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Poursuite
endiablée
Luna Caliente
est un roman sulfureux, pervers et dérangeant, entre polar
irréel, chasse à l'homme et tragédie existentielle.
Les événements se déroulent sur trois journées
de 1977, alors que Ramiro, revenu depuis peu d'Europe, redécouvre
son pays, l'Argentine ; cela fait déjà plus d'un an
que la junte militaire a pris le pouvoir et exécutions sommaires,
tortures et arrestations arbitraires vont bon train, mais Ramiro,
un jeune avocat ambitieux, se préoccupe davantage du poste
que l'université vient de lui offrir et la situation politique
de l'Argentine passe au second plan. Tout aurait pu se dérouler
comme prévu, sans un dîner fatal chez un vieil ami
de son père, sous... la lune chaude du Chaco, terre tropicale.
Là, assise sagement entre ses parents, une lolita de treize
ans à peine sortie de l'enfance l'observe, paraît le
jauger avec langueur et effronterie ; en quelques regards, il est
comme envoûté et sait qu'il ne pourra pas résister
bien longtemps. En l'espace de quelques heures, l'univers intérieur
et l'existence bien planifiée de Ramiro s'effondrent : la
crainte d'avoir commis un meurtre le pousse à tuer de nouveau,
puis à tenter d'échapper à la redoutable police
locale, froide et calculatrice, qui surveille sans merci tous les
faits et gestes du "personnel civil" (entendez tout habitant
non militaire...), et de fuir une jeune fille étrange qui
a jeté son dévolu sur lui, qui le harcèle sans
répit.
Cette tragi-comédie dévoile un personnage à
la dérive, pitoyable, malmené par des événements
sur lesquels il ne semble avoir aucune prise et manipulé
par une puissance à ses yeux diabolique ; en proie à
d'affreux doutes, il ne se reconnaît plus lui-même et
peine à analyser cette forte pulsion qui le pousse à
commettre le mal et le pire. Il a conscience de son état
proche de la démence mais ne sait comment racheter ses fautes.
Roman noir, Luna Caliente contient pourtant des scènes
si cocasses et imprévisibles qu'il est évident que
Mempo Giardinelli sait nous manipuler aussi brillamment qu'un Hitchcock,
nous lançant sur des pistes sans issue, donnant de fausses
espérances au personnage autant qu'au lecteur.
L'atmosphère étouffante est due au climat mais aussi
à la situation politique car l'auteur ne nous offre pas seulement
un polar à suspense, parsemé d'incroyables rebondissements
: Luna Caliente est aussi une investigation du mal,
de ses sources (les allusions à un certain Méphistophélès
abondent) et de ses ramifications morales, (l'auteur se réfère
tout particulièrement à Dostoïevski)
; car derrière l'exemple d'un homme transformé, il
faut voir le portrait d'un pays déchu : là, le malin
règne en maître, fantasme et réalité
se rejoignent tandis que la dictature éradique toute éthique,
que le totalitarisme ambiant réprime tout bonheur, entravant
toute tentative de rédemption et donnant à l'existence
l'allure d'un cauchemar sans fin.
B.Longre
(juin 2002)
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Mempo
Giardinelli, écrivain et journaliste argentin,
est né en 1947 à Resistencia, dans la province
du Chaco. Durant la dictature, il s'exile huit ans au Mexique
et publie de nombreux romans (dont Luna Caliente
et Le Dixième Cercle, paru en 1999 aux
Editions Métailié), des essais
et des contes ainsi que des articles dans plusieurs journaux.
Depuis 1990, il vit de nouveau en Argentine et son oeuvre
est traduite dans une douzaine de pays.
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Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
L'auteur
http://www.literatura.org/Giardinelli/Mempo.html
http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-01/2002-01-04/
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