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Lectures
vendredi 31 janvier 18h30
dimanche 2 février 14h30
Prologue
jeudi 23 janvier 18h30
Un
mythe se nourrit de ses variantes, mais toucher à
ses invariants tue le mythe. En la réhabiliatant,
Christa Wolf a fait de Médée un personnage
romanesque et du mythe un fait divers, mais aussi une allégorie
de certains faits relatifs à l'histoire de son pays
(la RDA) et à son histoire personnelle ambiguë.
Dans son opéra, Michèle Reverdy a conservé
la structure de base de Médée. Voix
: onze quasi monologues que se partagent cinq protagonistes.
Plutôt qu'un drame, une prolifération où
Médée la lucide éclaire Jason : "Ils
ont fait de chacun de nous celui dont ils ont besoin, toi
le héros, moi la méchante femme"
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Opéra
national de Lyon
place de la comédie 69001
Lyon
location 04 72 00 45 45
Opéra,
2002
Livret de Kai Stefan Fritsch
et Bernard Banoun
d'après Médée. Voix
de Christa Wolf
En français, surtitré
Orchestre
et choeur de l'Opéra
interprètes
Médée Françoise Masset
Jason Jean-Louis Serre
Akamas Christian Tréguier
Glaucé Magali Léger
Agamède Sophie Pondjiclis
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Un
mythe revisité
Un plaisir trop
rare à l’opéra : celui d’assister à
une création. Félicitons l’Opéra National
de Lyon d’avoir eu l’ambition, et l’audace, de
monter en création mondiale Médée,
de Michèle Reverdy.
Le livret, d’après le roman de Christa Wolf Médée.Voix,
bouscule résolument la tradition mythologique d’une
magicienne maléfique et infanticide. La noirceur du personnage
cède la place au rayonnement d’une femme belle, rieuse,
amoureuse. Non pas meurtrière, mais au contraire connaissant
les remèdes, soignant, écoutant.
L’œuvre est en onze scènes. L’action est
resserrée autour de cinq personnages : Médée,
Jason, Akamas — astronome du roi et détenteur du pouvoir
—, sa maîtresse Agamède à qui Médée
a enseigné l’art de guérir, et Glaucé,
fille du roi. Il y a aussi le chœur d’hommes, à
la présence dramatique comme celle du chœur antique,
tantôt confident de Médée, tantôt témoin,
puis peuple accusateur.
Médée a fui sa Colchique natale avec Jason. Ils sont
à Corinthe, où « l’étrangère
» ne passe pas inaperçue. Ses tenues éclatantes
(beaux costumes, de vives couleurs pour Médée, contrastant
avec les silhouettes noires triangulaires ou en camaïeux d’ocre
pour les chœurs) dérangent les Corinthiens. Elle est
vite déçue par Jason, qui lui reproche sa trop grande
liberté d’allure et de ton, et qui recherche surtout
honneurs et pouvoir. Médée est une femme libre, mais
conçue comme un personnage généreux. Détenant
un savoir, elle a le pouvoir de guérir, et s’en sert
pour aider autrui. Proche du pouvoir, elle devine un terrible secret,
mais ne veut qu’aider la malheureuse Glaucé qui, enfant,
a vu sa sœur assassinée par leur propre père.
En revanche, l’habile Agamène sait utiliser savoir
et séduction au service de sa propre ambition et de sa jalousie
envers Médée. Akamas comprend cette dernière,
mais, sans scrupules, la condamne. Médée, calomniée,
accusée à tort, sera bannie et ses enfants lapidés
(avec des trouvailles orchestrales, comme le rythme des pierres
— de vraies pierres — qui annoncent la lapidation).
De son côté, Jason épouse la fille du roi.
Si la musique est atonale, souple, elle contient des lignes mélodiques
où l’on peut véritablement « entendre
» les solistes. Pas de grands airs de bel canto, mais des
monologues chantés ; pas d’ensemble, mais une scène
extraordinaire entre Médée et Glaucé, où
cette dernière, exhortée par Médée,
laisse enfin remonter le souvenir refoulé de la mort de sa
sœur. Depuis l’Antiquité, Freud est passé
par-là, et la re-découverte que fait la jeune fille
est un moment très intense et poignant. Magali Léger
(Glaucé), qui fut une époustouflante Eurydice sexy
dans Orphée aux Enfers, a toujours la voix fine
et légère. Le timbre a gagné en rondeur ; dès
son premier air, c’est un enchantement. Elle réussit
à faire de la fragile Glaucé un personnage de premier
plan, avec sa grâce et ses qualités de comédienne.
Médée, rôle exigeant, est remarquablement tenu
par Françoise Masset, qui en possède
la beauté physique et la présence. On peut regretter
un peu de dureté dans la voix, mais cela ne nuit pas au personnage.
En cela fidèle au personnage d’Euripide ou de Corneille,
Jason arrive par les femmes. Le rôle est d’ailleurs
assez fade. Akamas, politique et manipulateur, a plus de relief,
et une véritable fonction dramatique. La « méchante
» est ici Agamède (Sophie Pondjiclis,
superbe mezzo, mais dont le jeu pourrait être plus expressif).
Si l’opéra lui-même est un succès sur
le plan dramatique et vocal, la mise en scène reste décevante.
Raoul Ruiz, cinéaste (L’hypothèse
du tableau volé), auquel un hommage est actuellement
rendu à l’Institut Lumière, semble cadrer les
solistes en plan serré, et la vue d’ensemble est statique
; les images projetées en guise de décor donnent une
impression de procédé déjà vu (hormis
quelques scènes, dont le souvenir de Glaucé, où
les visages parentaux se couvrent de larmes sanglantes). Certains
éléments (entrées, sorties) sont parfois un
peu négligés, comme les déplacements du chœur,
ce qui est dommage car il est vocalement excellent.
Comme pour toute création, on souhaiterait la revoir pour
mieux la connaître : Saluons le fait qu’on ait envie
d'assister de nouveau à ce spectacle. Le parti pris féministe
de la figure de Médée réinterprète le
mythe avec beaucoup d’autorité et de persuasion. Entière
au point d’en devenir naïve, méprisant les intrigues
de cour, Médée apparaît comme une héroïne
passionnante bafouée par la rumeur, et le spectateur est
pris dans cette histoire-là.
Laurence
Tourniaire
(janvier 2003)
"Médée
s'imposa à moi comme une femme à la frontière
entre deux systèmes de valeurs, concrétisés
d'une part par sa patrie, la Colchide, et d'autre part par le lieu
où elle a trouvé refuge, Corinthe, [
], Corinthe,
la riche cité dorée, qui ne supporte pas la guérisseuse
hautaine, sûre d'elle, compétente qui devine que la
cité s'est construite sur le crime. On sacrifie des êtres
humains à deux idoles, pouvoir et la richesse. Il faut calomnier
cette femme, l'humilier, la chasser, la supprimer. On lui accroche
pour l'éternité l'étiquette d'infanticide.
Les meurtriers de ses enfants auront l'hypocrisie de rendre hommage
à leurs victimes. Toute tentative pour tirer au clair les
circonstances du meurtre en essayant de comprendre, d'élucidé,
de changer les comportements est rendue impossible. L'Histoire se
met en marche."
Christa WOLF.

l'Opéra
de Lyon
http://www.opera-lyon.org
http://mac-texier.ircam.fr/textes/c00001792/
http://www.festival-mozart.com/artistes/biographies/masset.htm
http://www.humanite.presse.fr/journal/1998/1998-01/1998-01-02
http://www.magazine-litteraire.com/archives/ar_395.htm
http://www.sitec.fr/users/mcos/medee.html
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