L’homme souterrain
de Mick Jackson

traduit de l'anglais (The Underground Man) par Marc Amfreville
Christian Bourgois éditeur 2006

 

 


Méandres métaphoriques

Comme l’auteur le précise lui-même « Les lecteurs astucieux auront remarqué que j’ai utilisé comme point de départ de ce roman la vie du cinquième duc de Portland, William John Cavendish-Bentinck-Scott. Ils auront perçu avec quelle promptitude les vies du vrai duc et de son homologue imaginaire divergent, et mesuré par conséquent les libertés radicales que je me suis autorisé à prendre. »
Mick Jackson s’appuie donc sur la personnalité fantasque de ce richissime aristocrate anglais, mort en 1879, qui fit creuser sous son vaste domaine du Nottinghamshire un réseau de tunnels lui permettant de rejoindre clandestinement le monde extérieur. Laissant de côté la biographie romancée, il crée son propre duc, en proie à une psyché des plus torturées dont il explore les moindres recoins. Les tunnels que le personnage fait construire - synonymes d’enfermement et non d’ouverture – deviennent les symboles du labyrinthe virtuel de sa folie.

Au fil des pages du journal intime de son héros, auxquelles viennent s’ajouter les témoignages de quelques personnages secondaires, se dessine le portrait d’un homme qui voudrait désespérément comprendre les raisons d’une intolérable souffrance qui le broie peu à peu.

Atteint d’hypochondrie aiguë, le duc détaille avec délectation ses différents symptômes et affections, épuisant les tenants de la médecine traditionnelle qui peinent à voir la douleur morale du « vieil excentrique inoffensif ». Derrière l’évidente somatisation se cache, en effet, un secret familial qui hante l’homme, peu à peu submergé par d’étranges visions et hallucinations.
« Privés de souvenirs, c’est de nous-mêmes que nous sommes soudain dépossédés. Sans notre histoire, nous sommes pour ainsi dire désertés. Nous pouvons sans doute continuer à marcher, à manger, à dormir, mais en vérité, nous ne sommes plus personne. »
Obsédé par l’idée de retrouver et d’exhumer ce souvenir qui lui rendrait son identité, le duc part en quête d’indices, passant au crible les endroits oubliés de son immense propriété…

Mick Jackson, né en 1960 en Angleterre, est également réalisateur de films. Il possède des atouts évidents - une bonne technique, une écriture visuelle et kinesthésique intéressante. Toutefois, son roman ne convainc pas entièrement, la plongée métaphorique restant tout de même assez superficielle. Davantage de profondeur n’aurait pas nui !

Florence Cottin
(mars 2006)

Florence Cottin, titulaire d'une maîtrise de littérature américaine à Paris III, professeur certifié, enseigne l'anglais depuis 15 ans. Elle collabore également à parutions.com, toujours dans son domaine de prédilection - les auteurs anglophones.

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