Jeu mortel
L'Ecole des loisirs, 2003
collection Medium
à partir de 13-14 ans

 

 

Mystères à Saint-Charles.

Les parents d'Arielle doivent s'absenter plusieurs mois : Monsieur Lefranc, ingénieur, a été chargé d'un chantier au beau milieu de la forêt amazonienne et a décidé de ne pas y emmener Arielle, pensant qu'elle sera plus en sécurité à l'école Saint-Charles, un pensionnat pour jeunes filles... Comme le démontre l'intrigue emberlificotée concoctée par Moka, il arrive qu'un paisible parc recèle davantage de dangers qu'une jungle sauvage. D'emblée, Arielle est sommée par ses nouvelles camarades de choisir son "clan" ; l'une des traditions officieuses de l'établissement veut en effet que les élèves appartiennent à une équipe, sur des critères sociaux, financiers ou raciaux : les "aristos" (toutes affublées de noms à rallonge volontairement ridicules) et les "parvenues" (filles de nouveaux riches) forment les deux clans "respectables" tandis que la troisième caste est celle des "intouchables" (les étrangères et les Juives...), des jeunes filles qui restent prudemment à l'écart. Cette ségrégation est connue des professeures sans que ces dernières n'interviennent et Arielle en est profondément choquée : "Elle avait toujours eu des copines ou des copains de toutes origines, de toutes religions ou de tous milieux sociaux et ne s'était jamais demandé si c'était "convenable". (...) N'était-ce pas du racisme ? (...) C'était révoltant. Evidemment, on pourrait lui objecter que Parvenues et Aristos étaient aussi des appellations péjoratives. Malgré tout, cela ne sonnait pas pareil..."

Mais elle n'ose s'en offusquer trop ouvertement et par peur de la solitude et de l'exclusion elle accepte de bonne grâce de rejoindre le clan des Parvenues ; très vite, ses camarades admirent la témérité et la débrouillardise dont la "nouvelle" fait preuve lors des rites de passages qui ressemblent fort à un bizutage en règle. Les Parvenues lui apprennent alors que plusieurs fois par mois, elles retrouvent les Aristos dans le parc après le couvre-feu, pour "jouer", et organiser de drôles de promenades dans l'obscurité, des jeux de piste ou de cache-cache dont l'une des deux équipes doit sortir gagnante.

On l'aura compris, ce roman destiné à un lectorat adolescent nous plonge dans un univers particulièrement replié sur lui-même, quasi-sectaire, avec ses règles, ses épreuves, ses dangers, son omerta, un monde secret réservé à quelques initiées. L'atmosphère, d'entrée de jeu, est chargée de sous-entendus et d'ambiguïté menaçante, mais Arielle s'intègre bien vite à ce nouvel environnement, s'abandonnant peu à peu aux perversions de ses "amies" :
"Il aura fallu qu'elle rencontre des jeunes filles de bonne famille pour fumer, boire de l'alcool et prendre de la drogue ! (...) Elle ne voulait pas se l'avouer mais elle savait qu'elle céderait à la pression. Faire comme les autres. Ne pas être exclue. En un mot, ne pas être différente. Elle se détestait de ne pas résister."

Au-delà des aspects psychologiques et sociologiques liés à la période de l'adolescence et extrêmement bien évoqués par l'auteure, ce roman nous convie aussi à prendre part à une véritable enquête policière à huis-clos : une investigation menée par Arielle, pourtant horrifiée par le tour que prennent les "jeux" nocturnes entre Aristos et Parvenues. Ces quelques semaines que l'on passe en compagnie de la jeune fille composent un sombre roman d'apprentissage où même la morale n'est pas sauve... Un récit palpitant (dont on regrettera pourtant le dénouement quelque peu hâtif) dans lequel suspense et rebondissements font bon ménage et qui entraîne le lecteur dans une aventure où les adultes n'ont décidément pas leur place.

B.Longre
(novembre 2003)

lire aussi
Sorcier ! - Tome 1 : menteurs, charlatans et soudards - L'Ecole des loisirs, 2006

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Moka&surname=

http://www.univ-lille3.fr/www/Ufr/idist/jeunet/auteurs/fr_auteur.htm