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Détruire
pour mieux se construire...
François
Matton prête ici sa voix à un petit garçon qui
confesse des actes commis envers les objets qui devraient lui tenir
le plus à coeur : ses jouets. Tout au long de ce journal
(composé de dessins volontairement enfantins, accompagnés
de textes manuscrits, écrits avec application...), il raconte
comment et pourquoi il s'adonne à un exercice la plupart
du temps délibéré et jouissif, celui qui consiste
à détruire tout ou partie des jouets qui l'entourent,
parfois pour une bonne raison, souvent par simple plaisir, ou bien
accidentellement ou par inadvertance. Certains jouets peuvent l'effrayer
(son oie, ou la poupée chilienne), l'agacer (le lapin à
tambour qui le réveillait la nuit ou ses marionnettes beaucoup
trop bavardes), l'ennuyer sérieusement (comme l'épicerie
qui « n'invitait pas à la franche rigolade...»)
ou l'intriguer (son lézard, dont la queue arrachée
n'a pourtant jamais repoussé...) tant et si bien qu'il les
démonte afin d'en comprendre le fonctionnement... Le plus
souvent, on s'en doute, il ne parvient pas à leur redonner
leur forme initiale, des gestes certes irrattrapables, mais à
travers lesquels l'enfant développe sa curiosité.
Quant aux cruelles mutilations et autres métamorphoses infligées
aux poupées, aux peluches ou aux petits soldats, elles sont
le signe d'une grande créativité ! D'autres fois,
il les malmène par simple défi, avouant sa «
volonté de puissance » : en filigrane, se
dessine le portrait d'un enfant au tempérament qui pourrait
certes passer pour violent, mais cependant atténué
par la naïveté touchante du narrateur. Ce que certains
prendraient pour de la brutalité gratuite ou de la perversité
n'est en réalité que l'expression de son intérêt
pour le monde qui l'entoure, à travers la découverte
des objets du quotidien. Il éprouve aussi des regrets ("Avec
mon autre chat en bois j'avoue que j'ai été cruel.
je ne sais pas ce qu'il m'a pris, il ne m'avait rien fait...")
mais sait faire montre d'émerveillement, en particulier envers
sa poupée japonaise, l'un de seuls jouets intouchables :
"Le premier qui touche à un seul de ses cheveux,
il va vite comprendre ce que mourir veut dire."
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En cassant
ainsi les objets familiers, le garçon tâche
de se les approprier en leur conférant un caractère
unique et personnel et exprime inconsciemment son refus
de se voir imposer des objets préformatés,
fabriqués à la chaîne. Des actes qui
sont un sain exutoire des pulsions de violence qui ont besoin
d'être libérées chez chaque enfant (mieux
vaut que cette violence se retourne contre de l’inanimé,
qu'il casse la jambe d'un chevalier plutôt que celle
de son frère - il est le premier à le comprendre
!) cette énumération possédant aussi
une forte fonction déculpabilisante. Ce grand déballage
(on n'ose imaginer l'état de la chambre de cet enfant)
est assurément jubilatoire et nombre de jeunes lecteurs
s'y retrouveront !
Blandine
Longre
(octobre 2005)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

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