English passengers
(Penguin, avril 2001)
Whitbread Prize 2000

Les passagers anglais
(Belfond, mai 2002)

 

English passengers est assurément un grand roman, dans la double lignée des épopées picaresques du XVIIIe siècle et des récits d'aventures et de voyages maritimes qui mènent au bout du monde. L'auteur y mêle talentueusement farce, tragédie et humanisme, et donne aussi voix à des personnages aussi disparates que rocambolesques. Le premier de cette irrésistible galerie est le Révérend G.Wilson, un illuminé convaincu du bien fondé de sa thèse théologique : à savoir que le jardin d'Eden se trouve en Tasmanie ; une façon de donner tort à Darwin et de prouver que la terre n'aurait été créée que 6000 ans auparavant. Il parvient à convaincre un philanthrope fantasque de financer une expédition, mais ce dernier lui impose la compagnie du Docteur Thomas Potter, non moins fanatique dans l'élaboration de son traité pseudo-scientifique "la Destinée des Nations", un ouvrage élaboré visant à justifier la supériorité de la race saxonne... Le dernier membre de cette loufoque expédition est Timothy Renshaw, un jeune bourgeois soi-disant botaniste enclin à quelques frasques et que ses parents souhaitent voir s'endurcir.
Ils embarquent tous trois sur le Sincerity, propriété du Capitaine Illian Kewley, coincé depuis trois semaines dans le port de Londres et qui a bien besoin de liquidités afin de payer les amendes infligées par des douaniers rageurs... Le Capitaine Kewley, petit contrebandier malchanceux (mais très sympathique) de l'Ile de Mann, espère bien pouvoir se débarrasser de ses trois "passagers anglais" dès que possible, car il n'a nullement l'intention de partir pour la Tasmanie...
Aussi appelée La Terre de Van Diemen, ce territoire largement inexploré est colonisé depuis de nombreuses années : y vit encore l'un des derniers aborigènes tasmaniens, Peevay, issu d'un viol ; rejeté par sa mère (une terrible guerrière qui a juré la perte des hommes blancs et surtout du père de son fils), au fil des années, il a assisté, impuissant, à l'extermination des siens mais a aussi compris que pour mieux combattre les blancs et se venger des humiliations subies, il fallait connaître leur langue et leur culture.
Ces nombreux personnages, souvent pittoresques ou pathétiques (excepté Peevay), sont donc tous destinés à se retrouver en Tasmanie, pour le meilleur et pour le pire... Souvent hilarantes, parfois poignantes, leurs péripéties donnent à voir une époque où paternalisme et ethnocentrisme étaient de bon ton, où les aventures coloniales ne souffraient aucun obstacle, qu'il soit humain ou géographique.
L'auteur ne cesse d'alterner les points de vue, et l'on passe du récit du capitaine aux notes en abrégé de l'effrayant Docteur Potter, des lettres à destination de Londres de divers gouverneurs de Tasmanie à la narration émouvante et parfois coléreuse de Peevay. Cette multiplicité narrative donne toute sa force au roman, permettant à l'auteur de passer de l'ironie à la dénonciation, du rire aux larmes. On y retrouve par instants la verve d'un David Lodge et la précision historique de Barry Unsworth, mais surtout, un talent pour le conte, pour délier une histoire, qui n'a jamais cessé de caractériser la littérature britannique.

Blandine Longre
(avril 2001)

English Passengers était présent sur la liste des nominés du Booker Prize 2000, aux côtés des romans de Kazuo Ishiguro et de Trezza Azzopardi.

L'Editeur
http://www.penguin.co.uk/

Interview de l'auteur sur Boldtype
http://www.randomhouse.com/boldtype/0400/kneale/

Interview
http://www.bookreporter.com/authors/au-kneale-matthew.asp

L'auteur
http://www.randomhouse.com/nanatalese/authors/kneale.html

Le Whitbread Prize
http://www.infoculture.cbc.ca/archives/bookswr