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avec
Nada Strancar,
Jean-Claude Frissung, Lucie Boscher, Loïc Brabant, Arnaud Décarsin,
Jean-Michel Guérin, Fabien Joubert, Mathilde Michel, Julien
Muller, Gisèle Torterolo, l'Ensemble instrumental de l'Atelier
Lyrique de Tourcoing ...
au
TNP, Villeurbanne
renseignements et location : 04 78 03 30 00
Mère
Courage est
aujourd'hui un grand classique du théâtre "populaire",
et c'est bien ce qui se dégage de cette mise en scène
conventionnelle et brillante à la fois : sobriété
du décor, en parfaite adéquation avec la sévérité
brechtienne (mais néanmoins agrémenté ça
et là de quelques inhabituelles touches de couleurs) une
scène en pente, symbolisant, très classiquement, la
chute progressive de Mère Courage, des éclairages
crus qui mettent en valeur des personnages dont les silhouettes
se découpent sur le ciel, tels les pantins d'un théâtre
d'ombres, enfin, le jeu rigoureux et poignant de Nada Strancar.
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Tout
repose sur elle, la comédienne, ainsi que sur le personnage
qu'elle incarne ; commerçante et guerrière, sa
situation se fonde sur un paradoxe abordé dès
le premier des douze tableaux : vouloir vivre de la guerre sans
trop y être mêlé, craindre la paix, qui signerait
la mort du profit, mais sans s'empêcher d'y rêver
un peu, comme une illusion lointaine, un temps où les
fils ne seraient plus arrachés à leur mère
pour être enrôlés dans l'armée et
ainsi alimenter la boucherie...
C'est par le biais de ce personnage épique que Brecht
expose la dialectique capitaliste ; la roulotte et le commerce
de Mère Courage incarnent l'échange libéral,
racine du mal social, qui se nourrit du sang des hommes à
travers une guerre qui est aussi religieuse ; et Brecht savait
bien qu'en choisissant le cadre de la Guerre de Trente ans,
qui déchira la chrétienté, il trouvait
là l'occasion rêvée de dénoncer tout
à la fois le système mercantile et la religion,
en les ridiculisant. |
La
performance nuancée de Nada Strancar, taillée pour
le rôle, explore à merveille ces paradoxes, et surtout
celui qui précipite sa chute, à savoir son impossibilité
à choisir entre son commerce et ses enfants : un dilemme
récurrent qui lui fait par exemple remercier le ciel d'avoir
une fille muette et pas très jolie (pour ne pas tenter les
soldats) ou qui la pousse à marchander la vie de son deuxième
fils.
La guerre, selon Brecht, "rend mortelles les vertus humaines"
et l'auteur affirme son pacifisme, s'insurgeant contre ce fléau,
une "catastrophe pour les peuples", qui fait qu'une
mère ne peut plus se comporter en mère et doit se
métamorphoser en "hyène des champs de bataille"
(ainsi parle l'aumônier). Et pourtant, même si le personnage
n'est pas exemplaire, avec Nada Strancar, elle conserve un visage
humain, et en dépit de ses défauts, elle demeure une
âme valeureuse et attachante, sans sentimentalisme aucun.
Toute de vivacité et d'insolence réjouissante, elle
passe de la hargne gouailleuse à la tendresse, parvenant
mal à dissimuler sa profonde générosité.
Seul témoin des tours joués par le destin (non pas
au sens du fatum antique, mais un destin construit par les actes
des hommes), sa fille muette dont la présence innocente sur
scène est comme un souffle pur qui plane obstinément
sur la pièce. Son mutisme s'oppose à la logorrhée
de sa mère et au fracas guerrier ; elle est une trêve
pour le spectateur, tout comme la musique omniprésente de
Paul Dessau (fidèle compositeur de Brecht), interprétée
par l'Ensemble instrumental de l'Atelier Lyrique de Tourcoing dirigé
par Jean-Claude Malgoire ; les chansons, des ritournelles
mélancoliques ou des airs populaires, sont toutes admirablement
interprétées en version originale, ajoutant ainsi
à l'authenticité de cette adaptation.
Christian Schiaretti signe là une mise en scène
réaliste mais non dépourvue d'humour (n'oublions pas
que pour Brecht le didactique n'exclut pas le divertissant) où
ressortent parfaitement les contradictions inhérentes à
la pièce et les thèmes que le dramaturge souhaitait
exposer au public pour ainsi éveiller sa réflexion.
Blandine
Longre
(janvier 2002)

Bertolt
Brecht, chroniques en ligne :
La
vie de Galilée Les Célestins, mars 2003
Un petit Mahagonny, Ensatt, avril 2002
La bonne âme du Setchouan,
ENSATT,
juin 2001
Fatzer, les subsistances, Lyon
mai 2001
La vie de Galilée, Maison
de la Danse, octobre 2000
TNP
http://www.tnp-villeurbanne.com
Brecht
http://www.colline.fr/site/lexi5bre.htm
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/brecht.htm
http://polyglot.lss.wisc.edu/german/brecht/
Mère
Courage
http://www.comedie-francaise.fr/saison/saison1998_99/refcourage.htm
Paul
Dessau (Musique)
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/dessau.htm
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