MICHAEL
BRECKER (ténor sax & EWI), PAT METHENY (guitars),
HERBIE HANCOCK (piano sur 1, 5, 8, 9), BRAD MEHLDAU (piano sur
2, 3, 4, 6, 7), JOHN PATITUCCI (contrebasse), JACK DeJOHNETTE
(batterie)
1/
The Mean Time. 2/ Five Months from Midnight. 3/ Anagram. 4/
Tumbleweed. 5/ When Can I Kiss You Again?. 6/ Cardinal Rule.
7/ Half Moon Lane. 8/ Loose Threads. 9/ Pilgrimage
Enregistré à New York en août 2006
L’ultime séance avant le grand sommeil
On savait
Michaël Brecker gravement malade. Les chances de guérison
étaient minces quand se produisit une rémission
au cours de laquelle le saxophoniste joua sans compter et rentra
en studio avec quelques-uns des plus grands musiciens de ce
début de siècle. Ce disque est le produit inespéré
de cette rencontre… avant son décès intervenu
le 13 janvier de cette année.
On a tout dit et tout écrit sur le cadet des frères
Brecker, Michael né en 1949 (Randy, trompettiste, né
lui en 1945). Des choses plus ou moins aimables, d’autre
méprisantes sinon méprisables, sur sa carrière
de musicien de studio ou son implication dans des groupes de
fusion (le groupe Dreams avec le batteur Billy Cobham) ou de
jazz-rock dont Steely Dan et Donald Fagen…(400 disques
en qualité de sideman) en oubliant plus ou moins volontairement
quelques associations déjà mémorables avec
Horace Silver (1973-74), Frank Zappa, avec son frère,
les Brecker Brothers (1975-81, six albums), la chanteuse Joni
Mitchell et la co-direction avec le vibraphoniste Mike Mainieri
de Steps devenu ensuite Steps Ahead.
On ne peut que louer les dix albums sous sa responsabilité,
principalement ce Celebrating Miles Davis and John Coltrane
paru en 2002 précédé de The nearness
of you, hommage aux balades dans lequel s’affiche
son admiration pour le grand John, une de ses idoles.
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Toutes
les facettes des multiples talents de Michaël Brecker
se trouvent réunies dans ce dernier opus : ses
compositions complexes mais cependant évidentes
dans leur diversité; sa sonorité toujours
aussi séduisante, incisive, pleinement chaleureuse
; la fluidité et agilité confondantes, ses
splendides architectures sonores en tricotant le tout
sous de multiples influences, grande richesse harmonique
et mélodique, rythmique également. |
Cela commence
fort, très fort dès le premier thème sur
tempo vif, puis le début fracassant d’Anagram,
la frénésie généralisée dans
Tumbleweed portée par une rythmique d’enfer
avec un Brad Mehldau souverain et un Pat Metheny toujours complémentaire
de l’univers de Brecker, suivie de la mélancolique
ballade When Can I Kiss You Again, extrêmement
émouvante, interrogation face à son drame se terminant
en une sorte d’apaisement, d’espoir ?, les claquements
secs de Loose Threads et le solo fiévreux d’Herbie
Hancock…bref, une intensité remarquable et remarquée
faisant penser aux dernières œuvres des grands créateurs
de musiques, une sorte d’urgence à s’investir
avant que…
Michaël
Brecker parti rejoindre les grands ancêtres, il nous reste
dans le monde merveilleux du saxophone ténor un Sonny
Rollins toujours vert et un Wayne Shorter de plus en plus lunaire…longue,
longue vie à eux.
Précision
indispensable : Ce disque arrive à me faire regretter
certains enthousiasmes sporadiques passés que je ne renie
certes pas mais, qui à l’écoute d’un
tel chef-d’œuvre à son plus haut niveau, me
semblent parfois un tantinet exagérés… vraiment.
Jacques
Chesnel
(juin 2007)
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

http://www.michaelbrecker.com
P.S.
A la fin d’un concert notre confrère et ami de
toujours Michel Delorme posa la question suivante au saxophoniste
: pourquoi n’avez-vous jamais figuré dans le
quintette de Miles Davis ?... réponse : quand
il m’a appelé, je n’était pas à
la maison ! On ne peut que le regretter.