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Vies
d’en France
Parolier du
groupe de rock toulousain Zebda, Magyd Cherfi publie ici un deuxième
recueil de nouvelles chez Actes Sud. Ces textes autobiographiques
évoquent différents moments de sa vie. Comme le titre
de la première nouvelle, choisi comme titre général,
l’indique, ce sont des récits de moments difficiles,
voire dramatiques.
C’est d’abord la parole d’un homme qui dit combien
il est difficile de parler, surtout quand on est un homme et surtout
quand on a vécu avec le poids de ce que cela signifie d’être
un homme selon certains codes : ce qu’on attend de vous (magnifique
portrait de la mère, de ses attentes déçues,
de ses baisers étouffants et de l’impossibilité
de lui dire la vérité du monde où l’on
est, où les origines raciales et sociales font plus que la
volonté des parents), ce qu’on a le droit de manifester,
les mots qu’on voudrait dire, la révolte ou la complicité
face aux phrases convenues du quotidien (« ça va ?
» ou « bonne nuit »).
Mais c’est surtout une exploration des sentiments humains,
ceux de la famille : la mère, le père, les frères
et sœurs lorsque celui-ci meurt, la mort, l’amour qui
peut mourir d’être sans mots nouveaux ou tout simplement
assez vrais pour l’alimenter ; un très beau texte explore
ce que peut provoquer dans un couple une simple formule et montre
combien les représentations des manifestations de l’amour
varient selon les cultures.
C’est aussi un témoignage sur la vie des enfants d’immigrés
dont les parents ont cru longtemps qu’ils leur donnaient toutes
les chances, et qui n’en ont eu guère, voire aucune.
Ils se heurtent à la misère morale des bandes, à
la cruauté générale à laquelle il faut
souscrire faute d’être rejeté, à l’iniquité
de l’école, à l’humiliation constante,
même de la part de ceux qui devraient se sentir du même
bord, à l’écartèlement entre deux cultures
et deux usages de la langue et des mots. La question de la langue
est au cœur du livre et de la réflexion politique :
il y a la langue des chanceux et celle des autres, celle de la mauvaise
conscience et celle de la supériorité triomphante.
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Le dernier
texte, très actuel, qui évoque le ministère
de l’Identité nationale, apostrophe Azouz Begag
et Rachida Dati avec véhémence mais avec générosité
(c’est assez rare pour être souligné),
et montre que cette question de l’intégration
est celle d’un amour déçu. Un appel
à méditer par tous, une voix singulière,
sans détours ni hypocrisies, qui se donne pour ce
qu’elle est, la parole d’un homme, et qui édifie
(dans le sens noble) son lecteur.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(juillet 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.actes-sud.fr/auteur.php?id=1190
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