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Suspense
spirituel
Mark Salzman
vit à Los Angeles et situe l'action de Lying Awake,
son dernier roman, au coeur de la métropole, entre l'autoroute,
Chinatown, le stade Dodger, au creux des collines, dans un monastère
invisible, tel "un bateau englouti", chez les soeurs
du Carmel de Saint Joseph. Un lieu atypique, éloigné
des trépidations du monde contemporain, peuplé de
moins de vingt religieuses vouées à une vie de contemplation.
Parmi elles, Soeur Jean de la croix, dont le parcours spirituel
est ici retracé étape par étape ; Mark Salzman
bâtit son récit autour des extases, des doutes et des
peurs qui s'insinuent dans cette religieuse modèle qui a
su cultiver sa foi, et que son dieu semble avoir dotée d'une
transcendance lumineuse : une inspiration divine qui lui souffle
des poèmes et d'autres écrits sur la vie contemplative.
La soeur a déjà publié un ouvrage de poèmes
et d'essais intitulé "Sparrow on a roof"
et à l'occasion du centième anniversaire de la mort
de Thérèse de Lisieux (1897-1997), elle s'est vue
invitée au Vatican afin d'offrir un poème dédié
à la sainte.
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Mais les
fréquents maux de tête de Soeur Jean causent
du souci aux autres religieuses et une consultation à
l'hôpital s'impose. Là, ce qu'on lui révèle
aura des conséquences sur sa vie religieuse et sur
les choix qu'elle est supposée faire ; pour le médecin,
elle n'est pas atteinte d'une maladie incurable, au contraire,
mais d'une légère épilepsie ; mais pour
Soeur Jean, une vérité troublante s'impose à
elle : son talent ne serait donc pas engendré par sa
seule foi, mais par une pathologie provoquant habiteuellement
de l'hypergraphie, d'intenses émotions et une forte
exaltation religieuse... Un syndrome auquel Dostoïevski
a donné son nom, lui qui souffrait du même mal.
La surprise passée, Soeur Jean s'interroge profondément,
afin de résoudre ce dilemme: faut-il accepter le traitement
médical et ainsi renoncer à ces épisodes
de clairvoyance dont elle croyait l'origine divine, ou bien
refuser de se faire opérer mais continuer à
vivre en sachant que sa foi est artificielle, une pure illusion
construite par un organisme malade ?
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La lutte intérieure
de la religieuse est ici admirablement décrite, et les doutes
qui se succèdent dans son esprit sont évoqués
avec pudeur et limpidité. Le récit de Mark Salzman
(qui est enfin parvenu à écrire ce roman au bout de
six ans) oscille entre deux pôles ambivalents, incompatibles,
qui incarnent deux univers opposés, l'un matériel,
l'autre immatériel : neurologie et religion, science et spiritualité.
L'atmosphère du monastère est émouvante et
terrifiante tout à la fois (l'on garde toujours en mémoire
les récits fictifs ou non de religieuses des siècles
passés) et même si le lecteur a encore du mal à
comprendre le choix de ces femmes volontairement cloîtrées,
Mark Salzman, lui-même athée, a le mérite de
parvenir à nous attacher à ce lieu paisible mais néanmoins
oppressant, où les jours semblent couler hors du temps, à
le dévoiler avec délicatesse, à faire le récit
de la vie quotidienne et de la vocation de ces femmes sans jugement
a priori, ni mépris, mais au contraire avec beaucoup d'humanité
et de douceur.
Blandine
Longre
(juillet
2002)

Bloomsbury
http://www.bloomsburymagazine.com
http://www.ocarm.org/index.htm
http://carmelites.org/
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