Les Acteurs de bonne foi
L’épreuve
Marivaux

Mise en scène de Marc Paquien
ENSATT, du 18 au 29 février 2008

 

 

Les jeux de l’amour

L’abus de théâtre est dangereux pour la santé. Qu’il s’agisse du goût masochiste du faux qui contredit le vrai, ou du plaisir ludique du vrai qui ressemble au faux, un même danger menace les amours et les mariages des personnages du théâtre de Marivaux, jusque dans ses toutes dernières pièces, comme dans ce petit chef d’œuvre qu’est L’épreuve (où un amoureux timide fait séduire sa belle par un tiers pour observer sa réaction), ou bien comme dans le testament fantasmagorique des Acteurs de bonne foi (ou de malins génies conduisent des esprits simples à jouer leurs propres tourments) – soit les deux courtes pièces mises bout à bout par Marc Paquien (qui avait déjà monté La dispute) avec la troupe 2008 de l’ENSATT.

Le passage mouvementé par le faux permet bien sûr de retrouver le vrai, dans ces vieilles histoires de valets et de maîtres amoureux ; reste encore à réussir à oublier l’amer apprentissage de ces détours dans le mensonge et dans la feinte. On en sort plus généralement en vieille sorcière, ou en manipulateur alambiqué, mais le ton et la vivacité sauvent ici la mise du rire, et surprennent toujours – surtout lorsque sont privilégiés les décalages et les jeux de langage à double fond (L’épreuve), plutôt que l’outrance et le premier dégré (Les acteurs de bonne foi).

Ce théâtre d’un amour naïvement malsain et subtilement absurde fait la part belle aux comédiens ; Les Acteurs de bonne foi constitue même une véritable mise en scène de la création, montrant comment le théâtre se nourrit de réel jusqu’à le vampiriser, et fatalement le corrompre de toute sa folie fragile, féminine, lunatique, dangereusement fantasque. Ici, la mère délurée Marie-Laure Comunal, l’amoureuse surmenée Claire-Hélène Cahen, d’une part, le marginal Thomas Gourdy, et le paysan Denis Ardant, de l’autre, donnent de l’intensité à une mise en scène onirique, violette et pâle, légèrement décadente, qui jamais ne prive le spectateur du sel sympathique de ces « opérations séductions » et autres épreuves de la fausseté auxquelles Marivaux a tout bonnement donné leurs lettres de noblesse.

Nicolas Cavaillès
(janvier 2008)

http://www.ensatt.fr

Théâtre