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O
tempora, o mores !
Romancier et
essayiste en marge, Jean-Luc Hennig a su, avec son Martial,
rallier une cause académique (plus pour longtemps, en réalité,
vu le sort misérable que notre gouvernement réserve
sans vergogne aux langues mortes, voir ci-dessous)
: et voilà son livre “Prix Rhône-Alpes Essai
2003”. Hennig nous propose de suivre Martial dans Rome, dans
la Rome impériale du 1er siècle après J.C.,
à partir de ses épigrammes (“inscriptions”,
courts poèmes circonstanciés, souvent adressés)
— épigrammes sucrées-salées, petites
pépites anecdotiques, satiriques, carnavalesques (ou plutôt
saturnales) sans suite mais qui se révèlent une mine
d’informations entre les mains savantes d’Hennig.
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Compilateur
complaisant, Hennig nous mène dans la vie quotidienne
romaine, en exégète précis qui glisse ses
références et son lexique (en latin dans le texte)
sous couvert d’un style facile, oral-télégraphique,
peu orthodoxe et peu recommandable — mais on a rarement
lu essai sur la Rome antique aussi vivant. L’empire, le
cirque, l’argent, la justice, le voyage, le commerce,
l’art de la table... sont parmi les nombreux sujets abordés
par l’auteur, agrippé aux épigrammes de
Martial et appliqué à en tirer tout le jus historique
avec toute la saveur comique — il n’est pas de revue
de mœurs objective, les coutumes romaines ont souvent de
quoi nous surprendre (apprendre?), et Hennig prend un malin
plaisir à dépayser son lecteur en le plongeant
dans les ruelles romaines, parmi les Romains de la rue. |
Mais Martial
n’est pas Sénèque, le noble stoïcien, ni
Juvénal, le misanthrope aigri, autre contemporain : Martial
est un bon vivant, pour le moins (c’est ce qui a séduit
Hennig, auteur d’une Brève histoire des fesses
ou d’une Érotique du vin)... Amusé,
facétieux, Hennig saute sur la moindre occasion (et Martial
lui en fournit, en veux-tu en voilà) de quitter les sentiers
battus (les versions d’école) et de nous divertir (pervertir?)
: pueri, puellae, femmes mariées, esclaves, se relaient
pour éclairer le rapport romain au corps et la voluptas
martialienne, avec simplicité et loin du barbare vocabulaire
contemporain (pédérastie, pédophilie, bisexualité...).
“Œil de Rome”, Martial en connaît
toute la vie intime ; son humour nous garantit — presque —
de la vulgarité, et sa maîtrise de la rhétorique
de l’épigramme en fait une lecture des plus savoureuses.
Quant à Hennig... : si ses commentaires résolument
sans-tabous pèsent lourd par moments, tout au moins pouvons-nous
le remercier de nous montrer clairement que le latin n’est
pas une affaire de petit collégien (comme le dit notre gouvernement,
mais nous ne polémiquerons pas ici).
Nicolas
Cavaillès
(février
2004)

Appel
pour le latin et le grec,
des associations se regroupent :
"À la rentrée 2004, l'enseignement du grec
et du latin risque de disparaître de la quasi-totalité
des lycées (et bientôt des collèges) de France,
avant même que soient pris en compte les résultats
du « Grand débat pour l'avenir de l'école »
dans l'élaboration de la Loi d'orientation pour l'école."
Explications et Pétition en ligne : http://www.sauv.net/latingrec2004.php
du
même auteur : Petit inventaire
excentrique du Z (Zulma, 2004)
http://www.fayard.fr/
http://www.zulma.fr/AuteursDetail.asp?Id_Personne=42
http://www.arald.org
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