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Souvenirs
de famille
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Que
sont les « moments oulipiens »
? « Une sorte d’autobiographie collective
de l’auteur collectif qu’est L’Oulipo »,
comme l’écrit Jacques Jouet ? Une espèce
de suite d’ou li po 1960-1963
(Christian Bourgois éditeur, 1980), comptes rendus
scrupuleux faits par Jacques Bens des réunions du groupe
au cours de la période indiquée ? Projet romanesque
de Raymond Queneau (découvert
par Jacques Roubaud) transformant des personnes bien réelles,
identifiées au moins par leurs initiales et par la
table des matières, en matériau narratif et
en personnages fictifs ? Reconnaissance de « traits
de famille » (la famille Quenouillard) ? |

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Quoi
qu’il en soit, Anne F. Garréta avoue, à l’instar
du secrétaire définitivement provisoire Marcel Bénabou,
que «le moment oulipien n’est pas une forme»,
qu’il est «le moins oulipien des pratiques scripturaires
», ce à quoi Paul Fournel répond par anticipation
: « Il y a des moments oulipiens dont on voudrait se souvenir
davantage. Il faut dire à leur décharge, qu’ils
ne deviennent « moments » que plus tard. Sur le coup,
ils sont légers comme la vie et se tissent dans la toile
des choses communes». En tout cas, «on ne se
baigne jamais deux fois dans le même moment oulipien»
(vérité bien sentie par Anne F. Garréta encore).
Trève
de citations. À l’abri des figures tutélaires
de François Le Lionnais, Raymond Queneau et Georges Perec,
onze oulipiens (dans l’ordre d’entrée en scène
Jacques Roubaud, Marcel Bénabou, Paul Fournel, Harry
Mathews, François Caradec, Jacques Jouet, Hervé Le
Tellier, Bernard Cerquiglini, Michelle Grangaud, Olivier Salon et
Anne F. Garréta), onze oulipiens donc (11, «
chiffre palindromique », rappelle Michelle Grangaud) s’adonnent
aux joies des souvenirs (un peu, sous une autre forme ou en l’absence
de forme déterminée, comme Perec avec ses «
Je me souviens ») et à l’art de l’écriture
rétrospective (car, rappelons-le, « il n’y
a pas que la rigolade, il y a aussi l’art »). Episodes
divers, qui parfois se recoupent (rien de plus normal : pour un
groupe, les souvenirs individuels sont collectifs), relatant réunions,
stages, lectures publiques (en France et à l’étranger),
errances (temporelles et spatiales), ateliers, ripailles, funérailles,
évoquant l’humour et les humeurs de certains membres,
les émois et la foi des petits nouveaux… À la
faveur de ces « moments », on prend plaisir
et intérêt (tour à tour et/ou simultanément)
à assister à quelques soirées ou voyages mouvementés,
à entendre des calembours de l’almanach Vermot déclenchant
le rire de Queneau, à tenter de percer les mystères
de l’assassinat de Marcel Duchamp par François Caradec
et Alphonse Allais ou ceux de l’identité d’un
certain QB, à comprendre qu’un ordinateur ne peut faire
la différence entre le substantif « couvent »
et le verbe « couver » à la 3ème personne
du pluriel, à saisir la contrainte « Canada-Dry »
(ou « parapèterie » ou fausse contrepèterie),
à se demander comment on peut combiner sans perdre la tête
un atelier de l’OuLiPo et la finale de Roland-Garros, à
rencontrer au cours des pérégrinations du groupe des
personnalités aussi diverses que Paul Auster ou Fabrice Luchini,
à mesurer l’insistance avec laquelle François
Le Lionnais tient à préciser à Jacques Jouet
qu’il est membre, entre autres, de la « société
du jouet », à réfléchir sur le roman
et les conceptions que Queneau en développe, à se
rendre compte que L’OuLiPo peut, au même titre que Proust
et Freud, susciter un irrésistible sentiment amoureux…
Pour
tout dire, ces Moments oulipiens sont
en général drôles, sérieux par instant,
graves parfois, émouvants souvent ; ils prouvent en outre
que l’Ouvroir est toujours vivant, toujours actif, que l’on
y tricote la prose et débite les vers (ne cherchez pas, ce
sont des parapèteries) avec toujours autant d’ardeur.
Jean-Pierre
Longre
(mai 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Le Castor Astral publie aussi la Bibliothèque
Oulipienne ( volumes 4, 5 et 6 disponibles) et
les Cahiers Georges Perec ( volume 7, «Antibiotiques»,
disponible).
http://www.lecastorastral.com/
voir
aussi : Maudits (1001 Nuits, 2003)
http://eclia5.ec-lille.fr/~book/oulipo/
http://worldserver2.oleane.com/fatrazie/oulipo.htm
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