Les Aveugles
(Edition Antipodes)

 

Les Aveugles
fantasmagorie technologique

de Maurice Maeterlinck
conçue et réalisée par Denis Marleau

avec :
Céline Bonnier, les six femmes
Paul Savoie, les six hommes
collaboration artistique : Stéphanie Jasmin
réalisation vidéo : Pierre Laniel
design sonore : Nancy Tobin
consultant à la réalisation et au montage : Yves Labelle
montage vidéo : Michel Pétrin
maquillage : Angelo Barsetti

du 2 au 5 octobre 2003

au Théâtre de la Cité Internationale
17 boulevard Jourdan
75014 Paris
01 43 13 50 60

Coproduction
UBU-compagnie de création, musée d’Art contemporain de Montréal, Festival d’Avignon


"Il ne s'agit plus ici de la lutte déterminée d'un être contre un être, de la lutte d'un désir contre un autre ou de l'éternel combat de la passion et des devoirs. Il s'agirait plutôt de faire voir ce qu'il y a d'étonnant dans le fait seul de vivre
." Maurice Maeterlinck


Les Aveugles de Maurice Maeterlinck monté par Denis Marleau est une des grandes surprises du Festival d'Avignon 2002. Sous titrés "Fantasmagorie technologique", le spectacle du Québécois offre de palpitantes perspectives par le biais de curieux masques qui, grâce à un habile travail de projection lumineuse par le sol prennent formes humaines et surpassent de loin, de très loin, l'acteur, ici, grand absent du plateau. D'une durée environnant les 45 minutes, le spectacle, d'une intensité hors du commun, convainc le spectateur de bout en bout. La pièce instaure une stricte symétrie entre le public et la scène et rentre en parfaite symbiose avec le texte, pour le moins rudimentaire, de l'auteur belge. Elle impose un style réellement novateur, loin des ratages - le plus souvent - de l'emploi de la vidéo au théâtre. Si la pièce fait mouche et touche l'auditoire désarçonné de ne pouvoir applaudir qui que ce soit à la fin du spectacle, elle le doit certes grandement à l'intelligente mise en scène de Denis Marleau mais il ne faudrait pas oublier la virtuosité d'un texte qui convoque tous les sens, incite à des audaces visuelles et sonores, fait appel aux instincts primaires de l'être humain et ceci de manière très concrète.

Proche des premiers écrits de Maeterlinck, notamment sa toute première pièce, Les Sept Princesses, la pièce disperse douze aveugles perdus sur une île déserte et institue un rapport au son qui dirige la narration. Ainsi, l'angoisse surgit non seulement du texte et de cette noire béance de la scène mais surtout à travers vents et marées. Et il y a peut être un mort parmi eux mais ils n'ont aucun moyen de le savoir. Et il y a peut-être bien un chien qui s'approche mais la peur les paralyse et ils ne font plus un geste. Et peut-être que la folle pleure mais peut être que leurs perceptions exacerbées par la peur les trompent. C'est dans cette atmosphère de mort, où l'eau noire clapote le long des rochers, où la brise se lève doucement puis s'écrase sur les visages, que se déroule cette pièce oppressante qui, ici accompagnée des illustrations inspirées de Serge Cantaro, envoie le lecteur-spectateur aux confins de l'autre monde, l'immerge dans l'opaque univers des aveugles.
Les sens mis à rudes épreuves, le spectateur vit avec une réelle émotion ce grand moment de théâtre comme le lecteur prend connaissance avec prudence de ces lignes qui jouent subtilement de la répétition et des échos - Maurice Maeterlinck sonne comme le précurseur de Jon Fosse - et compatit dans l'effroi et la douleur aux destins de ces âmes en peines qui figurent des sortes de visages fantomatiques d'après la mort, glaçant au sang, nous retenant interdits sur les bancs de la chapelle du Gymnase Saint-Joseph. Emblématique de la puissance de la poétique de Maeterlinck, Les Aveugles, en se délestant du poids de l'acteur, ouvre la brèche d'un théâtre neuf, puissant et sensoriel.

Philippe Beer-Gabel
(juin 2002)

http://www.theatredelacite.ciup.fr/index.htm

Avignon 2002, voir aussi : Festen / Platonov / Minetti

http://www.colline.fr/site/maleine2.htm

http://www.kirjasto.sci.fi/maeterli.htm

http://www.nobel.se/literature/laureates/1911/maeterlinck-bio.html