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Mort
et folie chez les musicologues
Mozart fait,
en sa 251è année, couler un flot d’encre et
de salive quasiment proportionnel en quantité à l’abondance
de son œuvre – proportionnalité qui ne fonctionne
plus du point de vue de la qualité, la médiocrité
littéraire s’emparant généralement avec
une déconcertante facilité des sujets d’actualité.
Quelques écrits échappent à cette médiocrité
commerciale, dont ceux du compositeur lui-même, comme sa Correspondance
en sept tomes publiée entre 1986 et 1999 chez Flammarion,
ou les Lettres des jours ordinaires, 1756-1791,
choisies et présentées par Annie
Paradis, traduites par Bernard Lortholary (Fayard, 2005) ; ajoutons-y
le roman de Max Genève qui, pour ainsi dire, est encore du
Mozart, comme le titre semble vouloir l’affirmer haut et fort.
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Nous
n’expliquerons pas pourquoi, en quoi ni comment le
narrateur (dont le nom, Pappano, n’est pas sans évoquer,
tronqué d’une syllabe, celui d’un célèbre
personnage mozartien), musicologue chevronné, vivant
pour et avec Mozart, va jusqu’à s’anéantir
dans la mémoire de son idole. Nous ne dévoilerons
pas le nom de l’assassin du Professeur Langenfeld,
éminent directeur du Mozarteum de Salzbourg, et du
comte Istvan Sombalazs, amateur éclairé du
compositeur. Nous dirons simplement que le récit
est double : le lecteur suit Cornélius Pappano dans
ses recherches et tribulations, et en alternance, les dernières
années de Wolfgang Amadeus, dont le récit,
qui met en avant l’énigme de sa mort, est tiré
de la somme biographique écrite par ledit Pappano.
Les deux narrations entretiennent d’étroites
relations, à plus de 200 ans de distance, et convergent
vers un point commun de plus en plus crucial.
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Histoire biographique,
histoire policière, histoires d’amour et de mort s’entrecroisent
habilement, laissant volontiers pointer des passages satiriques
contre les musicologues patentés : « Quand on comprend
trop bien la musique, qu’on en détient toutes les clés,
qu’on maîtrise tous les niveaux de lecture, on perd
l’essentiel : il se crée, chez beaucoup de spécialistes,
une manière de surdité élective qui les rend
inaptes à l’étonnement comme à l’exaltation.
De cela je suis sûr, mais – on ne se refait pas –
je n’ai jamais osé agresser mes confrères sur
ce chapitre » ; critique policée à laquelle
répond, sans les précautions d’usage, celle,
beaucoup plus éloquente dans sa violence, du compositeur
lui-même : « S’ils le pouvaient, ces savants
personnages établiraient le contenu de mes viscères
pour en déduire le menu de mes derniers repas : ma musique
et ma merde dans le même mouvement ». Pas de méprise
: cela n’occulte pas le génie musical de Mozart, «
aussi grand dans l’inspiration sérieuse (opera
seria) que dans le buffa ou le Singspiel ». On l’aura
compris, ce qui guide la belle plume littéraire de Max Genève,
c’est tout bonnement l’amour de la musique.
Jean-Pierre
Longre
(mars 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

du
même auteur : Le violoniste
- Zulma, 2005
http://www.zulma.fr/
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