignes imposées au peuple.
Ce véritable poème en prose, instructif, permet de
pérenniser dans l’esprit des lecteurs – et espérons
le aussi dans la réalité – les traditions du
peuple touvin en voie de disparition.
Annie
Forest-Abou Mansour
(mai 2004)

Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
http://jm.saliege.com/tschinag.htm
http://www.poetryinternational.org/cwolk/view/16005
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