Comment j'ai cassé mes jouets
de François Matton
PetitPOL, 2005
dès 6 ans

 

Détruire pour mieux se construire...

François Matton prête ici sa voix à un petit garçon qui confesse des actes commis envers les objets qui devraient lui tenir le plus à coeur : ses jouets. Tout au long de ce journal (composé de dessins volontairement enfantins, accompagnés de textes manuscrits, écrits avec application...), il raconte comment et pourquoi il s'adonne à un exercice la plupart du temps délibéré et jouissif, celui qui consiste à détruire tout ou partie des jouets qui l'entourent, parfois pour une bonne raison, souvent par simple plaisir, ou bien accidentellement ou par inadvertance. Certains jouets peuvent l'effrayer (son oie, ou la poupée chilienne), l'agacer (le lapin à tambour qui le réveillait la nuit ou ses marionnettes beaucoup trop bavardes), l'ennuyer sérieusement (comme l'épicerie qui « n'invitait pas à la franche rigolade...») ou l'intriguer (son lézard, dont la queue arrachée n'a pourtant jamais repoussé...) tant et si bien qu'il les démonte afin d'en comprendre le fonctionnement... Le plus souvent, on s'en doute, il ne parvient pas à leur redonner leur forme initiale, des gestes certes irrattrapables, mais à travers lesquels l'enfant développe sa curiosité.
Quant aux cruelles mutilations et autres métamorphoses infligées aux poupées, aux peluches ou aux petits soldats, elles sont le signe d'une grande créativité ! D'autres fois, il les malmène par simple défi, avouant sa « volonté de puissance » : en filigrane, se dessine le portrait d'un enfant au tempérament qui pourrait certes passer pour violent, mais cependant atténué par la naïveté touchante du narrateur. Ce que certains prendraient pour de la brutalité gratuite ou de la perversité n'est en réalité que l'expression de son intérêt pour le monde qui l'entoure, à travers la découverte des objets du quotidien. Il éprouve aussi des regrets ("Avec mon autre chat en bois j'avoue que j'ai été cruel. je ne sais pas ce qu'il m'a pris, il ne m'avait rien fait...") mais sait faire montre d'émerveillement, en particulier envers sa poupée japonaise, l'un de seuls jouets intouchables : "Le premier qui touche à un seul de ses cheveux, il va vite comprendre ce que mourir veut dire."

En cassant ainsi les objets familiers, le garçon tâche de se les approprier en leur conférant un caractère unique et personnel et exprime inconsciemment son refus de se voir imposer des objets préformatés, fabriqués à la chaîne. Des actes qui sont un sain exutoire des pulsions de violence qui ont besoin d'être libérées chez chaque enfant (mieux vaut que cette violence se retourne contre de l’inanimé, qu'il casse la jambe d'un chevalier plutôt que celle de son frère - il est le premier à le comprendre !) cette énumération possédant aussi une forte fonction déculpabilisante. Ce grand déballage (on n'ose imaginer l'état de la chambre de cet enfant) est assurément jubilatoire et nombre de jeunes lecteurs s'y retrouveront !

Blandine Longre
(octobre 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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