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"A
quand la première femme ministre
?"
Publié
pour la première fois en 1979 par les Nouvelles Editions
Africaines du Sénégal, ce roman, aussi poignant que
réaliste, décrit l'existence chaotique d'une femme,
mère et épouse africaine ; un parcours vécu
de l'intérieur : pamphlet politique, diatribe militante,
chronique familiale et amoureuse, confidences à une amie,
Une si longue lettre est tout cela à la fois.
Ramatoulaye est institutrice, mère de douze enfants et veuve
depuis peu. Son époux, Modou Fall, a succombé à
une crise cardiaque. Ramatoulaye pleure un mari qu'elle avait refusé
de quitter cinq ans plus tôt, alors qu'il venait d'épouser
une jeune fille, abandonnant sa première femme et leur progéniture.
Elle le pleure car elle n'avait cessé de l'aimer, en dépit
des souffrances et des infidélités, en dépit
de sa polygamie. Un système que son amie Aïssatou a
courageusement refusé, préférant quitter son
mari et son pays, emmenant avec elle ses enfants. C'est à
elle qu'est destinée la longue missive de Ramatoulaye, des
confidences que tous doivent pouvoir entendre.
Le récit du veuvage de Ramatoulaye est entrecoupé
de longues digressions permettant à l'auteur de transmettre
ses messages, des occasions pour le personnage de se remémorer
le passé : sa rencontre avec Modou et son obstination amoureuse
(sa mère lui avait choisi un autre mari), les difficultés
dans l'éducation des enfants, la rapacité des belles-familles,
le manque d'ouverture de la société (illustré
dans le système rigide des castes ou dans le rejet des africains
non sénégalais).
L'intelligence, la générosité mais aussi le
pragmatisme du personnage central font de ce roman un texte valeureux
et exemplaire, un cri lancé aux hommes et à leur mauvaise
foi égoïste.
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Et pourtant, la lutte féministe selon Mariama Bâ
n'a rien de fanatique ; il ressort du texte que les hommes sont
d'essentiels partenaires pour qu'une nation se construise et
qu'un pays se développe. Ainsi, l'état doit pouvoir
compter sur la stabilité de la cellule familiale, que
la polygamie détruit. L'homme et la femme devraient pouvoir
s'appuyer l'un sur l'autre et partager les tâches quotidiennes
et l'éducation des enfants. Rien de bien révolutionnaire,
mais plutôt un pragmatisme éclairé et humain.
Les personnages masculins ne sont donc pas représentés
comme des monstres, mais toujours comme des êtres faibles,
esclaves de leurs passions et cédant aux pressions sociales
et familiales, aux archaïques traditions et à un
enseignement coranique suranné. La lâcheté
de Modou est évidente lorsque n'osant pas annoncer son
deuxième mariage à Ramatoulaye,
il envoie d'autres le faire à sa place, le jour même
de la cérémonie... |
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Ainsi, Une
si longue lettre, bien qu'engagé, n'est
pas un pamphlet guerrier, mais résonne comme un appel progressiste
à la réconciliation, une conquête pacifiste
des droits primordiaux de la moitié de l'humanité.
"Presque vingt ans d'indépendance ! A quand la première
femme ministre associée aux décisions qui orientent
le devenir de notre pays ? Et cependant le militantisme et la capacité
des femmes, leur engagement désintéressé ne
sont plus à démontrer. La femme a hissé plus
d'un homme au pouvoir. (...) Quand la société éduquée
arrivera-t-elle à se déterminer non en fonction du
sexe mais des critères de valeur ?" déclare
Ramatoulaye à un ami devenu député : une question
que beaucoup se posent encore, même dans nos pays dits "développés"...
B.Longre
(novembre
2001)

Le
Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com
Mariama
Bâ
http://www.arts.uwa.edu.au/AFLIT/AMINABaLettre.html
http://web.uflib.ufl.edu/cm/africana/ba.htm
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