Princes
et bouffons
Admirable roman
médiéval, Mimus relate les
épreuves traversées par le jeune prince Florin de
Montfield ; son père vient de quitter son royaume pour aller
signer un traité de paix avec le roi de Vineland : les deux
ennemis sont en guerre depuis quinze ans, et la paix qui se profile
réjouit les habitants du château de Montfield. Mais
le roi Philippe est tombé dans un piège, et son fils
Florin l’y rejoindra naïvement, tous deux n’ayant
pas pris conscience de la redoutable duplicité de leur adversaire,
dictée par un profond désir de vengeance. Le roi Théodore
profite donc de la situation pour humilier le père et le
fils, en emprisonnant le premier au fond d’un sombre cachot
et en offrant le second à son fou, Mimus, pour qu’il
en fasse son apprenti…
Le petit prince
se retrouve dans un château inconnu, enfermé dans une
étable meublée de paille et recevant une bouillie
de millet chaque matin pour toute nourriture (comme les autres créatures
qui vivent dans « la tour des singes » du roi Théodore),
avec pour seule compagnie le terrible Mimus, un professeur cruel
et cynique – mais que Florin apprendra à mieux connaître
; bien sûr, on l’affuble d’un costume neuf, à
l’identique de celui de son maître, recouvert de clochettes
et surmonté d’un bonnet aux oreilles d’âne…
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Florin comprend qu’il lui faut ravaler sa fierté
s’il ne veut pas que la situation de son père
s'aggrave - impuissant à intervenir pour sauver son
père, une impuissance propre à l’enfance
mais accentuée par sa situation ; tandis qu’il
devient, pour la famille royale et les habitants du château,
le « petit Mimus », un bouffon pas mieux traité
qu’un animal, il conserve en secret ses espoirs, sachant
qu’au fond, il est toujours prince de Montfield. Il
se fait à cette nouvelle existence intolérable
en sympathisant avec un aide-cuisinier un peu rustre, il apprend
à ménager les humeurs du roi et à se
taire quand il le faut, et le bouffon, faisant office d’un
singulier père de substitution, sans cesser de houspiller
son élève, semble peu à peu s’adoucir
et sait se montrer « humain » quand il le faut,
lui à qui on refuse pourtant ce statut.
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Palpitant récit
d’apprentissage, Mimus suit un schéma
narratif classique (de la chute à la victoire, parcours semé
d’obstacles inattendus et de rencontres salvatrices) tout
en dressant les portraits des personnages atypiques, loin de tout
manichéisme ; Mimus est sans pitié quand «son»
roi le demande mais, sensible à la situation de son élève
royal (dont il partage le triste esclavage), il montre une tendresse
fugitive à son égard. Dans le même temps, le
renversement social dont Florin est victime (passant subitement
du plus haut signe de distinction à la plus vile position
dans la société moyenâgeuse) constitue aussi
un astucieux moyen de grandir vite et, plus généralement,
permet à la romancière de dépeindre diverses
strates de cette société figée. Le lecteur,
dès 11 ou 12 ans (sans limite d’âge, assurément…),
trouvera un immense plaisir à découvrir cette époque
lointaine et à suivre les mésaventures du jeune Florin,
victime innocente d’une ancienne querelle des adultes.
B.
Longre
(août 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.goethe.de/fr/nan/nancykjl/frikjl.htm
http://www.seuil.com/
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