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Scènes familiales aux sports d’hiver
Il y a le père,
la mère, le fils et la fille : famille standard, moyenne,
type, du genre de celle qui n’a pas d’histoire(s). Et
pourtant… Lucien (dit aussi Lulu) a, grâce à
son ami Olivier, gagné au concours « Starlight »
un séjour au ski pour parents et enfants, dans un bel hôtel.
On les côtoie donc tous les quatre pour une journée
de neige ; « côtoyer » est insuffisant : on fait
leur connaissance d’une manière à la fois intime
et panoramique. Chacun d’entre eux (le dit Lucien, son épouse
Jane, les enfants Arnaud et Emilie) monologue tour à tour,
s’adressant à un mystérieux auditeur, présent
mais le plus souvent silencieux, qui pourrait bien être le
lecteur lui-même. Chacun dévoile ainsi sans vergogne
ses pensées, ses sentiments, ses souvenirs, ses fantasmes,
ses hésitations, ses colères, ses doutes, sur soi
et sur les autres membres de la famille. Les petites et grandes
rancunes vont bon train, les incompréhensions s’expriment,
les querelles se matérialisent, et simultanément la
constance, la tendresse et l’amour sont toujours là,
un peu, beaucoup…
Les protagonistes
s’observent individuellement et mutuellement, mais ils sont
aussi observés d’un œil narquois et perplexe par
des témoins très extérieurs, des serveurs de
restaurant d’altitude ; le roman se fait alors analyse sociologique
et psychologique, toujours entre tragédie et comédie.
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Antonin
Moeri, écrivain, est aussi homme de théâtre.
Et la théâtralité est bien présente
dans ce récit qui ne donne la parole qu’aux personnages,
plaçant le lecteur en position de spectateur, et même
de voyeur... Autant de chapitres, autant de tableaux mettant
en scène des êtres qui nous ressemblent, mais
qui, en situation exceptionnelle, s’agitent dans un
état de crise qu’on ne peut déceler qu’entre
les murs d’une scène imaginaire ; celle-ci, en
l’occurrence, est localement circonscrite à la
montagne, une montagne domestiquée sous la forme d’une
station de sports d’hiver, à la fois ouverte
et contraignante, lieu de dépaysement et de dévoilement.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2008) |
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

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