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passengers est assurément un grand roman, dans la
double lignée des épopées picaresques du XVIIIe
siècle et des récits d'aventures et de voyages maritimes
qui mènent au bout du monde. L'auteur y mêle talentueusement
farce, tragédie et humanisme, et donne aussi voix à
des personnages aussi disparates que rocambolesques. Le premier
de cette irrésistible galerie est le Révérend
G.Wilson, un illuminé convaincu du bien fondé de sa
thèse théologique : à savoir que le jardin
d'Eden se trouve en Tasmanie ; une façon de donner tort à
Darwin et de prouver que la terre n'aurait été créée
que 6000 ans auparavant. Il parvient à convaincre un philanthrope
fantasque de financer une expédition, mais ce dernier lui
impose la compagnie du Docteur Thomas Potter, non moins fanatique
dans l'élaboration de son traité pseudo-scientifique
"la Destinée des Nations", un ouvrage élaboré
visant à justifier la supériorité de la race
saxonne... Le dernier membre de cette loufoque expédition
est Timothy Renshaw, un jeune bourgeois soi-disant botaniste enclin
à quelques frasques et que ses parents souhaitent voir s'endurcir.
Ils embarquent tous trois sur le Sincerity, propriété
du Capitaine Illian Kewley, coincé depuis trois semaines
dans le port de Londres et qui a bien besoin de liquidités
afin de payer les amendes infligées par des douaniers rageurs...
Le Capitaine Kewley, petit contrebandier malchanceux (mais très
sympathique) de l'Ile de Mann, espère bien pouvoir se débarrasser
de ses trois "passagers anglais" dès que possible,
car il n'a nullement l'intention de partir pour la Tasmanie...
Aussi appelée La Terre de Van Diemen, ce territoire largement
inexploré est colonisé depuis de nombreuses années
: y vit encore l'un des derniers aborigènes tasmaniens, Peevay,
issu d'un viol ; rejeté par sa mère (une terrible
guerrière qui a juré la perte des hommes blancs et
surtout du père de son fils), au fil des années, il
a assisté, impuissant, à l'extermination des siens
mais a aussi compris que pour mieux combattre les blancs et se venger
des humiliations subies, il fallait connaître leur langue
et leur culture.
Ces nombreux personnages, souvent pittoresques ou pathétiques
(excepté Peevay), sont donc tous destinés à
se retrouver en Tasmanie, pour le meilleur et pour le pire... Souvent
hilarantes, parfois poignantes, leurs péripéties donnent
à voir une époque où paternalisme et ethnocentrisme
étaient de bon ton, où les aventures coloniales ne
souffraient aucun obstacle, qu'il soit humain ou géographique.
L'auteur ne cesse d'alterner les points de vue, et l'on passe du
récit du capitaine aux notes en abrégé de l'effrayant
Docteur Potter, des lettres à destination de Londres de divers
gouverneurs de Tasmanie à la narration émouvante et
parfois coléreuse de Peevay. Cette multiplicité narrative
donne toute sa force au roman, permettant à l'auteur de passer
de l'ironie à la dénonciation, du rire aux larmes.
On y retrouve par instants la verve d'un David Lodge et la précision
historique de Barry Unsworth, mais surtout, un talent pour le conte,
pour délier une histoire, qui n'a jamais cessé de
caractériser la littérature britannique.
Blandine
Longre
(avril 2001)
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Passengers était présent sur la liste des
nominés du Booker Prize 2000, aux côtés
des romans de Kazuo Ishiguro et
de Trezza Azzopardi.

L'Editeur
http://www.penguin.co.uk/
Interview
de l'auteur sur Boldtype
http://www.randomhouse.com/boldtype/0400/kneale/
Interview
http://www.bookreporter.com/authors/au-kneale-matthew.asp
L'auteur
http://www.randomhouse.com/nanatalese/authors/kneale.html
Le
Whitbread Prize
http://www.infoculture.cbc.ca/archives/bookswr
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