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Les
jeux de l’amour
L’abus
de théâtre est dangereux pour la santé. Qu’il
s’agisse du goût masochiste du faux qui contredit le
vrai, ou du plaisir ludique du vrai qui ressemble au faux, un même
danger menace les amours et les mariages des personnages du théâtre
de Marivaux, jusque dans ses toutes dernières pièces,
comme dans ce petit chef d’œuvre qu’est L’épreuve
(où un amoureux timide fait séduire sa belle par un
tiers pour observer sa réaction), ou bien comme dans le testament
fantasmagorique des Acteurs de bonne foi (ou
de malins génies conduisent des esprits simples à
jouer leurs propres tourments) – soit les deux courtes pièces
mises bout à bout par Marc Paquien (qui avait déjà
monté La dispute) avec la troupe 2008 de l’ENSATT.
Le passage
mouvementé par le faux permet bien sûr de retrouver
le vrai, dans ces vieilles histoires de valets et de maîtres
amoureux ; reste encore à réussir à oublier
l’amer apprentissage de ces détours dans le mensonge
et dans la feinte. On en sort plus généralement en
vieille sorcière, ou en manipulateur alambiqué, mais
le ton et la vivacité sauvent ici la mise du rire, et surprennent
toujours – surtout lorsque sont privilégiés
les décalages et les jeux de langage à double fond
(L’épreuve), plutôt
que l’outrance et le premier dégré (Les
acteurs de bonne foi).
Ce théâtre
d’un amour naïvement malsain et subtilement absurde fait
la part belle aux comédiens ; Les Acteurs de bonne foi
constitue même une véritable mise en scène de
la création, montrant comment le théâtre se
nourrit de réel jusqu’à le vampiriser, et fatalement
le corrompre de toute sa folie fragile, féminine, lunatique,
dangereusement fantasque. Ici, la mère délurée
Marie-Laure Comunal, l’amoureuse surmenée Claire-Hélène
Cahen, d’une part, le marginal Thomas Gourdy, et le paysan
Denis Ardant, de l’autre, donnent de l’intensité
à une mise en scène onirique, violette et pâle,
légèrement décadente, qui jamais ne prive le
spectateur du sel sympathique de ces « opérations séductions
» et autres épreuves de la fausseté auxquelles
Marivaux a tout bonnement donné leurs lettres de noblesse.
Nicolas
Cavaillès
(janvier 2008)

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Théâtre
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