Mimus
t
raduit de l’allemand par Martin Ziegler
Seuil jeunesse, 2005

roman à partir de 12 ans

 

 

Princes et bouffons

Admirable roman médiéval, Mimus relate les épreuves traversées par le jeune prince Florin de Montfield ; son père vient de quitter son royaume pour aller signer un traité de paix avec le roi de Vineland : les deux ennemis sont en guerre depuis quinze ans, et la paix qui se profile réjouit les habitants du château de Montfield. Mais le roi Philippe est tombé dans un piège, et son fils Florin l’y rejoindra naïvement, tous deux n’ayant pas pris conscience de la redoutable duplicité de leur adversaire, dictée par un profond désir de vengeance. Le roi Théodore profite donc de la situation pour humilier le père et le fils, en emprisonnant le premier au fond d’un sombre cachot et en offrant le second à son fou, Mimus, pour qu’il en fasse son apprenti…

Le petit prince se retrouve dans un château inconnu, enfermé dans une étable meublée de paille et recevant une bouillie de millet chaque matin pour toute nourriture (comme les autres créatures qui vivent dans « la tour des singes » du roi Théodore), avec pour seule compagnie le terrible Mimus, un professeur cruel et cynique – mais que Florin apprendra à mieux connaître ; bien sûr, on l’affuble d’un costume neuf, à l’identique de celui de son maître, recouvert de clochettes et surmonté d’un bonnet aux oreilles d’âne…

Florin comprend qu’il lui faut ravaler sa fierté s’il ne veut pas que la situation de son père s'aggrave - impuissant à intervenir pour sauver son père, une impuissance propre à l’enfance mais accentuée par sa situation ; tandis qu’il devient, pour la famille royale et les habitants du château, le « petit Mimus », un bouffon pas mieux traité qu’un animal, il conserve en secret ses espoirs, sachant qu’au fond, il est toujours prince de Montfield. Il se fait à cette nouvelle existence intolérable en sympathisant avec un aide-cuisinier un peu rustre, il apprend à ménager les humeurs du roi et à se taire quand il le faut, et le bouffon, faisant office d’un singulier père de substitution, sans cesser de houspiller son élève, semble peu à peu s’adoucir et sait se montrer « humain » quand il le faut, lui à qui on refuse pourtant ce statut.

Palpitant récit d’apprentissage, Mimus suit un schéma narratif classique (de la chute à la victoire, parcours semé d’obstacles inattendus et de rencontres salvatrices) tout en dressant les portraits des personnages atypiques, loin de tout manichéisme ; Mimus est sans pitié quand «son» roi le demande mais, sensible à la situation de son élève royal (dont il partage le triste esclavage), il montre une tendresse fugitive à son égard. Dans le même temps, le renversement social dont Florin est victime (passant subitement du plus haut signe de distinction à la plus vile position dans la société moyenâgeuse) constitue aussi un astucieux moyen de grandir vite et, plus généralement, permet à la romancière de dépeindre diverses strates de cette société figée. Le lecteur, dès 11 ou 12 ans (sans limite d’âge, assurément…), trouvera un immense plaisir à découvrir cette époque lointaine et à suivre les mésaventures du jeune Florin, victime innocente d’une ancienne querelle des adultes.

B. Longre
(août 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.goethe.de/fr/nan/nancykjl/frikjl.htm

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