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Dans De
si braves garçons, il y a plus de vingt ans,
était évoquée l’histoire de la Petite
Bijou ; Patrick Modiano, qui avoue lui-même avoir «
l’impression depuis plus de trente ans d’écrire
le même livre », l’a reprise et développée
dans un roman paru en 2001, et publié à bon escient
dans la collection Folio en novembre 2002.
La
Petite Bijou, c’est le surnom (le « nom
d’artiste ») d’une fillette qui, devenue
adulte (disons, une jeune adulte de 19 ans prénommée
Thérèse), se met en quête de son passé,
une quête fébrile, qui lui procure les images obscures
d’une mère distante, d’un oncle (resté
en tout cas comme tel dans la mémoire) qui lui prodigue une
affection en pointillés, d’un chien perdu, d’une
grande maison vide près du Bois de Boulogne... Le déclic
de cette quête, c’est une femme en manteau jaune entrevue
à la station Châtelet, et en qui Thérèse
croit reconnaître cette mère dont on lui a pourtant
dit qu’elle est morte au Maroc. S’ensuivent des filatures
en direction de Vincennes, vers un grand immeuble désolé,
des déambulations dans Paris, la rencontre d’un gentil
traducteur d’émissions radiophoniques étrangères,
d’une pharmacienne à l’affection toute maternelle,
d’un couple étrange qui lui confie la garde de sa petite
fille, - et ce couple, comme par hasard, habite une grande maison
vide en bordure du Bois de Boulogne et, comme par hasard, ne se
soucie guère de la fillette livrée à elle-même...
L’écriture
est précise, le monde est flou. Mondes du passé et
du présent qui se mêlent, se superposent en couches
parallèles, se brouillent comme les voix de la radio et du
téléphone ; monde urbain, parcouru en lignes brisées
selon des itinéraires complexes et récurrents, parsemé
de lieux-repères entre Vincennes et Neuilly (stations de
métro, café du Néant, hôtel...), dans
un Paris de rêve et de cauchemar, où la foule fantomatique
vaque comme dans un théâtre d’ombres. Evidemment,
les parcours de la Petite Bijou dans le temps et dans l’espace
sont les images de son parcours intérieur, d’une recherche
d’elle-même qui risque de lui être fatale, mais
qui peut aussi lui permettre de renouer avec la vie.
Si Modiano écrit
toujours le même livre, le lecteur trouve toujours son plaisir
(le même et un autre) au contact de personnages qui, dans
leurs zones secrètes, recèlent les mystères
de tout être doué d’humanité.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2003)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Gallimard
http://www.gallimard.fr/
http://users.skynet.be/pierre.bachy/modiano.html
http://lang.swarthmore.edu/faculty/aobajtek/modiano.html
http://perso.wanadoo.fr/calounet/resumes_livres
/modiano_resume/modiano_lapetitebijou.htm
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