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Musique
et « négritude »
La musique est
l’un des sujets favoris de Max Genève, témoins
quelques romans précédents comme Le compositeur
(Flammarion, 1992) ou Le château de Béla
Bartók (Zulma, 1995). Ici, elle se manifeste en la personne
de Sacha Winter, célèbre violoniste, qui au bout d’une
vie pleine de tournées internationales, de fréquentations
prestigieuses, d’amours diverses et multiples, ressent des
démangeaisons autobiographiques. Incapable, comme beaucoup
de ses congénères, d’écrire lui-même
ses mémoires, il fait appel à «un type assez
gentil» cornaqué par une éditrice autoritaire
: le narrateur en personne, petit romancier sans succès,
serviable employé d’une compagnie d’assurances,
prénommé Thomas, et qui – hasards de l’identification
par anticipation – a pris le pseudonyme de… Winter.
Attrait du gain
mais aussi de l’inconnu pour l’un, plaisir de se raconter
pour l’autre, les deux Winter, mutuellement séduits,
se retrouvent régulièrement sur les bords du Léman,
l’un enregistrant et transcrivant, l’autre se remémorant
et parlant. Leurs rencontres donnent à Thomas l’occasion
d’en faire d’autres (quelques plaisantes jeunes femmes,
le frère du virtuose, romancier local lui aussi méconnu),
et à l’auteur de jouer sur le va-et-vient du temps,
ainsi que sur deux niveaux d’écriture : le récit
que Thomas fait de ses petites aventures, et celui que le «nègre»
fait de la vie du musicien. Max Genève – qui a dû
faire l’expérience du métier – en profite
pour lancer quelques pointes d’un humour acéré
contre les hypocrisies et les artifices commerciaux de la vie littéraire
et éditoriale, la morgue de certaines célébrités
artistiques (à laquelle s’oppose, par exemple, la modeste
simplicité d’un Béla Bartók fugitivement
rencontré) et de ceux qui tiennent les cordons de la bourse,
les mœurs médiatiques…
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Roman
plaisant, Le violoniste peut se lire en surface avec l’agrément
que procure une jolie mélodie ; si toutefois on se
donne la peine d’en sonder l’épaisseur,
on s’aperçoit que son harmonie n’est
pas due seulement au violon de Sacha (violon qui, d’ailleurs,
n’est plus d’aucune utilité) : les histoires
qui s’emboîtent les unes dans les autres, les
allusions et références intertextuelles, le
double travail d’écriture du narrateur, les
effets d’échos et de résonances en font
un vrai roman musical.
Jean-Pierre
Longre
(juin 2005)
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes
(PULIM, 2005), ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade
", et effectue des recherches sur les littératures francophones
(Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.zulma.fr/
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