Juste un jour
d’Antonin Moeri

Bernard Campiche Editeur, 2007

 

 


Scènes familiales aux sports d’hiver

Il y a le père, la mère, le fils et la fille : famille standard, moyenne, type, du genre de celle qui n’a pas d’histoire(s). Et pourtant… Lucien (dit aussi Lulu) a, grâce à son ami Olivier, gagné au concours « Starlight » un séjour au ski pour parents et enfants, dans un bel hôtel. On les côtoie donc tous les quatre pour une journée de neige ; « côtoyer » est insuffisant : on fait leur connaissance d’une manière à la fois intime et panoramique. Chacun d’entre eux (le dit Lucien, son épouse Jane, les enfants Arnaud et Emilie) monologue tour à tour, s’adressant à un mystérieux auditeur, présent mais le plus souvent silencieux, qui pourrait bien être le lecteur lui-même. Chacun dévoile ainsi sans vergogne ses pensées, ses sentiments, ses souvenirs, ses fantasmes, ses hésitations, ses colères, ses doutes, sur soi et sur les autres membres de la famille. Les petites et grandes rancunes vont bon train, les incompréhensions s’expriment, les querelles se matérialisent, et simultanément la constance, la tendresse et l’amour sont toujours là, un peu, beaucoup…
Les protagonistes s’observent individuellement et mutuellement, mais ils sont aussi observés d’un œil narquois et perplexe par des témoins très extérieurs, des serveurs de restaurant d’altitude ; le roman se fait alors analyse sociologique et psychologique, toujours entre tragédie et comédie.

Antonin Moeri, écrivain, est aussi homme de théâtre. Et la théâtralité est bien présente dans ce récit qui ne donne la parole qu’aux personnages, plaçant le lecteur en position de spectateur, et même de voyeur... Autant de chapitres, autant de tableaux mettant en scène des êtres qui nous ressemblent, mais qui, en situation exceptionnelle, s’agitent dans un état de crise qu’on ne peut déceler qu’entre les murs d’une scène imaginaire ; celle-ci, en l’occurrence, est localement circonscrite à la montagne, une montagne domestiquée sous la forme d’une station de sports d’hiver, à la fois ouverte et contraignante, lieu de dépaysement et de dévoilement.

Jean-Pierre Longre
(janvier 2008)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

 

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