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Les
saints dévoilés ou la fascination de l’horrible
Maximilien Durand, dont c’est le premier ouvrage de fiction
(mais est-ce bien une fiction ?), connaît bien ses saints
et sait comment les honorer, c’est-à-dire quelle distance
mettre entre leur légende et leur histoire véritable.
Il a étudié la littérature hagiographique et
enseigne l’art sacré à l’Ecole du Louvre,
autant dire que textes et images n’ont que peu de secrets
pour lui. Ainsi, il peut se permettre de livrer la « clef
», l’envers du décor de certaines de ces histoires,
non pas à la façon chic et choc de certains ouvrages
récents (Da Vinci code, etc.), mais en travaillant
en profondeur des personnalités ou des motifs.
Dans certains personnages on reconnaît (ou on croit reconnaître)
des personnages historiquement attestés (Fra Angelico par
exemple, dans un terrible portrait ou le diable le dispute à
l’ange, combat dans lequel la couleur joue le premier rôle
; Lydwine, effrayante mystique hollandaise), d’autres semblent
inventés, mais peut-être sont-ils issus de personnages
attestés mais ignorés des non spécialistes.
Tous sont hautement probables sur le plan psychologique et factuel,
tout en formant une étonnante galerie de monstres.
Pourquoi, comment
devient-on un saint ? Par orgueil, par fascination pour le malheur,
par aveuglement de ses contemporains, par abrutissement de l’intelligence
? Aucun de ces personnages n’est réellement édifiant
et le regard d’ensemble est celui d’un étonnement
devant ce que peut l’âme humaine sur le corps et la
destinée. Comment se manifeste la sainteté ? On retrouve
les signes habituels (mais ici décryptés pour ce qu’ils
sont) et la fameuse expression « odeur de sainteté
» prend un sens ironique, tant ici les saints puent.
Avec un style
très dépouillé, des phrases souvent courtes
et juxtaposées, Maximilien Durand nous propose un texte qui
ressemble à ces chroniques anciennes qui accumulent les faits,
les prouesses merveilleuses, comme si tout était du même
ordre. Cette écriture qui se veut parfois naïve quand
elle adopte le point de vue d’un personnage offre aussi des
traits d’humour. Mais il sait aussi décrire dans le
détail la forme d’un corps souffrant, les stigmates,
les blessures et les flot de sang qui s’échappent de
toutes ces histoires.
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Ce
recueil de nouvelles est par ailleurs fort bien composé
et pas seulement par son organisation chronologique (qui propose
diverses formes de sainteté marquées par l’époque
et le lieu où elles se passent en progressant des martyrs
de Rome à ceux du XIXe siècle — la dernière
nouvelle relate l’arrestation et l’exécution
de Pierre Borie, vicaire apostolique du Tonkin Occidental, et
de ses compagnons, en 1838). La première nouvelle nous
met en présence de Jules, qui écrit le martyr
des premiers chrétiens et brode largement sur les merveilles
et les extases qui les accompagnent, écriture qu’il
mène avec tant de bonheur qu’il ne peut plus s’en
passer. La dernière est la seule qui nous mette devant
le point de vue du bourreau : la fascination faite d’amour
et de haine pour ses victimes et l’ivresse des tourments
qu’il leur inflige pourrait être (c’est une
hypothèse) un miroir tendu au lecteur de ce type d’histoires
ou à l’amateur d’art ancien. |
Ces deux textes
qui encadrent le volume nous parlent de la fascination pour l’horrible,
fascination partagée par les victimes et les bourreaux, par
les écrivains et les lecteurs. Ils nous invitent à
prendre un peu de recul. Il s’agit de faire quelques pas en
arrière pour avoir une vue complète de l’ensemble
et trouver notre juste place dans le tableau. C’est à
la fois un bel exemple de pastiche et de reconstruction de l’Histoire
et une belle réflexion sur ce qui fait le fond de l’art
sacré et de certaines orientations de l’art moderne.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(mai 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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