Oreille d'homme
de Bart Moeyaert

Le Rouergue, collection doAdo 2006

 

 

Victime contre bourreaux

Au départ, un banal repas de famille, pour la naissance de la petite sœur. Se terminant banalement par une dispute sans fin ! La petite fille qui sera la protagoniste y retrouve son cousin Nisse ; ils apprennent à se connaître et n’ont de cesse que de critiquer leur autre cousine, Stina, son air « palot et niais », dû au fait qu’elle ne mangerait que de l’herbe… Nisse et sa cousine deviennent donc inséparables.
Ceci les conduit à se marier « tous les jours ou presque » en se promettant « de ne jamais se disputer pour de vrai… De ne jamais se crier dessus ni de jamais s’insulter pour de vrai… Promis juré ».
Les jours passent et une nouvelle réunion de famille arrive. Nisse et sa cousine se voient obligés de jouer avec Stina, qu’ils apprécient autant que la présence d’un ruminant. Leur petit jeu va consister à lui faire cuisiner de la viande (qui n’est autre que de l’herbe), connaissant son dégoût ; Nisse devient de plus en plus féroce. L’obligeant, face contre terre, à mâcher. Devant ce qui se déroule sous ses yeux, la jeune protagoniste va tout tenter pour empêcher un drame qu’elle pressent inéluctable.
Mais l’enfant persécutée n’entend plus rien et mâche une feuille en retournant la culpabilité contre ses bourreaux : « Je vais mourir. A cause de vous. Il y a des plantes qui sont vénéneuses… Mais vous ne pouvez pas le savoir puisque vous mangez tout le temps de la viande ». Durant l’attente à l’hôpital, croyant Stina à l’article de la mort, Nisse et sa cousine ne se parlent pas. Alors que Stina est tirée d’affaire, les deux cousines deviennent complices et Stina montre à sa nouvelle amie son herbier ou figure la fameuse plante vénéneuse, appelée aussi « oreille d’homme »… Nisse et sa cousine se séparent en tenant leur engagement, c'est-à-dire « en faisant ce qu’ils avaient promis de faire ».

Ce texte court et incisif est porté par une écriture forte et un rendu authentique, au plus près de l’enfance. Restituant avec vérité la souffrance et la cruauté que peuvent parfois s’infliger les enfants, dans une part de conscience acide, reflet aussi de celles qu’ils subissent.
Bart Moeyaert réussit le pari de la légèreté et de la gravité, la voix de la protagoniste mêlant tout à la fois une conscience adulte et une innocence enfantine.
Un roman «choc», dans une collection qui se veut éclectique, et qui propose des textes forts.

Cendrine Genin
(août 2006)

 

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

 

http://www.lerouergue.com/