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Un
"héros" à leur image
Le
petit diplodocus grognon créé par Nadja est un "personnage"
à part entière, un original à l'humeur versatile,
maussade ou inexplicablement joyeux, dans lequel les enfants retrouvent
un peu d'eux-mêmes. Les trois aventures ici regroupées
dans une intégrale se présentent comme des récits
épurés, à l'image des illustrations, mais imprégnés
d'un humour qui oscille entre absurde et cocasserie. On y lira la
logique, les démesures et les idiosyncrasies de l'enfance,
en particulier dans Momo ouvre un magasin,
une suite d'échanges très amusants entre Momo et deux
de ses camarades, ces derniers commentant ouvertement le stand (genre
vide-grenier) que Momo installé sur la plage : un chewing-gum
(sept dollars) un coquillage (4500 dollars) et une étoile
de mer (380 000 dollars)... Les remarques des chalands potentiels
sont à la fois naïves et pleines de bon sens, mais Momo
campe sur ses positions et refuse tout marchandage ; dialogue de
sourds habilement mis en scène, Momo ouvre un
magasin dévoile le mauvais caractère
du petit diplodocus et plonge le lecteur dans un univers qui se
rapproche du théâtre de l'absurde et de l'incommunicabilité
de Samuel Beckett ou d'Harold Pinter, avec l'humour en plus.
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La
banalité du quotidien, toujours dans la même
veine, est exploitée dans Mais qu'est-ce
qu'il a, Momo ? : "Momo est de mauvaise
humeur. Il ne rit pas, il ne desserre pas les dents."
Il passe alors son spleen sur son entourage puis, par dépit,
se résout à se retirer du monde et part vivre
en ermite sur une île déserte... "Pour
réfléchir" ; "il réfléchit,
réfléchit, réfléchit. Puis il
s'endort. Quand il se réveille, il se sent tout drôle."
Sa bonne humeur retrouvée semble incompréhensible
aux autres car Momo le cyclothymique est passé d'un
extrême à l'autre, de la déprime au bonheur
: des extravagances existentielles que ses compagnons ne peuvent
appréhender. Un processus profondément individuel
et intime est ici décrit, qui rejoint l'expérience
de chaque lecteur.
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De
même, dans le dernier récit, c'est l'ennui qui pousse
Momo à se passionner pour la photographie : une lubie temporaire
et volatile qui le plonge dans le désarroi en fin de journée,
quand il découvre ses photos ratées ; mais Momo ne
se laisse pas abattre et passe vite à autre chose !
Ces histoires, que d'aucuns jugeraient simplistes et prosaïques
en surface, en disent long sur l'état d'esprit changeant
et instable des enfants (et de nombre d'adultes) qui ne cessent,
comme le diplodocus, d'explorer leur environnement, leurs sentiments
ou leurs désirs, constamment en quête de nouvelles
sensations et d'expériences (même si elles échouent),
qui nourrissent leur curiosité. Momo est comme un miroir
humoristique dans lequel le lecteur peut se lire, et les questionnements
et les préoccupations que l'on trouve dans cet ouvrage sans
concession rappellent parfois (mais dans un style tout autre) ceux
de la petite grenouille philosophe de Kazuo
Iwamura.
B.
Longre
(novembre 2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

du
même auteur
Le Menteur (Denoël Graphic, 2004)
Chien bleu (L'Ecole des loisirs , 2002)
http://www.ecoledesloisirs.fr
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