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«
L’homme que j’ai rencontré a été
un petit garçon comme toi… »
Claude Martingay
nous offre avec Le mendiant une nouvelle
conversation entre un grand-père et son petit-fils. En effet,
il a déjà utilisé cette situation de dialogue
dans La rivière et
Le cerisier en 1998, puis Le millefeuille
en 1999. Mais les ouvrages ont évolué et le dernier
s’avère plus accessible.
Dans les trois premiers albums, chaque échange plein de tendresse
entre le « sage » et l’enfant est prétexte
à une réflexion poétique qui se veut concrète
mais ne se révèle pas forcément évidente…
La conversation débute toujours par une préoccupation
du petit garçon : « Grand-père, apprends-moi
à pêcher ! », « Grand-père, est-ce
que tu sais tout ? », « Grand-père, est-ce que
tu sais ce qu’est Dieu ? ».
Pour satisfaire la curiosité de l’enfant, le vieil
homme utilise des métaphores surprenantes.
Les paroles du petit deviennent « comme les poissons vivants
de la rivière » : « Je mange tes mots
parce que je t’aime », assure le grand-père.
Ainsi le garçon doit apprendre à connaître et
à aimer la rivière avant de pêcher ses poissons…
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Le
grand-père lui-même se sent comme le cerisier
: « Les choses que j’ai apprises, les histoires
que j’ai écrites ou racontées sont mes
feuilles, les cerises qui sont des fruits et ne servent à
rien avant d’être mûres, c’est tout
ce que je ne sais pas encore ».
Quant à Dieu, il est comme un millefeuille, «
et qui connaît mieux le millefeuille : celui qui
mange tout ou celui qui ne mange que la crème ? »
; ainsi ceux qui aiment Dieu seulement quand ça les
arrange ne peuvent pas vraiment savoir ce qu’Il est.
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Pour illustrer
La rivière, le graphiste Yassen
Grigorov a utilisé les détails d’un
tableau de Xavier Cardinaux, peintre d’origine genevoise comme
Claude Martingay. Texte et dessins forment un ensemble très
abstrait, fort difficile d’accès pour un jeune lecteur.
Alfonso Ruano illustre Le cerisier
de façon plus réaliste, mais très statique.Yassen
Grigorov collabore de nouveau avec l’auteur dans Le
millefeuille, mais cette fois c’est lui-même
qui y travaille : ses dessins sont très représentatifs,
très forts et minutieux autant dans les scènes d’extérieur
que dans les objets et les portraits. On se promène enfin,
on bouge, l’illustration apporte beaucoup de vie et de couleur
à une simple conversation initiatique.
Le
mendiant est un album d’un format un peu plus
grand que les trois précédents ; le contenu en est
aussi plus dynamique ; le mouvement est donné par les illustrations
de Philippe Dumas, mais également ici par le texte grâce
à un va et vient entre le présent et le passé.
Comme
dans Le millefeuille nous suivons le grand-père
et son petit-fils dans leur promenade, mais cette fois, le vieil
homme « raconte » une histoire, un moment de sa vie…
Voici une feuille du cerisier, sans doute, rappelez-vous ! …
L’enfant a déjà entendu l’aventure mais
il ne s’en lasse pas… Le grand-père reparle donc
du mendiant à qui il avait donné un peu d’argent
au cours d’un voyage en Forêt Noire, à qui il
avait écrit ensuite, de retour à Genève, car
il était obsédé par le souvenir de l’homme
et de son chien. Malgré l’adresse plus qu’approximative,
vingt jours après, la réponse était arrivée
: quel bonheur ! Toute une classe d’enfants s’était
mise à la recherche du mendiant et l’avait retrouvé
!
Le petit garçon
aimerait bien connaître le nom du mendiant, mais son grand-père
le garde au fond de lui, c’est son émotion secrète,
le cadeau de cet homme qu’il a respecté et considéré
comme son semblable. Point besoin de le nommer, il ne l’oubliera
jamais… C’est peut-être ce secret que l’enfant
n’arrive pas à arracher à son grand-père
et qui lui fait réclamer encore et encore la même histoire…
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Philippe
Dumas mêle l’encre de Chine et l’aquarelle
pour animer les décors d’une calme promenade à
travers Genève, au bord de l’eau ou dans les rues.
Il peint aussi le souvenir du mendiant, son regard triste et
perdu, au contraire des yeux animés du chien qui happent
l’attention des passants. L’utilisation de l’italique
pour le texte intégral de l’album, ainsi que l’insertion
de quelques bulles, sont assez surprenantes. Voici un album
original et bien sérieux que les enfants ne choisiront
peut-être pas d’eux-mêmes mais qu’il
sera intéressant de leur faire découvrir pour
l’histoire simple et tendre qu’il propose, pour
le message de charité et de respect qu’il renferme. |
La
métaphore est encore présente, encore incertaine à
décrypter : « ne pas dire le nom, c’est comme
le silence de la neige » ; Claude Martingay garde son
ton poétique, son désir d’initier, son souci
de trouver un langage pour étonner. Il se met ici un peu
plus à la portée des jeunes lecteurs. Sa parole est
humaine et c’est bon de l’entendre…
Martine
Falgayrac
(janvier 2004)

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