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Décor
Michael Levine
lumière Paul Anderson
son Christopher Shutt
costumes Christina Cunningham
Avec Dan Fredenburgh, Susan Lynch, Simon
McBurney, Tim McMullan,Stefan Metz,Aurelia Petit, Kostas Philippoglou
du
11 au 22 décembre 2002
MC93, Bobigny
01 41 60 72 72.
du
5 au 7 décembre 2002
TNP,
Villeurbanne
04 78 03 30 00
Production
Théâtre de Complicite, Festival de Salzbourg
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©
Sarah Ainsle
Dans
le cadre du 11e festival de l'Union des Théâtres
d'Europe
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Dramatisation
scientifico-poétique : De l'art de se souvenir
Simon McBurney
et son Théâtre de Complicite, fondé il y a vingt
ans, convient à une exploration de l'imagination et de la
mémoire : une alchimie théâtrale convaincante
et accessible.
"Mnemonic"
: du grec "mnêmê", la mémoire ; "mnêmonika"
: l'art de se souvenir...
Les mnémoniques sont de petits objets, d'infimes signes --
comme un petit caillou au fond d'une poche -- qui aident nos souvenirs
à remonter à la surface, à leur donner une
place dans le temps présent, et à nous rappeler que
chaque individu est en quelque sorte un conglomérat du passé,
de ses ancêtres, le résultat d'un puzzle biologique
et psychique, d'un fil que l'on peut remonter jusqu'à des
temps immémoriaux... Le père de Simon McBurney était
archéologue et c'est des histoires qu'il racontait qu'est
née la fascination du metteur en scène pour le passé,
vertigineux, son "émerveillement pour l'immensité
du passé" : "We need stories",
assène-t-il en fin de spectacle, des histoires qui, plus
le temps passe, s'accumulent et s'entrechoquent, se répondent
et se fondent les unes aux autres ; des histoires personnelles ou
collectives, qui se construisent sous l'action conjuguée
de l'imagination et de la mémoire.
C'est un peu
tout cela que Simon McBurney veut nous raconter, nous montrer et
nous faire vivre avec Mnemonic, une création
collective originale et d'apparence chaotique, qui mêle concept,
poésie, humour, effets spéciaux, sur un rythme saccadé,
quasi cinématographique ; mais du chaos, émerge très
vite un ordre surprenant (en partie grâce à une mise
en scène rigoureuse) et peu à peu, on trouve sans
mal le fil des histoires fragmentées qui se succèdent
sur la scène, des éclats narratifs qui s'interpénètrent
comme à l'infini : d'abord, ce qui se déroule chez
Virgil, un homme que son amie a quitté neuf mois plus tôt,
et qui s'interroge encore sur cette fuite soudaine ; mais un soir,
Alice l'appelle et lui fait le récit de la quête incroyable
qu'elle a entreprise : retrouver un père qu'elle n'a jamais
connu, au fin fond de la Lituanie, un retour aux sources qui fait
écho à l'obsession de Virgil : il ne cesse de repenser
à un homme qui a vécu il y a environ 5000 ans, une
momie naturelle découverte dans un glacier des Alpes entre
l'Autriche et l'Italie, à Hauslabjoch. La mise en scène
ingénieuse nous permet de revivre la découverte de
ce corps, son extraction de la glace, puis son autopsie et d'entendre
les opinions divergentes des scientifiques, de découvrir
la bataille légale et médiatique entre les autorités
italiennes et autrichiennes pour savoir à qui reviendra la
dépouille...
Aux interprétations
anthropologiques des scientifiques s'ajoutent celles de Virgil,
qui lui, fait confiance à son imagination ; à ces
deux récits dramatisés, se combine une troisième
histoire, celle d'un chauffeur de taxi d'origine grecque, mais maintenant
britannique, qui rêve de devenir australien... Ce dernier
récit résonne comme un appel au cosmopolitisme et
répand l'idée que nous sommes bien issus des mêmes
ancêtres ; un multiculturalisme bienvenu, renforcé
par le multilinguisme amusant de la pièce : un spectacle
en anglais, surtitré en français, joué par
des anglophones, une française, un grec, un suisse etc. De
la même façon, en termes de forme, Simon McBurney joue
sur plusieurs tableaux, n'hésitant pas à altérer
sans cesse un décor toujours mouvant (quitte à voiler
la scène derrière de larges rideaux plastiques), à
exploiter sans relâche des jeux de lumière, exceptionnels,
à alterner les tonalités (du tragi-comique à
l'émotion, de la poésie à la parodie) et à
faire intervenir un acteur supplémentaire, une chaise extraordinaire
qui prend vie sous nos yeux, à la manière des objets
du Turak de Michel Laubu. Le créateur
n'hésite pas non plus à se mettre nu, au sens littéral
du terme, et à évoluer sur scène dans une lente
chorégraphie pudique qui évoque un sommeil agité,
parsemé de souvenirs imaginaires ou réels, où
Virgil se rêve en Néandertalien congelé, tandis
que les autres histoires se poursuivent tout autour de lui. Car
Mnemonic est aussi une exploration physique de l'être
humain, de l'homme et de la femme au présent, mais aussi
du corps de l'homme prisonnier du glacier, qui incarne, dans toute
sa nudité, notre origine commune, nos fragilités et
nos peurs. Cette mise en valeur corporelle et la nudité de
l'acteur (ici assurément justifiée, pleinement intégrée
à l'ensemble) sont l'occasion de faire surgir sur scène
de grands moments poétiques, une impression tout particulièrement
frappante dans la dernière scène, où les acteurs
forment un cercle, à l'image d'une horloge, et leur lente
ronde est comme l'incarnation du passage du temps.
Mnemonic
est une exploration humaine et théâtrale, un zapping
symbolique solidement ordonné qui, en dépit de la
fragmentation narrative, replace la notion de récit au centre
de notre univers et revendique la nécessité de l'imagination,
même si " l'époque où chaque conte était
unique est révolue" ; mais la multiplication des
intrigues est loin d'être un handicap pour le spectateur :
au contraire, durant deux heures, sans interruption, l'alternance
des scènes, des décors et des situations, les glissements
de rôles, combinés avec les dispositifs sonores et
lumineux (qui fourmillent de belles trouvailles), réjouissent
le public. Saluons aussi la grande liberté de ton de ce théâtre
sans faille (dont les quelques longueurs, à y repenser, participent
à la mise en atmosphère) une liberté particulièrement
appréciable dans l'introduction de Simon McBurney, échantillon
de one-man-show qui demanderait à être prolongé...
Un seul regret, que le spectateur ne puisse conserver, en guise
de mnémoniques, le masque noir et la petite feuille d'arbre
distribués à l'entrée de la salle, deux objets
dont la simplicité apparente se métamorphose sous
la force évocatrice des mots de McBurney.
B.
Longre
(décembre 2002)

Union
des Théâtres de l'Europe
http://www.ute-net.org
http://www.tnp-villeurbanne.com
http://www.mc93.com/public/artistik/saison/08_mnemo/index.htm
http://www.nationaltheatre.org.uk/productions/rd/mnemonic0201.html
http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/mnemonic/frametop.htm
http://www.complicite.org/
http://www.archaeologiemuseum.it/index_f.html
A lire
ou relire : Les lumières fossiles,
de Eric Faye (J. Corti, 2000)
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